« Le  Courrier de l’Amitié Humaine » le bulletin de Caritas Ile Maurice a été publié de janvier 1967 à décembre 1979, soit 12 ans de parution. Cette publication a été le porte-parole et l’outil de travail de Caritas Ile Maurice, fondé en 1966 par Gustave Rey. De 1967 à 1969 la publication est mensuelle, puis devient bimestrielle jusqu’en décembre 1976 et trimestrielle avec un format différent jusqu’à ce qu’elle cesse de paraître en 1979.
Ce survol des exemplaires du «  Courrier de l’Amitié Humaine » permet de retracer non seulement le travail fourni par Caritas mais passe aussi en revue la présence d’autres associations qui sont sur le terrain. Il y a eu, en fait, tout un fourmillement d’activités caritatives et sociales qui ont travaillé en étroite collaboration. On aura noté surtout une mobilisation des jeunes encadrés et formés au travail social volontaire dans un esprit de service.
Avant Caritas Maurice
Faisons ressortir que dans les années 60, avec les cyclones Alix et Gervaise qui ont démoli tant de maisons, il y avait déjà toute une volonté de lutter contre la pauvreté en travaillant à l’éducation et à la promotion des petites entreprises.
La Société St Vincent de Paul, implantée à Maurice depuis 1855, soit 22 ans après sa fondation en France par Fréderic Ozanam, a été à l’avant-garde pour venir en aide aux pauvres.
En 1956, Les Ecoles Ménagères ont été fondées.
En 1960, la première Credit Union est lancée pour que disparaisse le “casseur”. En 1970, il y avait une ligue nationale de 40 Credit Unions regroupant quelque 5 000 membres et une à Rodrigues.
Les Compagnons Bâtisseurs, association lancée par Edwin de Robillard, ont reconstruit graduellement – en travaillant le dimanche – plus de 250 maisons après le Cyclone Carol.
Les Caritas d’Europe ont aussi contribué à promouvoir des structures d’entraide. C’est grâce à la présence des Pères Dethise, Janssens et Verbruggen que la Caritas belge a subventionné certains projets dans les années 60.
En 1963, la Caritas belge a contribué à la fondation du Foyer de N.D. de l’Unité à Souillac.
En 1964, le Bureau d’Émigration de Port-Louis est fondé grâce à un autre don de la Caritas belge.
En 1967, la Caritas Allemagne – à travers Misereor – fait un double don en finançant  une salle d’hôpital pour les victimes de la poliomyélite et la construction du Centre Misereor qui se trouve près du Champ de Mars à Port-Louis.
1966 : Caritas Ile Maurice est fondé
Gustave Rey, architecte bien établi à Maurice, obtient l’autorisation officielle de lancer Caritas à Maurice avec le Père J.M. Janssens O.P. comme aumônier.
1966
Caritas nomme un comité provisoire qui réunit de jeunes cadres désireux de s’engager dans un service social qui veut aider le pauvre à sortir de sa pauvreté. Gustave Rey dans le premier exemplaire du Courrier la définit dans les termes suivants : « une oeuvre où la charité serait à la fois dévouement et compétence. »
1967
Janvier : parution du premier numéro du « Courrier de l’Amitié Humaine ». Le père  J.M. Janssens précise : « Caritas ne refuse la collaboration de personne, chrétiens ou non-chrétiens, car il n’est personne que l’exemple de Jésus n’appelle à un amour semblable au sien. » Les laïcs s’engagent avec Gustave Rey pour que le carême devienne prioritairement un temps de partage.
Le Mercredi Saint : 334 personnes sont accueillies à l’évêché par Mgr Daniel Liston pour le repas de l’Amitié organisé par un membre de Caritas, Jean Yip Tong.
En mai, il y a déjà 22 paroisses qui avaient nommé leurs représentants de Caritas.
Lancement de l’Opération Timbres Poste.
En octobre, les élèves du Couvent de Lorette avaient récolté plus de 20 000 timbres poste.
4 juin: Le projet M 25 est lancé par Jean-Noël Adolphe afin de mobiliser les jeunes à vivre les préceptes de partage que l’on retrouve dans Matthieu 25 : “J’avais faim et vous m’avez donné à manger.” A la fin de l’année, il y a déjà un réseau d’opération M25 Spécial Noël / Spécial Rodrigues.    
1500 jeunes s’organisent autour de Jean Noël Adolphe. « Nous n’irons pas “faire la charité”, mais ouvrir des fenêtres à nos âmes aussi bien qu’à celles des gens que nous visiterons. »
Fondation de SPES par Maurice Paturau, Clément Dalais, Pierre Dinan et Gustave Rey pour la promotion féminine à travers des petites entreprises lancées dans le pays. Cela commence avec la fabrication de draps et taies d’oreiller et le développement de l’artisanat.
Dès décembre 1967, commence la publication de dossiers bien structurés pour éclairer sur les maux de société qui occasionnent la pauvreté. Un premier dossier parle  « des chiffres enivrants de l’alcoolisme» à partir des délits commis par des personnes sous l’influence de l’alcool.
Le second dossier présente le gandia et l’opium comme des agents d’anti- développement.  Le pire crime des stupéfiants est qu’il agit contre le développement de l’être, en étant un agent direct de déchéance, car le toxicomane devient vite une loque qui fait de son entourage un enfer.
1968
Année des troubles raciaux des 20-21 janvier
Ces troubles qui ont ensanglanté et bouleversé le pays voient des familles entières quitter La Plaine Verte. 1500 réfugiés vont trouver asile à Cité Richelieu. Caritas est à pied d’oeuvre pour les aider. Action généreuse des jeunes qui se regroupent dans M25, cheville ouvrière qui travaille en collaboration avec Caritas dans le camp des réfugiés de Richelieu. 450 réfugiés se retrouveront dans les cités de Barkly et Chebel. 23 familles refugiées se retrouvent à Cité Vuillemin et 8 familles à Cité Malherbes.
Il faut lever des fonds : Un lit coûte Rs. 35, un matelas Rs.10. L’Opération Refugiés se subdivise en Opération Survie et Opération  Réhabilitation.
La Solidarité Fraternelle Mauricienne est lancée par Edwin de Robillard qui travaille en collaboration avec la Croix Rouge pour appeler à la paix sociale en vue d’apaiser les conflits ethniques qui ont meurtri le pays.
31 mai 1968 : 1ère assemblée de Caritas qui n’a pas encore de statut officiel mais qui mobilise une belle équipe de volontaires.
1969
4 mai 1969 : sacre de Mgr Margéot comme évêque de Port-Louis.
31 mai : Assemblée extraordinaire de Caritas  Ile Maurice sous la présidence du nouvel évêque, en présence de 300 personnes, pour sensibiliser des volontaires au développement communautaire. Il y a dans le pays quelque  40,000 chômeurs.
1970
Denis Cangy, de retour d’études sociales à Claver House, est employé comme permanent à Caritas de 1970 à 71. Par la suite, il deviendra à compter de 1973 responsable, basé à Rome, du Service Afrique et Moyen-Orient de Caritas Internationalis.
De 1970 à 1972,  L’IDP – L’Institut pour le Développement et le Progrès – anime des sessions d’information et d’action sociale pour les jeunes leaders.
Ouverture du Collège La Confiance avec des cours d’éducation technique et maraîchère.
Lancement de centres artisanaux pour ceux qui ne poursuivent pas leur scolarité après le primaire. Le Centre Notre Dame de Montagne Longue est ouvert depuis 1970. Arrivée dans le pays du Frère Benjamin Aubret, Frère St. Gabriel, qui va être le coordonnateur de ces centres.
En 1973, les Religieuses de Lorette ouvrent leur collège de filles à Mahébourg et le Centre de Bambous Virieux.
Le MSJM construit le Centre St Joseph sur un terrain que les Pères Jésuites mettent à leur disposition pour apprendre aux garçons à travailler le bois et le métal.
Aide à la promotion féminine : 6 écoles de couture fonctionnent sous l’égide de Caritas ou en collaboration avec SPES.
En septembre, le Père Le Juge de Segrais ouvre L’École artisanale de Montagne Longue, « Notre Dame Special Junior Technical School of Carpentry» qui réunit 12 élèves avec Robert Céline comme professeur.
1971
30 janvier : 1ère Assemblée Générale Annuelle de Caritas Ile Maurice devenue une association reconnue dotée de ses statuts finalisés grâce au précieux concours de Sr André Nairac.
Pendant les années 70, il y a cette généreuse donation de Caritas Suisse : du lait en poudre destiné aux pauvres et aux hospices. La Commission Justice et Paix est fondée.
1972
Un numéro du Courrier est axé sur le district de Rivière Noire et ses poches de pauvreté.
Caritas lance en cette année La Ferme O’Connor, une ferme école au service du développement. L’évêché a reçu en don un terrain d’une superficie de 3 arpents et demi, à l’extrémité de la route Robinson à Curepipe. La Ferme O’Connor démarre en avril avec un financement de Rs 8 000 de Caritas et de Rs 5 000 de la Fondation Mgr. Margéot. Le but est d’assurer l’exploitation agricole avec la présence de 8 stagiaires de 15 à 25 ans. Ils  habitent sur place durant 6 mois et reçoivent une formation au travail agricole, à celui  d’éleveur et de maraîcher. Ils apprennent à planter et à faire l’élevage (poulets, porcs et canetons). Ayle Duval s’active à encadrer ces jeunes.
Une communauté des Soeurs Missionnaires de la Charité formée de six Indiennes, une Française et deux aspirantes, dont une Malgache et une Mauricienne, s’installe à Roche-Bois. Elles ouvrent un dispensaire où le Dr. Mansoor assure un service gratuit une fois la semaine. Elles ouvrent par la suite un home pour accueillir ceux qui sont abandonnés et mourants. Grâce à l’aide des co-workers de France, 300 familles mauriciennes de diverses paroisses reçoivent de l’argent pour payer les frais d’écolage ou les leçons particulières de leurs enfants.
Régionalisation de Caritas grâce aux volontaires – Hugues Bamboche de Trou D’eau Douce et Sylvio Oodian de Caritas Mahébourg – qui s’activent pour  travailler au développement.
1973
Des dossiers travaillés dans Le Courrier de l’Amitié Humaine permettent de découvrir des réalités vécues dans le pays. Ils ont pour titres : Le Vol (janvier- février), Orphelinats et Hospices (mars – avril), Mendicité (mars – juin), Education (juillet – août), Rodrigues (septembre – octobre – un numéro bien documenté montrant les multiples facettes des problèmes rodriguais), Indiscipline sur nos routes (novembre – décembre).
1974
Les dossiers du Courrier de l’Amitié Humaine  continuent à étudier les  maux sociaux du pays tels que la crise alimentaire, la crise du logement, les cités ouvrières. Des fiches techniques bien documentées étudient les thèmes suivants : l’élevage de porc, les écoles de couture, le financement des maisons, le bricolage, les centres artisanaux, l’utilité des Credit Unions, les services offerts par l’Assistance publique.
 1975 
Année du cyclone Gervaise
Des dossiers étoffés traitent des problèmes de relogement après Gervaise des 61 familles de Ste Anne Plaisance et de 18 familles de Cassis vivant sous des tentes. Le Courrier de l’Amitié Humaine publie des plans de reconstruction.
29 maisonnettes ont été construites et 16 réparées par le MSJM, ce qui a permis à 45 familles de se retrouver avec un logis convenable.
Il y a eu aussi des levées de fonds pour aider les sinistrés : l’Opération Lits a nécessité Rs 9 200. Les dépenses pour réparer les maisons et acheter des meubles ont totalisé Rs 135 000.
Du 29 novembre au 12 décembre, a eu lieu la session inter-îles des Caritas régionales.
Les dossiers du Courrier de l’Amitié Humaine de 1975 portent sur la lutte contre le gaspillage, la drogue et ses méfaits.
1976
10e anniversaire de Caritas; message de Mgr. Margéot : « Caritas a été et devra être de plus en plus l’expression ici à Maurice de l’amour de prédilection de Dieu pour les plus pauvres.»
Un des dossiers met l’accent sur les coûts des soins médicaux. On apprend qu’une ablation d’amygdalite en clinique en 1976 revenait à quelque Rs.1 064 ; le chirurgien se faisait payer Rs. 600, l’anesthésiste Rs. 175, la salle d’opération Rs. 100 et la demi-journée en clinique Rs.18. Quel temps bien révolu !
1977
Lancement de l’Opération Fauteuils roulants qui a permis de remettre en 1978 des  fauteuils roulants à 44 grands handicapés.
Ste Rose pour la reconstruction des maisons après l’éruption volcanique de la Fournaise.
1978
Le Courrier de l’Amitié Humaine, devenu un trimestriel, se présente sous un nouveau format. Les exemplaires du Courrier de l’Amitié Humaine, publient des dossiers bien documentés sur les composantes religieuses de la population mauricienne : nos frères hindous, nos frères musulmans, nos frères chrétiens.
1979
Les dossiers en cette 12e année de parution du Courrier ont pour thèmes : Les Enfants défavorisés, les Réfugiés du sud-est asiatique et un dernier numéro dans lequel Gustave Rey fait le constat suivant : « le Courrier hésite à soutenir sa route devant peut-être le plus formidable obstacle à franchir ; l’indifférence de ses lecteurs» mais souligne-t-il  notre pays Maurice a besoin de Caritas.  Caritas continuera en fait ses actions et sa mission, mais sans le Courrier dont c’est la dernière parution.