Comme prévu, le gouvernement a fait voter son budget grâce à sa majorité parlementaire, qui tape sur le pupitre et vote comme un seul homme. La majorité a trouvé le budget intelligent et novateur, tandis que l’opposition le qualifiait de décevant ou de confetti. Comme c’est de plus en plus le cas au Parlement, il n’y a pas eu de véritable débat, chaque partie n’écoutant pas les arguments de l’adversaire sinon pour le dénigrer et le dénoncer.

En dehors de l’épisode touche la joue, la seule polémique aura été celle autour de la mesure autorisant le gouvernement à puiser dans les réserves de la Banque de Maurice pour éponger la dette nationale. L’opposition a présenté cette mesure comme une perte de l’indépendance de la Banque de Maurice. Le gouvernement a rétorqué que cette mesure avait été déjà prise dans le passé par deux anciens ministres des Finances, aujourd’hui dans l’opposition. Cette bruyante polémique a été marquée par le silence assourdissant du principal concerné, l’actuel gouverneur de la Banque de Maurice.

En effet, en dépit du fait que plusieurs anciens gouverneurs de la banque se sont exprimés sur cette question – deux étant contre et un résolument pour –, l’actuel responsable n’est pas intervenu dans la polémique. Est-ce pour marquer son indépendance en se situant au-dessus de la mêlée ou, comme le clame l’opposition, parce qu’il n’a pas son mot à dire et doit se contenter d’obéir aux instructions de la fameuse cuisine où, paraît-il, tout se déciderait désormais?

Le Premier ministre et son prédécesseur ont profité des discours du budget pour régler leurs comptes avec leurs principaux et éternels ennemis politiques – hors les périodes d’alliance –, Paul Bérenger et Navin Ramgoolam. L’ex-petit frère Pravind a fait le procès de son ex-grand frère Paul, lors des conclusions des débats consacrés au budget. Cela a suffi pour que des observateurs politiques décrètent que l’alliance MSM/MMM – dont les conditions se négociant discrètement avec les spécialistes es alliance de chaque parti: les fameux agwas – n’aboutira pas. Du coup, les autres partis, désespérément à la recherche d’une alliance,  ont poussé un ouf de soulagement. Ce même ouf a été poussé du côté de ceux à la candidature du MSM et du MMM qui, en cas de concrétisation d’alliance orange/mauve, auraient été privés de ticket. Allons-nous vers une lutte à trois qui permettrait enfin de mesurer le vrai poids électoral des principaux partis politiques locaux, comme le souhaitent beaucoup de Mauriciens? Évitons d’aller trop vite en besogne en rappelant qu’il reste encore de longues semaines avant les élections pendant lesquelles tout peut arriver.

Rappelons aussi que les partis politiques – et la majeure partie de leurs membres – sont convaincus de la nécessité d’une alliance pour remporter une élection et sont prêts à tout pour y parvenir. Plus ils s’insultent et plus ils se dénoncent, plus ils sont capables de conclure une alliance pour, évidemment, sauver le pays. Les dernières élections et les dernières alliances qualifiées, par ceux qui n’en faisaient pas partie, de contre-nature l’ont, une fois de plus, démontré.

Ces alliances font désormais partie intégrante du système électoral qui convient parfaitement aux partis politiques qui en ont maîtrisé, à leur profit, toutes les possibilités. C’est grâce à ce système que le pays est dirigé depuis l’indépendance par deux dynasties, trois partis politiques et leurs alliés et la nomenklatura – souvent interchangeable – qui l’accompagne. Pour donner le sentiment qu’ils sont contre ce système, qu’ils font tout pour maintenir en place, les partis, tous les partis, se sont à un moment ou un autre prononcés contre son maintien et pour sa modernisation.

Surtout quand ces partis sont dans l’opposition. Mais ils se sont, en même temps, ligués pour faire échouer toute tentative de réforme. Cela fait des années qu’on constitue des commissions qui produisent des recommandations pour réformer le système qui ne sont jamais appliquées. La seule possibilité de remise en cause de ce système réside dans les électeurs indécis qui représenteraient, selon les sondages, au moins un tiers de l’électorat. Il faudrait que cet électorat décide de voter pour les hommes plutôt que pour les partis suivant aveuglément la logique des alliances électorales. Mais il faut aussi se poser la question suivante: est-ce que les alliances auront sur leurs listes des candidats valables tranchant sur ceux que nous connaissons, ou est-ce que les lobbies nombreux et variés – une conséquence du système – auront réussi, une fois de plus, à faire mettre “zot dimoune” sur le liste des candidats pour que le système politique, en place depuis plus de 50 ans, perdure?