Gifti Nadi, originaire d’Éthiopie, est spécialiste des médias auprès du Programme d’adaptation en Afrique (PAA) au changement climatique du Programme des Nation unies pour le Développement (PNUD). La semaine dernière, elle a co-animé avec son collègue Emmanuel Wongibe, à La Plantation Hotel à Balaclava, un atelier de formation de trois jours sur le thème « Le changement climatique : Programme de développement de capacité des médias ». Elle nous parle de la pertinence de la formation des journalistes pour mieux comprendre les questions de développement en général et les enjeux du changement climatique en particulier.
Gifti Nadi, pouvez-vous vous présenter ?
Je suis d’Éthiopie. Je travaille dans le domaine du développement des médias. Je suis ici à Maurice pour le Programme d’adaptation en Afrique (PAA) au changement climatique du Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD) et je suis basée à Nairobi.
Que venez-vous faire à Maurice ?
Je suis à Maurice dans le cadre du projet de renforcement des capacités des médias du PAA qui a lieu dans 20 pays d’Afrique. C’est un projet géré conjointement par le PNUD et le Japon, qui le finance.
Maurice est l’un de ces 20 pays et nous y avons organisé, la semaine dernière à la Plantation Spa Hotel de Balaclava, le 19e atelier, intitulé « Atelier journalistique sur le changement climatique : Programme de développement de capacité des médias ». Cet atelier vise à aider les journalistes mauriciens à écrire plus efficacement sur le changement climatique, qui est de nos jours une préoccupation planétaire.
On s’accorde tous à reconnaître que le changement climatique (CC) est une modification des paramètres (température, précipitations et montée des eaux de la mer, notamment…) du climat de notre planète Terre.
Avec Emmanuel Wongibe, vous avez animé vous aussi cet atelier avec les journalistes mauriciens. Quelles étaient vos attentes ?
Je m’attendais à ce que les journalistes mauriciens aient d’abord une meilleure maîtrise du CC en tant que sujet journalistique dans sa globalité, puis plus particulièrement sur son impact à Maurice. Puis nous voulions que les journalistes puissent pouvoir davantage utiliser les médias sociaux (Internet, Facebook, Twitter, etc.) pour écrire sur le thème du CC. Troisièmement, nous souhaitions que vos journalistes puissent améliorer leur technique d’écriture par rapport à ce sujet. Qu’ils puissent aussi examiner le CC dans une perspective du genre (gender perspective), car les hommes et les femmes ne sont pas affectés de la même manière par le CC.
Nous avons tenu à avoir des experts mauriciens pour venir parler de ces questions.
Pensez-vous avoir atteint ces objectifs, maintenant que l’atelier a eu lieu ?
Oui, et en outre, je crois que nous avons également réussi l’exploit de faire se rencontrer, le temps de cet atelier, des journalistes mauriciens qui autrement n’auraient jamais eu le luxe de passer des moments d’échange ensemble. Ce faisant, c’est un grand réseau de journalistes qui se mettra en place, et s’étendra sur tout le continent d’Afrique, à travers les 20 ateliers dont j’ai parlé, pour ultérieurement s’ouvrir sur le monde grâce à un vaste réseau mondial de journalistes.
J’aurais certes souhaité que nous ayons les 20 journalistes que nous voulions pour cet atelier de Maurice, mais même avec les 12 journalistes qui ont répondu à notre invitation, je suis convaincue qu’ils font désormais partie d’un réseau international de journalistes écrivant sur le CC.
Cela est d’autant plus extraordinaire que Maurice étant une île, les journalistes mauriciens peuvent se sentir “coupés” de ces préoccupations planétaires. Nous avons commencé avec 12 journalistes, et je suis sûre qu’avec le temps nous allons multiplier ce nombre.
Vous avez côtoyé les journalistes mauriciens pendant presque cinq jours, pensez-vous le CC soit au centre de leurs préoccupations ?
Je pense que grâce à cet atelier de formation, ils sont à présent davantage conscients des enjeux du CC. Bien souvent, nous ne parlons pas de CC, mais de questions environnementales, car il y a de très nombreux sujets connectés au CC. J’estime donc que la question du CC est non seulement pertinent dans leur vie professionnelle, mais aussi dans leur vie tout court, car ils vivent sur une île et nous savons tous que l’impact du CC sur une île est beaucoup plus marqué, même si l’on n’en est pas nécessairement conscient.
Je pense que durant ces trois jours, grâce mon collègue Emmanuel Wongibe, dont l’expertise sur ces questions est reconnue internationalement, les journalistes participants ont eu l’occasion de mieux comprendre les enjeux du CC pour Maurice.
Avoir à renvoyer une première fois la tenue de votre atelier à cause d’un manque de participants, et à la deuxième tentative, n’avoir que 12 participants sur les 20 attendus… Est-ce que cela ne démontre pas le désintérêt de la presse mauricienne au phénomène du CC qui pourtant affecte indistinctement toutes les régions du globe ?
À mon avis, cela démontre plutôt ce que j’appelle « une focalisation inappropriée ». Nous avons remarqué, un peu partout où nous sommes allés, que les maisons de presse s’intéressent davantage à la chose politique, à l’économie… à ces questions qui font entrer l’argent.
La question du changement climatique, et plus globalement la question du sous-développement n’est pas nécessairement au centre de leurs préoccupations, alors même que cela affecte leurs lecteurs ou leur audience. On éprouve alors beaucoup de difficultés à faire grimper, dans la priorité éditoriale, la question du développement.
J’en ai parlé à des journalistes mauriciens, ils ont unanimement dit que les problèmes de développement – dont fait partie le CC ne semblent pas être la priorité des lignes éditoriales à l’instant, d’autant qu’il est question d’élections qui arrivent chez vous… C’est donc un défi à relever que de mettre le développement et la question du CC en particulier sur l’agenda des médias…
Quelle est l’importance que votre organisation, le PNUD, accorde à la formation des journalistes ?
Nous y accordons une importance immense. Comme Emmanuel Wongibe l’a expliqué au début de cet atelier, cette partie du PAA qui s’occupe de renforcer la capacité des médias à rapporter sur le changement climatique est extrêmement importante. Et pour le faire convenablement, la formation continue des journalistes est cruciale.
Comment pensez-vous que le PNUD peut aider à la formation des journalistes à Maurice ?
L’Unité de renforcement de capacité des médias du PNUD a pour seule mission de travailler avec le PAA dans chacun des 20 pays africains concernés. L’atelier de Maurice est le 19e atelier, le prochain et dernier sera au Gabon… Nous espérons que les 20 journalistes que nous identifions dans chacun de ces 20 pays pourront mieux communiquer au public sur les sujets de développement du bureau local du PNUD.