Commençons par une histoire vécue : une jeune professionnelle responsable du marketing des livres pour une grande maison d’édition mauricienne s’est retrouvée subitement dans une situation cornélienne face à un interlocuteur qui l’interpellait sur son appartenance ethnique. La jeune fille n’avait de toute évidence jamais songé qu’une telle question pouvait lui être posée. Un véritable embarras, voire un malaise, s’est installé lorsqu’on lui a fait comprendre qu’aux termes de la Constitution, la population mauricienne est répartie entre hindou, musulman, sino-mauricien et population générale, et qu’elle faisait partie de l’une de ces communautés.

Le même sentiment d’embarras envahit n’importe quel Mauricien lorsqu’un étranger l’interpelle sur le système de “best losers” et sur les groupes ethniques présents dans ce pays, connu internationalement pour son interculturalité, célébrée d’ailleurs lors des récents Jeux des îles ou dans le cadre de la visite du pape François. Combien de jeunes, qui viennent tout juste d’atteindre leur majorité et qui sont qualifiés pour être candidat, connaissent le groupe ethnique auquel ils appartiennent ? Combien de ces jeunes souhaitent se classer sur la base des critères définis par la Constitution ?

Aujourd’hui, avec le nombre croissant de mariages mixtes et de Mauriciens qui épousent des ressortissants étrangers, a-t-on le droit de demander à un jeune citoyen mauricien qui souhaite se présenter comme candidat de choisir entre son père et sa mère ? C’est ce que se demande Ashok Subron dans une interview accordée cette semaine dans Le Mauricien. Pour lui, dans cet exercice, c’est Krouink, la mascotte des JIOI, qu’on « assassine ». C’est la raison pour laquelle les principaux partis politiques s’attendaient à ce que le gouvernement présente un mini-amendement constitutionnel provisoire en attendant la réforme électorale en profondeur pour donner l’occasion à ceux qui ne souhaitent pas décliner leur appartenance ethnique de ne pas le faire. Cela n’a pas été le cas. Heureusement que tout espoir n’est pas perdu puisque la Cour suprême a repris cette affaire en main cette semaine et que le chef juge, Eddy Balancy, devrait prononcer son jugement avant le Nomination Day. Ce qui permettrait aux partisans de la non-déclaration de la communauté de savoir exactement ce qu’ils doivent faire.

La campagne électorale entre dans une phase critique la semaine prochaine avec la finalisation de la liste des candidats des principaux partis politiques par les principales instances dirigeantes des principaux partis. Le MSM réunit ainsi son comité central cet après-midi à Port-Louis alors que le PTr, lui, organise un congrès à Phoenix dimanche matin pour aborder toutes ces questions. La liste des candidats désignés du MMM a été finalisée hier et devrait être validée par l’assemblée des délégués à Belle-Rose demain matin. Pour le moment, le MMM a complété sa liste de candidats désignés alors que le MSM-ML devrait finaliser la liste des candidats ce week-end, après quelques soubresauts et des permutations cette semaine. Il devrait pouvoir se jeter totalement dans la campagne cette semaine.

La surprise cette semaine est venue du Mouvement Patriotique, où Alan Ganoo a perdu le droit de se présenter sous le nom de ce parti ou d’utiliser son symbole dans le cadre d’une guerre fratricide, et ce malgré sa conviction que « le MP, c’est moi ». Alors que la campagne s’accentue, des cas de violences contre des journalistes, dont celui d’Ion News, ont aussi été observés cette semaine. Ce qui est très déplorable et doit être condamné à tout prix.

Malgré tous les pronostics, qui ont tout l’air de faire partie de la propagande politique, heureux celui qui serait en mesure de dire avec certitude quel parti a pris une avance sur ses principaux concurrents. La lutte est ouverte entre les trois partis en présence, auxquels s’ajoutera une mouvance de gauche. À ce stade, on peut dire que la volonté de l’électorat est encore insondable.