L’intention de doter la ville de Quatre-Bornes d’un marché moderne refait surface. Mais, cette fois-ci, le projet n’est plus du ressort du conseil municipal directement concerné, mais celui du gouvernement central et, selon nos renseignements, ce sont particulièrement les deux députés de l’alliance gouvernementale de la circonscription n°18, Xavier-Luc Duval et Nita Deerpalsing, qui s’activeraient en coulisses pour le faire aboutir.
À ce stade, on n’en est encore qu’à l’étape embryonnaire du projet, mais une chose est certaine, avec la décision du gouvernement d’aller de l’avant avec le métro léger, l’actuelle bâtisse qui sert de marché devra être définitivement évacuée pour être au pire rasée ou au mieux reconvertie en patrimoine historique de la ville. Il est effectivement prévu que le tracé du métro passera par l’actuelle place de la foire, soit juste à côté, en empruntant l’ancienne voie ferrée, rendant ainsi l’actuel marché presque inutilisable.
Il reste encore, apprenons-nous, au gouvernement central de se décider sur l’emplacement idéal pour ledit marché moderne. L’option, pendant un moment envisagée, d’acheter un terrain privé situé en face du cimetière St-Jean et bordé d’un côté par Résidences St-Jean a été abandonnée en raison de son coût élevé. Démolir le vieux stade Guy-Rozemont (stade Candos) auquel nombre de sportifs nostalgiques de la ville tiennent beaucoup n’est pas non plus sérieusement considérée. Il nous revient que le gouvernement aurait maintenant jeté son dévolu sur un autre site, qui tombe sous son contrôle, et qui part de l’angle des avenues Naz et Victoria pour rejoindre celui des avenues Antelme et Victoria. Ce terrain, tout en triangle, englobe actuellement quelques bâtiments et une pépinière du ministère de l’Agro-industrie et est bordé d’un autre côté par le canal La Ferme. Si c’est cette option qui est finalement retenue, les journées de foire de Quatre-Bornes et de Belle-Rose devraient être réorganisées avec la possibilité qu’il n’y ait qu’une seule et unique place foraine, mais, pourvue aussi d’un espace culturel animé de manière permanente. Et, pour parer aux exigences de stationnement des véhicules, l’enceinte de l’ancienne usine à sacs serait réquisitionnée.
L’actuel marché de Quatre-Bornes date de 1941, soit de la Seconde Guerre mondiale et, avec ses 300 mètres carrés, il ne répond plus depuis très longtemps aux besoins d’une population urbaine qui avoisine les quelque 100 000 habitants de nos jours. Même s’il y a lieu pour certains de s’interroger si, effectivement, avec la tendance grandissante des consommateurs à fréquenter davantage les hypermarchés – devenus des pôles d’attractions et des lieux de rencontres sociales – il y aurait encore nécessité à bâtir des marchés typiques clinquants, il est reconnu de manière unanime qu’au moins un effort de rénovation est nécessaire à Quatre-Bornes. Ne serait-ce que pour protéger la santé publique.
De vaines promesses
Avec la proximité des élections municipales, on ne devrait pas s’étonner que l’annonce de la construction d’un marché moderne suscite déjà la polémique entre le groupement travailliste-PMSD aux commandes actuellement de la ville et l’opposition MMM-MSM qui se pose en challenger. Le deuxième député de la circonscription n018 et ancien maire, le MMM Kavidass Ramano, fait remarquer que « le projet de construction d’un nouveau marché remonte en fait à plus de 25 ans, mais que c’est entre 2000 et 2005 que la mairie a décidé d’enclencher les démarches dans ce sens ».
Selon M. Ramano, durant ce mandat 2000-05, le conseil municipal avait envisagé de contracter un emprunt de l’Export-Import Bank de Chine auquel le conseil allait ajouter Rs 20 millions pour un nouveau marché à St-Jean. Or, toujours selon l’ancien maire Ramano, après les élections de 2005, le projet « a été oublié » par l’administration PTR-PMSD, de même que l’ancien ministre des Administrations régionales, le défunt James Burty David, avait fait annulé un projet de réaménagement de l’actuel marché en 2009 à cause du projet de métro léger. Le député-ancien maire MMM rappelle également qu’en décembre 2010, le maire travailliste Anand Rajcoomar avait annoncé la reconstruction du marché de la ville à l’emplacement du stade Guy-Rozemont, mais « qu’on attend toujours « 
En réalité, sans mettre le doigt entre l’arbre et l’écorce, il serait néanmoins honnête de faire ressortir que le projet d’un nouveau marché à Quatre-Bornes a maintes fois été évoqué, à tel point qu’il est devenu presque chimérique. On peut, à titre d’exemple, remonter à aussi loin que 1959 pour en retrouver l’esquisse d’un premier croquis par ce qui était, à l’époque, le conseil urbain.
Mais la palme d’or des effets d’annonce de ce nouveau marché moderne devrait sans doute être attribuée ex-aequo respectivement aux anciens maires mauves Jaynarain Meetoo (1989) et Reza Gunny (1991), et à Siven Moothoosamy (alliance PTR-MSM). Le vendredi 11 août 1989, profitant du thème de la Quinzaine Civique « Quatre-Bornes en marche », le maire Jaynarain Meetoo annonçait le début de construction d’un nouveau marché « à la fin du mois si quelques détails techniques étaient réglés ». Il n’avait toutefois pas compté avec les obstacles qu’allait opposer le gouvernement travailliste-MSM avec Ramesh Jeewoolall comme ministre des Terres et du Logement
En février 1991, le maire MMM Reza Gunny annonçait lui aussi en grande pompe la construction d’un nouveau marché « ce mois-ci avec le financement du Fonds européen de développement (FED) ». Évidemment, il n’en fut rien. Tout comme le projet conçu six ans plus tard sous le mairat de Sadasiven Moothoosamy tomba à l’eau. Des promesses vaines allant dans le même sens furent aussi faites par les maires Suchit Ruhomatally (MMM) et Claude Desroches (MTD). De sorte qu’il faut toujours voir pour croire si Xavier-Luc Duval et Nita Deerpalsing auront, eux, plus de chances de réussir.