Si les Law Lords du Privy Council avaient un doute sur la manière dont l’éthique et les principes sont interprétés par le gouvernement à Maurice, il a été dissipé. Il l’a été par le viol de l’embargo sur le draft du jugement de l’affaire Medpoint que le Privy Council a fait parvenir aux avocats des parties concernées. Selon une tradition établie, le Privy Council fait parvenir une copie d’un jugement quelques jours avant qu’il ne soit prononcé. Avec pour règle établie et respectée que ce draft envoyé à titre indicatif fasse l’objet d’un embargo jusqu’à ce que le jugement soit officiellement prononcé ou publié. Ce principe a été violé la semaine dernière quand, après réception du document, son contenu a été distribué dans le camp du gouvernement et traité comme une victoire éclatante de Pravind Jugnauth. Un ministre — celui de la Bonne Gouvernance, de surcroît ! — a même posté un message sur les réseaux sociaux pour annoncer, en dépit de l’embargo, que Pravind Jugnauth avait gagné son cas devant le Privy Council. Comment ce ministre peut-il ignorer que non seulement il ne devrait pas avoir lu ce draft, mais qu’il n’avait absolument pas le droit de le faire circuler. Est-ce que quelqu’un parmi les avocats qui font partie du gouvernement et de la majorité pourrait expliquer au ministre de la Bonne Gouvernance la définition du mot embargo ?

Il paraît que pour célébrer la « victoire », une manifestation avec pétarades — et baise-main en dépit de l’absence de Roshi Bhadain — avait même été prévue. Mais elle a été annulée quand les Law Lords ont écrit aux hommes de loi des parties concernées pour demander des explications sur ce viol d’un principe établi concernant la plus haute institution du système judiciaire mauricien. Ce viol de l’embargo est caractéristique d’une manière certaine de faire du MSM, de ses proches et ses alliés : le contournement des règles et le non-respect des principes. C’est ainsi que trois ministres se sont transformés en inspecteurs gadgets pour des interrogations musclées à la place de la police. Qu’un d’entre eux a signé un certificat de moralité pour un individu soupçonné de détournement de fonds. C’est ainsi qu’un autre s’est comporté comme l’ambassadeur d’un pays étranger et que d’autres ont entretenu des liens avec des trafiquants et des repris de justice. C’est ainsi qu’une présidente d’un corps para-étatique s’est nommée directrice générale de l’institution qu’elle était censée gérer et qu’une autre s’est offert une substantielle augmentation de salaire. L’histoire récente du MSM est riche d’affaires dans lesquelles on confond biens publics et biens privés et/ou les principes ne sont pas respectés, mais détournés à des fins personnels ou politiques, comme l’épisode du viol de l’embargo du Privy Council vient de le démontrer, probablement décidé par des spin doctors autoproclamés qui, comme la majeure partie de leurs « stratégies », se retourne contre eux et surtout contre leur patron, Pravind Jugnauth.

De nombreuses manifestations ont été organisées, cette semaine, pour célébrer les vingt ans de la mort du chanteur Kaya, en février 1999. Une mort survenue en prison dans des circonstances non encore totalement élucidées. Dans l’évocation de ces jours Kaya, pour reprendre le titre du livre de Carlo de Souza, un élément fondamental semble avoir été ignoré. Une lectrice de Week-End a écrit : « Personne ne se rappelle le silence assourdissant et irresponsable du Premier ministre de l’époque dans l’affaire Kaya ? » Effectivement, Navin Ramgoolam a eu, pendant les manifestations suivant la mort du chanteur, un comportement étrange, pour dire le moins. Il a tout simplement disparu pendant 72 heures, terré à Clarisse House, alors que le pays était paralysé, la police dépassée et qu’il fallait se brancher sur RFO pour avoir des nouvelles de Maurice, la MBC ayant décidé de consacrer la totalité de ses journaux radiotélévisés à l’actualité internationale. Ce dimanche matin, le Parti travailliste célèbre son quatre-vingt-troisième anniversaire par un colloque sur l’histoire du parti au cours duquel Navin Ramgoolam prendra la parole. Espérons qu’il se saisira de cette occasion pour expliquer pourquoi le Premier ministre qu’il était avait disparu pendant 72 heures alors que la République vivait une des périodes les plus troubles de sa jeune existence. Cet épisode non glorieux fait aussi partie de l’histoire du Parti travailliste et de son leader.