C’est alors qu’il présidait une réunion au cours de laquelle il n’arrêtait pas de dire que le métro était la plus grande réalisation depuis l’indépendance et qu’il en était le responsable qu’un téléphone sonna dans le bureau du CEO du Met vendredi matin. Au bout du fil, quelqu’un annonçait qu’une voiture et un tramway venaient d’entrer en collision à la rue Vandermeersch. Le conseiller municipal de Rose-Hill Zaed Nanhuck a bien résumé la situation en une phrase : « Ti dir pou éna problem. » En effet, ce conseiller fait partie de ces nombreux Mauriciens qui, depuis deux ans, disent, entre autres, qu’il faut des barrières aux intersections pour éviter les éventuels accidents entre le tram et des voitures. À cela, le CEO du MET a répondu que la ligne du tramway était construite selon « les normes internationales » et n’avait pas besoin de barrières. À la place, on a créé des déviations qui, souvent, changent sans que les automobilistes n’en soient informés. Comme ça ne marchait pas automatiquement, on a employé des policiers — sont-ils payés ? — pour remplacer les feux et installer des obstacles pour remplacer les barrières. Résultat : une augmentation des embouteillages alors que le tramway était censé destiné à les réduire. Le problème de ce tramway est qu’il a été construit sans tenir compte de l’impact qu’il allait avoir sur son environnement et surtout sans un plan d’ensemble. C’est ce manque de cohérence qui fait qu’on est en train de poser une deuxième couche de béton sur les trottoirs de la rue Vandermeersch à Beau-Bassin pour corriger les dénivellements et le tracé sinueux. C’est sans doute bien de redresser en bétonnant, mais est-ce que cela ne va pas transformer des cours en lacs lors des prochaines grosses pluies ? Est-ce que cette éventualité a été envisagée ou est-ce que c’est une fois encore « la tisane après la mort » ?

Plus haut sur la même rue Vandermeersch, c’est maintenant — deux mois après le lancement du tramway — qu’on construit des drains et un trottoir en bloquant une circulation déjà compliquée avec plusieurs voies pour entrer et sortir de Rose-Hill. Est-ce que ces travaux n’auraient pas pu être faits avant, pendant les travaux de construction de la voie ? Pour finir, pour le moment, soulignons que c’est après avoir fermé des chemins et multiplié les déviations pour installer des feeder busses que l’on se rend compte qu’ils sont trop nombreux pour le nombre de passagers qui les utilisent et contribuent à augmenter les embouteillages. Le problème avec ce tram que l’on s’obstine à qualifier de métro express, c’est qu’on a cru qu’il suffisait de le construire pour que tous les problèmes de la circulation entre Rose-Hill et Port-Louis se résolvent comme par miracle. Ailleurs, les « normes internationales » exigent que l’installation d’une nouvelle ligne de transport fasse l’objet d’une vraie réflexion, d’études poussées et d’un vrai plan d’ensemble communiqué aux utilisateurs, mais aussi à ceux qui seront affectés/concernés par sa mise en service. Ici, on pratique la politique du trial by error et c’est sans doute dans le cadre de cette erreur, qui aurait pu avoir été évitée, que les barrières seront enfin installées aux intersections et que les policiers pourront arrêter de jouer les gardes-barrières. Dans ces réunions autoglorificatrices, le CEO du Met se gargarise des passagers transportés par ses tramways. Mais est-ce qu’il se rend compte que le nombre d’automobilistes et d’usagers d’autobus qui râlent parce que le tramway ralentit la circulation et augmente le temps de leurs déplacements est de loin supérieur ?

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Est-ce que le gouvernement aurait peur de l’opposition et de ses questions parlementaires ? C’est l’impression que l’on pourrait avoir quand on constate avec quel soin le calendrier parlementaire a été pensé pour éviter des séances de questions/réponses. En effet, cela fait des semaines que le nouveau Parlement a commencé ses travaux, mais la première séance de questions parlementaire n’a pas encore eu lieu. On pensait qu’après la lecture du discours-programme le Parlement allait reprendre ses activités normales avec la séance de questions qui passionne les Mauriciens, car il leur permet de découvrir le travail — et le niveau — des députés et les ministres qu’ils ont élus. Ils devront attendre encore car le calendrier des travaux qui commence lundi avec les débats sur le discours-programme n’a pas prévu de séance pour mardi. Pour éviter, une fois encore, cette séance de questions ? En parlant de débats sur le discours-programme, il faut souligner que les principaux partis représentés au Parlement ont choisi de faire commencer les débats par de jeunes députés. C’est une excellente initiative d’accorder la parole aux jeunes élus dans un système où les partis politiques sont, en général, dirigés par des vieux de la vielle. Espérons que ces jeunes sauront faire preuve de vivacité et d’originalité au lieu de copier scrupuleusement ce que font leurs aînés.

Jean-Claude Antoine