Est-ce que le gouvernement avait une stratégie en venant proposer au Parlement de voter un amendement à la Constitution pour modifier la loi électorale avant d’avoir consulté les partis de l’opposition ? Ou, comme c’est de plus en plus souvent le cas, est-ce qu’il s’est lancé dans une démarche sans en avoir mesuré au préalable ses chances de réussite et ses conséquences ? Pour être obligé — comme c’est également de plus en plus souvent le cas — de faire marche arrière. Dans le cas qui nous occupe, être obligé de renvoyer le vote sur cette motion pour la rentrée parlementaire qui aura lieu dans trois mois. Une motion que le gouvernement avait pourtant présentée comme devant impérativement être votée avant la fin de l’année. Le travail de préparation autour de ce projet de loi était tellement mal fait — ou n’avait pas été fait — que le gouvernement a payé le prix de cet amateurisme qui le caractérise de plus en plus. Les stratèges autoproclamés du gouvernement ont cru qu’il suffirait de faire appel au sens de l’histoire, du patriotisme et du combat — déclaré ! — de Paul Bérenger contre le communalisme pour que ce qui reste du MMM soutienne le gouvernement et vote l’éradication du Best Loser System. Pour ce faire, les ténors du MSM se sont livrés à une grossière opération de séduction envers l’ancien homme à abattre. II fallait les entendre dire que Paul ne pouvait pas ne pas voter pour une loi qu’il réclame depuis des années, que le patriote qu’il est ne saurait refuser l’abrogation du BSL. Et pendant que les députés MSM courtisaient le MMM, le gouvernement ignorait qu’un de ses ministres était contre le projet de réforme ! Mais à quoi servent les stratèges s’ils ignoraient cela ? à tresser des couronnes de fleurs au leader et à ses proches ?

L’échec cuisant du gouvernement au Parlement —  c’en est un, malgré toutes les raisons avancées pour justifier l’incapacité de faire voter l’amendement —  a permis à Paul Bérenger d’affirmer que, contrairement à ce qui se dit depuis quelques semaines, il n’y aura pas de koz-koze du MMM ni avec le MSM ni avec le PTr. En théorie, cette déclaration aurait dû rassurer les électeurs — et ce qui reste des militants mauves — qui n’en peuvent plus de ces alliances, contractées la veille d’une élection et dénoncées le lendemain de la proclamation des résultats, qui ont cours depuis l’indépendance. Est-ce qu’enfin chacun desdits grands partis ira seul aux élections et fera après, si le besoin se fait sentir, une alliance à partir de sa vraie force électorale, pas des estimations, toujours exagérées, des leaders des partis ? Le problème c’est que ce n’est pas la première fois que le leader du MMM déclare solennellement que son parti n’envisage absolument pas de contracter une alliance pour le prochaines élections. À chaque fois, il a trouvé une raison — généralement l’avenir du pays que le MMM est le seul à pouvoir sauver — pour justifier ses alliances. Au départ, le koz-koze n’est pas de mise et les négociations sont OFF, mais rapidement, le discours change et ce qui était présenté comme impensable devient tout à coup incontournable pour le parti et le pays. Est-ce que le même sirop sera servi aux Mauriciens pour les prochaines élections ? Attendons voir.

En matière d’amateurisme, les responsables de la construction du métro, de moins en moins léger et express, pourraient remporter plusieurs palmes. Le plan initial a été modifié à plusieurs reprises et le métro, qui devait à l’origine relier Curepipe à Port-Louis, a été amputé de moitié. C’est la ligne Rose-Hill/Port-Louis qui devrait être inaugurée dans un premier temps. En ce qui concerne la ligne Curepipe/Rose-Hill, il faudra attendre encore un peu puisque ce n’est que maintenant que les procédures pour réquisitionner les terrains privés sur lesquels la ligne de métro sera construite ont été lancées ! À ce train-là, ce n’est pas à la veille des prochaines élections que Pravind Jugnauth pourra inaugurer le métro, dont la réalisation est censée être un des arguments forts de la campagne du MSM !
Jean-Claude Antoine