La controverse autour d’Agalega, en particulier sur le rapport soumis par le Department of Applied Pedagogy de l’Institut Cardinal Jean Margéot et les commentaires attribués au ministre des Îles éparses, Hervé Aimée, dans l’île le 10 février, a animé en grande partie la tranche du Question Time d’hier après-midi à l’Assemblée nationale. Les échanges ont été quelque peu animés entre les députés du MMM, Françoise Labelle et Joe Lesjongard, et le ministre Aimée au point où le Speaker, Razack Peeroo, a dû intervenir au sujet du terme « bourrique » utilisé à l’encontre d’Hervé Aimée. Les deux parlementaires ont fait amende honorable en retirant le terme après intervention de la présidence et pressions des membres du gouvernement, dont le ministre de l’Éducation, Vasant Bunwaree, et le Private Parliamentary Secretary et président du Labour, Patrick Assirvaden.
Un autre fait à signaler est que pas moins de la moitié de la cinquantaine d’interpellations inscrites à l’agenda de cette première séance de l’année ont été répondues Viva Voce par les ministres durant les deux heures attribuées au Question Time. Toutefois, l’ambiance, qui a régné au sein de l’hémicycle pendant les échanges, a été marquée par la bonhomie même si de temps à autre des piques étaient lancées.
Le ministre Aimée fait de la résistance sur le dossier Agalega ; il persiste et signe dans la polémique qui s’est développée avec le vicaire général, le père Jean-Maurice Labour, par rapport à cet archipel de la République de Maurice. Répondant à une interpellation de la parlementaire de l’Opposition, François Labelle, au sujet des recommandations d’un rapport soumis par l’Institut Cardinal Jean Margéot, il a balayé le document d’un revers de la main.
Aimée : Je dois faire ressortir que des copies de ce document ont été soumises au Premier ministre, Navin Ramgoolam, au leader de l’Opposition, Paul Bérenger, au vicaire général, le père Jean-Maurice Labour, aux responsables de l’Outer Islands Development Corporation, de l’Agalega Island Council et à Claude Soopramanien. The report was not addressed to me in my capacity as minister responsible for the Outer Islands.
Le 8 janvier dernier, le Bureau du Premier ministre m’a fait parvenir une copie en vue de prendre des mesures correctives sur la base des observations faites dans ce document. The report does not raise any new issue. Les faits mentionnés ne me sont connus depuis que j’ai occupé le poste de président de l’OIDC ou en tant que ministre de tutelle.
Je ne vais pas abuser du temps de la Chambre et je vais commenter seulement deux points. Le premier concerne les enfants et les mineurs. Déjà en tant que président de l’OIDC, j’avais pris l’initiative de recruter un travailleur social pour s’occuper des enfants venant d’Agalega lors de leur passage à Maurice ; ensuite, la question d’approvisionnement alimentaire. Depuis 2008, un Agricultural Officer a été embauché pour le développement d’activités bio-agricoles dans l’île. L’objectif : produire quelque 30 tonnes de culture vivrière chaque année.
Ces deux exemples démontrent clairement que le rapport ne soulève aucun point qui soit nouveau ou qui me soit encore inconnu. Je dépose sur la table de l’Assemblée nationale un rapport avec toutes les mesures correctives adoptées.
Labelle : Je suis vraiment surprise d’apprendre du ministre qu’il n’a reçu une copie de ce rapport que du Bureau du Premier ministre. Puis-je lui demander de confirmer s’il n’avait pas sollicité une copie du rapport de l’Institut Cardinal Jean Margéot par voie d’échanges d’e-mail. Le rapport ne lui avait pas été soumis parce qu’il n’avait pas répondu à un premier e-mail. Par la suite, l’auteur du rapport lui a transmis une copie. Je dépose sur la table de l’Assemblée nationale des copies d’e-mail relatives.
Opposition : La honte. Aimée bizin demisione…
Bancs du gouvernement : So What !
Lesjongard : Ferm zot labous…
Labelle : Puis-je savoir du ministre si ces échanges d’e-mail ont bel et bien eu lieu et s’il avait reçu une copie du rapport en date du 9 janvier dernier ?
Aimée : Je n’ai pas reçu de rapport de l’Institut Cardinal Jean Margéot.
Labelle : Mais l’e-mail est bien adressé au ministre Aimée. Monsieur le président, vous constaterez par vous-même qui dit la vérité dans cette affaire. Le ministre est-il au courant que l’OIDC a déjà pris des initiatives à la lumière de ce rapport. L’OIDC est placée sous la tutelle du ministre Aimée. Est-il au courant que l’OIDC a déjà transmis des extraits de ce rapport aux autorités compétentes, comme la police, le ministère de l’Égalité des genres, de l’Éducation, de l’Ombudsperson for Children, en vue de prendre des actions ? Des procédures ont été enclenchées à certains niveaux. Est-il au courant de cela ?
Aimée : J’ai mentionné dans ma réponse que j’ai reçu une copie du rapport du PMO. Le ministre est tenu informé des mesures prises par l’OIDC.
Labelle : Puisque de nombreux Stakeholders sont concernés par cette affaire, le ministre envisage-t-il de mettre sur pied une plateforme de coordination ou une instance consultative ?
Aimée : Nullement pour la bonne et simple raison qu’il existe le board de l’OIDC sur lequel siègent des représentants de différents ministères. Il y a encore l’Agalega Island Council. Nous disposons de suffisamment de plateformes dans l’exécution de ces tâches. There is no need to have one more committee.
Ganoo : Je trouve étrange que le ministre puisse qualifier le rapport de « useless ». Il va plus loin en ajoutant que « there is no need for further attention ». Toutefois, est-il au courant du fait que malgré les assurances qu’il veut donner à la Chambre, il y a des pétitions des habitants d’Agalega qui circulent et qui dénoncent de nombreux problèmes. Prenons le cas du générateur dans l’île. Il y a des bienfaiteurs, des habitants d’Agalega, qui animent des points de presse pour alerter l’opinion publique sur les problèmes dans l’île ?
Aimée : Cela fait sept ans que je traite avec les Agaléens. La dernière pétition, dont fait état le leader de l’Opposition intervient après. Il y a des problèmes qui surgissent indépendamment de notre volonté. Prenons le cas du générateur. Je suis navré de dire que l’opérateur du générateur avait laissé ouvertes la porte et les fenêtres du local où est installé cet équipement. Subséquemment, il y a eu un court-circuit et une panne. Ensuite, Agalega est à un millier de kilomètres de Maurice. Le générateur de réserve ne peut fonctionner que la nuit, ce qui fait que l’île n’était pas alimentée en électricité durant 24 heures.
J’ai entrepris des démarches auprès de l’ambassade de France pour faire transporter un générateur à Agalega. Malheureusement, les Transalls étaient engagés au Mali. Je me suis tourné vers la haute commission de l’Inde. Nous avons obtenu le service d’une unité de la marine indienne pour cette mission qui a apporté deux générateurs. À partir de là, nous avons pu débloquer la situation.
Assirvaden : Zot rode… Zot inn ganye !
Aimée : J’ai parlé de Useless Issues, mais vous voyez que des initiatives ont été mises à exécution. Les Agaléens bénéficient plus que les Mauriciens dans certaines circonstances.
Baloomoody : Samem zot fer sit-in ek zot inn manifeste…
Bhagwan : Peut-on savoir qui ment et qui dit la vérité ?
Speaker : Better not use the word lie ?
Bhagwan : Le ministre peut-il donner l’assurance qu’il n’y a pas de problèmes à Agalega ?
Aimée : Je n’ai jamais dit qu’il n’y a pas de problème à Agalega. Le plus gros problème reste l’éloignement de Maurice. Il y a la piste d’atterrissage. La clé du problème se situe à ce niveau. Un autre problème touche le secteur de la Santé en ce qui concerne les accouchements…
Labelle : Il y a pas moins de 70 propositions et le ministre n’en a commenté que deux ; qu’en est-il du protocole pour les enfants…
Aimée : Je peux faire état de toutes les initiatives engagées…
À ce stade, le ministre Aimée se met à énumérer les mesures alors que la parlementaire Labelle se met à protester contre l’abus du temps de la Chambre.
Aimée : You don’t want to listen…
Speaker : The answer must be relevant. I’m saying this for guidance. Compte tenu de l’intérêt pour ce dossier, j’autoriserai deux autres interpellations supplémentaires.
Jhugroo : Qu’en est-il du projet de la piste d’atterrissage à Agalega.
Aimée : Que ce soit en 2011, 2012 et 2013, le budget prévoit une enveloppe de Rs 120 millions pour la réalisation de ce projet de piste d’atterrissage. Des appels d’offres ont été lancés et pour le dernier en date, deux soumissionnaires avaient participé. Le coût soumis est de Rs 440 millions, soit nettement au-dessus des estimations. Nous avons dû demander aux soumissionnaires d’étendre la période de validité et seule une des deux compagnies a agréé. Aux termes de la loi, nous nous voyons dans l’obligation d’annuler l’exercice d’appel d’offres. Mais nous continuons à chercher des moyens pour réaliser ce projet de piste d’atterrissage.
Balamoody : Le ministre a informé la Chambre que des mesures ont été prises. En réalité, nous assistons à une opération de « passe-boule » à d’autres ministères et organismes. Peut-il nous dire ce qui a été fait au niveau de l’Éducation ? Et dans d’autres secteurs ?
Aimée : Comme je l’ai dit, je travaille pour les Agaléens depuis des années… Prenons le cas des fouilles…
Le ministre est interrompu par des remarques des députés Bhagwan et Balamoody poussant le Speaker à intervenir.
Aimée : May I reply. Depuis 2011, il y avait un rapport au sujet de la présence de gandia à Agalega. Du gandia était envoyé à Maurice dans du poisson. J’ai écrit au commissaire de police, et des éléments de SMF ont été envoyés dans l’île. 14 plants de gandia ont été déracinés. Il y a eu des transferts dans la police. L’opération visant à déraciner des plants de gandia a été répétée en 2012.
Cette affaire de culture de gandia à Agalega devait revenir lors de l’interpellation adressée par le député Adil Ameer Meea au sujet de la récente visite du ministre Aimée dans l’île.
Meea : Le ministre peut-il expliquer pourquoi il a fait des allégations injustifiées à l’encontre de l’Église catholique lors de son récent passage dans l’île ?
Bancs de l’opposition : La honte ! Bizin demisione !
Aimée : De nos jours, il est trop facile d’interpréter ce qui est dans les journaux. Je demande à ceux concernés de venir de l’avant avec l’enregistrement de mes propos et je répondrai.
Lesjongard : Dans ses commentaires, le ministre a dit que l’Église catholique est restée silencieuse en ce qui concerne la culture de gandia à Agalega. Ne trouve-t-il pas que ces insinuations à l’encontre de l’Église catholique sont déplacées ? C’est la première fois qu’un ministre de la République cible l’Église catholique de cette manière ?
Un brouhaha monte au sein de l’hémicycle.
Aimée : Je vais répéter ce que j’ai dit. Tout ce que j’ai dit c’est que l’Église a maintenu le silence.
Dans le brouhaha, et des bancs de l’opposition, l’on entend l’expression « bourrique » à l’encontre du ministre Aimée. À partir de là, le dérapage nécessite l’intervention du Speaker, qui s’adresse à Françoise Labelle.
Speaker : Have you uttered the word ?
Labelle : Tout ce que j’ai dit c’est que “he is acting as a bourrique”.
Lesjongard : Mwa kinn dir sa…
Speaker (à l’adresse de Françoise Labelle) : Je vous demande de retirer ces propos.
Labelle : Je me rétracte…
Sayed-Hossen : Lesjongard aussi…
Lesjongard : I will not withdraw…
Bunwaree : Pendant que Françoise Labelle intervenait, le député Lesjongard a dit qu’il avait prononcé le mot…
Speaker : Si quelqu’un a fait usage de cette expression, il doit se rétracter de manière honorable. J’ai demandé à l’honorable Labelle de le faire. L’incident est clos.
Bunwaree : On a point of order. Compte tenu de la déclaration du député Lesjongard, il doit retirer ses propos.
Assirvaden : J’ai entendu Joe Lesjongard prononcer cette expression.
Speaker : Honorable Lesjongard, si tel est le cas, vous devriez vous rétracter.
Lesjongard : Je maintiens ce que j’ai dit…
Bancs du gouvernement : Withdraw ! Withdraw !
Lesjongard : Je me rétracte.
La polémique se poursuit au sujet des accusations de silence de l’Église dans cette affaire de culture de gandia. Le ministre Aimée a répondu que le problème est entre lui et « Monsieur Labour et non l’Église ». Il s’est appesanti sur le fait que « quand j’ai parlé du silence de l’Église, cela ne veut pas dire que l’Église s’est associée à cela ».