Le vice-Premier ministre et ministre des Finances a annoncé hier soir, lors d’un congrès organisé par l’alliance gouvernementale, que, dans une correspondance reçue il y a quatre jours, Moody’s indiquait ne pouvoir améliorer le rang de Maurice au niveau du « credit rating ». Dans le même temps, l’agence internationale compte dégrader plusieurs pays développés, du fait de la crise financière. Xavier-Luc Duval répondait ainsi aux critiques lancées par sir Anerood Jugnauth, qui disait encore hier matin que le pays est « au bord du précipice ».
Cette réunion, qui s’est tenue à la salle des fêtes de l’hôtel de ville, a également vu la participation d’autres orateurs, à l’instar de Cader Hossenally, Nita Deerpalsing, Hervé Aimée et Mireille Martin, qui est arrivée sur le tard, revenant du congrès de Rivière-du-Rempart. Tous les intervenants ont commenté le départ de SAJ de la présidence de la République en rappelant le désastre économique qu’avait connu le pays lors du mandat de l’alliance MSM / MMM de 2000 à 2005. Parlant de la dette du pays, le ministre des Finances souligne qu’en matière de prêts contractés, tout est lié aux revenus. Toujours est-il qu’en 2005, le pays avait accumulé des dettes représentant 68% de nos revenus, alors qu’actuellement, ce taux est de l’ordre de 57%. « Même si on prévoit cette année que le taux de croissance tournera aux alentours de 3,6%, nous ferons bien mieux qu’en 2002 sous le primeministership de sir Anerood, puisqu’on n’avait alors enregistré qu’une croissance de 2%. »
Le vice-Premier ministre rappelle que quand il avait quitté le fauteuil de l’Industrie en 2000, la zone franche comptait 90 000 employés, alors qu’en 2005, 30 000 personnes avaient perdu leur emploi, de sorte que le gouvernement MSM / MMM n’avait même pas hésité à parler du taux de chômage qui progressait à une vitesse vertigineuse, ou encore que l’on était « en état d’urgence économique ». Au niveau du secteur touristique, l’ancien ministre Jacques Chasteau avait laissé un taux de croissance de 13%, alors que l’année suivante, le MSM / MMM avait enregistré un taux de 0%. Au niveau du chômage, le taux actuel est de 7,9%, alors qu’en 2005, il était de 9,5%. « De quel précipice parle SAJ ? » se demande donc Xavier-Luc Duval, estimant que le président démissionnaire a perdu toute crédibilité.
Le ministre des Administrations régionales relate les difficultés qu’il a rencontrées avant que Pravind Jugnauth ne donne son « financial clearance » pour que la nouvelle loi sur les collectivités locales devienne effective. Il laisse entendre qu’il a fallu lui soumettre neuf ébauches du projet de loi, ce qui aura pris plusieurs mois, avant de donner une réponse. Et d’estimer que c’est « le pire ministre des Finances » que le pays ait connu, rappelant qu’il aura fallu que Xavier-Luc Duval lui succède pour que le projet de loi soit enfin approuvé. « Aujourd’hui, il veut faire croire que j’ai agi de façon communale en délimitant les circonscriptions. C’est qu’il n’a rien compris. Et ce sont ces gens qui veulent maintenant faire accroire qu’ils défendront les intérêts des Mauriciens ! » dit-il.
Évoquant la convocation qu’il avait reçue de SAJ pour en discuter, Hervé Aimée explique pourquoi il n’a pas voulu se rendre à la State House. Il avait expliqué aux maires qu’ils étaient libres de répondre présents s’ils le voulaient. Citant l’article 9 de la nouvelle loi, il indique que le Président « may alter » les délimitations, mais non sans avoir discuté au préalable avec le ministre et les maires. Il précise avoir agi ainsi parce que le Président avait lu le texte de loi voté par le parlement et qu’il n’a pris que huit jours pour donner son assentiment. « Plusieurs mois après, il a cherché à avoir des discussions avec moi, parce qu’il y avait de nouvelles données politiques. Or, pour moi, quand on est Président de la République, on ne peut faire de la politique », estime le ministre.
Avec sa verve habituelle, Nita Deerpalsing, a adopté un ton très politique pour répondre à SAJ. Sous forme d’interrogation, elle a rappelé que l’alliance MSM / MMM avait augmenté à deux reprises la TVA qui, précise-t-elle, est une mesure fiscale qui affecte le plus les pauvres. Ce même gouvernement, poursuit-elle, avait voulu éliminer la pension universelle des personnes âgées, mais avait aussi réduit les subsides sur le riz ration – que SAJ avait qualifié de « diri pou lisien ».
Continuant, elle affirme : « Si zordi to trouv dimounn mizer, ki fer to pa retourn 45 M. Ar Rs 15 M ki to tifi finn tousse dan pou MedPoint ? » Paul Bérenger en a lui aussi pris pour son grade, Nita Deerpalsing lui faisant remarquer qu’après avoir dénoncé ce qu’il avait qualifié de « scandale du siècle », il a honte de parler de l’accord de MedPoint II. « Me ar nou non. Nou pou continye apel li MedPoint II », conclut la députée.