Enlever au DPP la responsabilité de l’Assets Recovery Unit et placer son bureau sous le contrôle administratif du ministère de la Justice n’est pas une atteinte a la liberté du DPP, affirmait Ivan Collendavelloo hier. Le ministre réagissait à la polémique suscitée par la décision du gouvernement d’enlever deux responsabilités au Directeur des Poursuites publiques, Me Satyajit Boolell.
 
Quelles sont les raisons qui ont poussé le gouvernement à placer le DPP sous la tutelle du ministre de la Justice ?
Le DPP n’a pas été placé sous la tutelle ou la coupole du ministre de la Justice. Le gouvernement a enlevé au DPP deux responsabilités offertes par Navin Ramgoolam en 2009. Mais en 2004 déjà, le DPP Boolell avait soutenu devant le Premier ministre Bérenger qu’il fallait le séparer du bureau du Solicitor General, cette demande n’a pas été retenue. Il faut savoir que depuis la création du poste du DPP, bien avant l’indépendance, il a été entendu que dans ses fonctions il était totalement indépendant mais que pour son administration et son budget, il était sous le contrôle du Sollicitor General. Le DPP a toujours été libre dans ses fonctions telles que le prévoit l’article 12 de la Constitution. Ramgoolam avait un système de gouvernement dans le quel il était le roi et nommait des petits princes qui faisaient ce qu’ils voulaient. Ce n’est pas normal : il y a des contrôles administratifs qui doivent se faire et je ne comprends pas les cris de vierge éplorée que pousse le DPP depuis samedi matin.
 
Mais en mettant le DPP sous contrôle administratif, ne restreint-on pas quelque part sa liberté d’action, son indépendance ? Un DPP ne doit-il pas tout de même demander l’autorisation pour acheter un crayon ?
Ça c’est la manière dont le DPP présente son case, avec habilité. Il aura une enveloppe budgétaire, décidée par le Parlement, et devra fonctionner dans ses limites. Il ne s’agit que d’une question administrative. Si nous voulons que ces gens continuent à vivre comme des petits princes, alors gardons le système Ramgoolam !
 
Vous dites que le DPP vivait comme un petit prince ?
Je veux dire que le DPP était un petit prince. J’ajoute — et de cela on ne parle pas — que Ramgoolam lui a confié des fonctions à l’intérieur du Assets Recovery Office. C’est cette fonction qui lui a été enlevée et c’est semble-t-il cela qui lui fait mal et pas le problème budgétaire évoqué. Je ne sais pas quel est le gâteau qu’il y a dans l’Assets Recovery Office, mais le DPP semble y tenir particulièrement. Le problème véritable est de savoir si le DPP devrait — ou ne devrait pas — être celui qui est en charge de ce bureau. Je pense que c’est un scandale qu’on ait mis le DPP à la tête de ce bureau. Ce n’est pas normal et je ne comprends pas par quel artifice le DPP a pu manoeuvrer pour obtenir ce genre de position. Au lieu de faire de la politique ou de se mêler des choses qui ne le regardent pas, le DPP devrait exercer sa fonction avec discrétion.
 
La profession légale qualifie la décision du gouvernement comme une atteinte à la liberté du DPPP, donc de la justice…
Cela n’est pas une atteinte à la liberté de la justice. Je demande à ces mêmes avocats pourquoi ils ne se sont jamais élevés contre la manière dont fonctionnait le DPP jusqu’en 2009. Si le système n’était pas bon, pourquoi ne l’ont-ils jamais dit ? Je ne comprends pas ces cris de vierge éplorée.
 
Pourquoi le gouvernement prend-il cette décision maintenant ? Serait-ce une manière d’exprimer son mécontentement dans le traitement de l’affaire Ramgoolam ?
Pas du tout ! Le DPP n’est impliqué dans cette affaire, conduite par la police, que lorsqu’il y a des points juridiques à être débattus en cour. Qu’il le fasse bien ou mal, c’est une autre question. Nous venons de remporter les élections et de prendre le gouvernement et les responsabilités du DPP sont une des questions importantes à gérer. Si on avait attendu on nous en aurait fait le reproche. Le temps était opportun pour remettre les structures en place en enlevant celles qui avaient été placées par Ramgoolam depuis 2005. Je déplore le ton politique et polémique adopté par M. Boolell sur une radio. Si M. Boolell veut faire de la politique, c’est son droit le plus strict, mais pas en s’abritant derrière la fonction du DPP. Si M. Boolell veut faire de la politique, qu’il demande à son frère une place à l’exécutif du PTr, il aura un poste de sous porte-parole et ça ne me dérange pas. Mais qu’on ne se serve pas de la noble fonction du DPP pour faire des discours politiques. Cela étant, je crois que pour cette déclaration, le DPP agissait sous le coup de l’émotion après qu’on lui ait enlevé l’Assets Recovery Office. Je ne comprends toujours pas pourquoi il était aussi attaché à cette responsabilité que le gouvernement a décidé de lui enlever !