Il y a, d’un côté, l’Amazonie, qui flambe sans discontinuer depuis début août dernier, et donc presque un mois. Avec la destruction que cela occasionne, principalement sur le plan écologique, et les dégâts entraînés, et qui auront une incidence définitive sur la qualité de la vie. Et ce non seulement en Amérique du Sud et dans les régions avoisinantes, mais dans le monde entier. Tout cela n’augure rien de bon. Certes, ces feux ne sont pas nouveaux : des parties entières du bassin amazonien sont cruellement décimées depuis plusieurs années déjà. Et septembre serait une “peak period” justement pour ces incendies, à en croire les spécialistes du sujet.

Si l’actuel président brésilien, Jair Bolsonaro, issu de l’extrême droite et qualifié « d’anti-écologiste notoire » par des observateurs étrangers, semblait jusqu’ici indifférent à la destruction massive qui se poursuit, l’opinion publique internationale, elle, en revanche, a tiré à chaque fois que l’occasion s’est présenté la sonnette d’alarme. Cherchant par tous les moyens possibles de faire pression sur les chefs d’États et dirigeants de la planète afin qu’ils réagissent. Influenceurs et leaders d’opinions multiplient leurs efforts, tous dans le même but avoué : limiter la casse, repousser le plus possible les effets du changement climatique… Bref, sauver notre air et notre droit de respirer.

Cela a donc partiellement décanté la situation, poussant ainsi Bolsonaro à signer, ce 28 août, un décret interdisant les brûlis agricoles et suspendant leur utilisation afin de ramener un certain contrôle dans une situation qui a sérieusement dégénéré, ces brûlis étant pointés du doigt en grande partie dans les départs d’incendies en cause. La pression ne s’arrêtera évidemment pas là. Parce que plus les arbres des forêts de l’Amazonie disparaîtront, moins de carbone pourra y être stockée, réduisant de fait les possibilités de réguler le climat, ce qui concerne le monde entier.

Ce n’est pas parce que l’Amazonie se trouve à l’autre bout du monde que l’on ne devrait pas s’en préoccuper, nous, ici, à Maurice. Si l’on adopte cette posture, on finira irrémédiablement par se retrouver le nez coincé dans un masque parce que l’air sera devenu irrespirable. Au contraire, on souhaiterait voir se multiplier les mouvements et actions, comme ceux des jeunes de Fridays for Future (bien silencieux ces temps-ci) et les prises de positions de Rezistans ek Alternativ.

Parce qu’il y a, d’un autre côté, ce massacre de la nature chez nous qui se poursuit inéluctablement pour laisser passer le fameux métro… Oui, il faut faire place au développement. Bien stupide celui qui s’oppose au progrès. Mais à quel prix ? Au détriment de la nature ? Après la Promenade Roland Armand, à Rose-Hill, au tour des immenses arbres peuplant les environs de la Ville Lumière de tomber sous les coups des tractopelles. Un spectacle affligeant, d’une cruauté terrible, « fann leker », comme en témoignent d’innombrables patriotes, conscients de la valeur de la nature dans notre petit pays paradisiaque. Certes, à un moment ou un autre, le pays aurait eu à se doter d’un système de transport en commun alternatif aux autobus. Mais encore une fois, cela doit-il être au prix de notre écosystème, de notre verdure, de nos espaces verts ? Le parc récréatif d’Ébène est-il la solution à la destruction de la promenade Roland Armand ?

La question que se posent nombre de compatriotes ces jours-ci, avec l’hémorragie au MMM et le débauchage des autres partis face au spectre des prochaines élections générales imminentes, c’est : qui arrêtera ce massacre ? Est-ce qu’un gouvernement, autre que celui de Pravind Jugnauth, prendra le risque de faire marche arrière ? Qui aura le culot de changer la donne ? De rectifier le tir ? Car c’est sûr, nul ne voudra (ne pourra ?) détruire les immenses ponts en béton déjà construits : on ne ressuscitera pas la Promenade Roland Armand, ni rien d’autre qui aura été détruit, ainsi. Il y a fort à parier que d’ici quelques années, si l’on poursuit sur cette lancée, nos villes seront devenues de véritables forêts de béton. Il faudra alors migrer vers les villages si l’on aime écouter chanter les oiseaux, bruisser les feuilles, contempler les rayons du soleil ou humer l’herbe fraîchement mouillée par la pluie… Moyennant des millions pour s’offrir une maison, évidemment, parce que les coûts auront pris brutalement l’ascenseur dans ces régions du pays ! C’est cela l’île Maurice de demain que préparent nos décideurs ? Allons-nous rester passifs ou réagir ?