Un peu plus de la moitié des 57 175 personnes enregistrées sur la liste électorale à Quatre-Bornes n’ont pas voté hier, préférant de toute évidence, vaquer à leurs habituelles occupations dominicales. À la ville des Fleurs, la frénésie des candidats, agents et responsables des partis contrastait singulièrement avec cette indifférence des citadins qui, à la Foire de Belle-Rose, à celle du centre ville ou dans les nombreux centres commerciaux faisaient leurs achats ou déambulaient dans les principales artères de la ville.
Dès l’ouverture des 12 centres de vote que comptent Quatre-Bornes, à 7 heures, les observateurs ont commencé à noter ce mouvement très lent des votants vers ces centres. « C’est toujours comme ça dans la matinée les jours d’élections. Ce n’est que peu avant le déjeuner ou en début d’après-midi que les gens vont sortir ! », commente l’ancien ministre de la Jeunesse et des Sports MSM, Ravi Yerrigadoo, lors de sa tournée à l’école Rémy Ollier « A » (Ward I).
À 9 h, dans une des salles de vote l’école Beau-Séjour (Ward I), personne n’avait encore voté, deux heures après l’ouverture du centre de vote. Ce n’est que vers 10 h 30 que les électeurs ont commencé à converger vers les centres de vote. L’Attorney General était de cela. Accompagné de son épouse, Priya, avec son nouveau-né, Radhika, dans les bras, et le petit Yajin accroché à la robe de sa maman, Yatin Varma est venu accomplir son devoir civique en famille à l’école Sir V. Ringadoo (Ward II). Il devait peu après, laissant sa famille, tomber sa veste de père pour endosser celle d’agent de parti.
À l’école Émilienne Rochecouste (Ward II), Sir Bhinod Bacha, accompagné de Lady Bacha, est venu voter. « C’est avec plaisir que nous sommes venus accomplir notre devoir civique, un devoir sacré ! », insiste-t-il.
Suleka Radhoa, candidate indépendante à ces élections, accueille discrètement ceux qui entrent dans la cour de l’école.
À l’école Eugène Dethise, à Belle-Rose (Ward II), hormis la présence des officiels, c’est le désert complet. Aucun agent, aucun candidat quand le Mauricien est passé. « Ici, le mouvement est très lent… Peut-être dans l’après-midi », commente un préposé.
En effet, ce n’est que vers 16 h que la cour des centres de vote des Wards I et II vont gagner en effervescence. Et cela, jusqu’à 17 h 30, à une demi-heure de la fermeture des bureaux de vote. Les observateurs n’ont pas manqué de commenter l’arrivée en grand nombre des membres d’une communauté en particulier vers cette heure-là.
« Li mos mos » — constat généralisé, par ailleurs aux abords des bureaux de votes dans les Wards III, IV et V. Grandes populations urbaines ne riment pas forcément avec « faible taux d’abstention ». Les « tables » d’agents, vers 13 heures, n’affichaient pas bonne mine à 200 mètres de Candos Government School qui accueille une cité Kennedy historiquement mauve. « Nou pe fer nou mye », signalait une bleue visiblement fatiguée de l’effort et le soleil de plomb. « Enn pake militan pa finn vote », rechigne de l’autre côté une militante plus à l’aise à dire vrai.
Au matin — 10 h 30 à nos montres —, Candos est « dans la moyenne ». « Pou bizin atann lames fini. Ena enn fini 10 h 30, nou panse dimoun pou vini lerla », indique M. Canaye, Senior Presiding Officer de Candos Government School (Ward V). Au pointage de 10 h, ils n’étaient que 10,47 % des 4 204 de la localité à avoir accompli leur devoir civique. Et ni la messe, ni moins « ler apre dezene », ni même le « fode atann soley bese » ne devaient bousculer le calme et la « tendance bien lente ».
À Chooroomoney Government School (Ward V), et même dans le Ward 5, on se dit plus optimiste malgré le démarrage lent. Le Return Officer J. P. Rungen commente : « Ena enn mouvman plito regilye depi 7 h. » À 11 h, ils ne sont encore que 13,78 % sur 7 870 votants à s’être déplacés. Pourtant, sérénité affichée : « Trend-la pou akselere ver 14 h… nou pou kapav ariv enn to plis ki 50 %. »
Mais force est de constater que l’accélération tant attendue ne se fera qu’aux alentours de 15 h, où l’on aura pu se heurter à des vagues successives, rouges comme mauves.
Au Ward III — Sookun Gaya Government School et Louis Nellan “B” soit le vieux Quatre-Bornes — le pointage de 14 h laisse transpirer : « Kot pe ale, 40 % la. » Aux alentours de Louis Nellan, les « bases » du Remake affichent plus de confiance que chez les rouges : « Isi MMM-MSM, boukou dimoun ki ti vot Travayis pe vot nou. » Ce faible taux de participation ne semble alors pas perturber les observateurs mauves. Signe que confirme le manque — trompeur ? — de sérénité chez les leaders rouges et bleus : Xavier-Luc Duval, rencontré à Louis Nellan, ou Devanand Rittoo, rencontré à Gaya. Selon eux, le résultat dépendrait de la capacité des partis à faire voter. Scrutin fourbe, où la dernière vague de votants reste redoutée.
Mais parmi la classe de votants quatre-bornaise, on note le bon élève : le Ward IV avec Palma Government School et Louis Nellan “A” School, zone qui remonte du village de Palma vers La Louise. Et d’enregistrer, à 16 h 00, plus de 40 %, taux qui vraisemblablement « garantit plus de 50% » dans la zone. Par ailleurs, si en effet, plus de votants se sont déplacés dans le N° 3, il n’en demeure pas moins que le « mood » était calme dans l’ensemble avec probablement un dernier « forcing » dans la dernière heure. À comprendre par là : des agents-chauffeurs assurant le transport des moins motivés par le scrutin. Ou encore les sympathisants effectuant « un dernier grattage » pour extirper les gens décidés à s’abstenir de venir voter : pour enfin arriver à un taux de participation de 49,63 % des Quatre-Bornais à Palma GS qui a d’ailleurs enregistré le plus fort taux de participation, soit 5 710 électeurs sur 12 074.