Le projet de culture de riz a démarré il y a trois ans à Cluny. Les champs seront bientôt en fleurs et la première récolte de 2 000 tonnes de riz est prévue pour le mois d’avril. Il sera mis sur le marché sous l’appellation « Green Island Rice ». L’idée de cet ambitieux projet revient à une firme singapourienne Vita Grain Private Ltd et à la vision de son PDG Graeme Robertson.
Harris Ramphul est un homme comblé. Ce liaison officer de Vita Rice et ex-chimiste au MSIRI au ministère de l’Agriculture, souligne que « cultiver le riz à Maurice, c’est une grande première pour notre pays. » Les terres de l’établissement sucrier de Rose-Belle d’une superficie de 500 hectares ont été utilisées à cette fin. Rien qu’en 2010, lors de l’annonce de la culture de riz à Cluny, une cinquantaine de tonnes de riz, soit un peu moins de la moitié des semences, ont été produites durant les premières années d’opération. Une nouvelle culture que les promoteurs de Vita Rice ont fait découvrir à bon nombre de planteurs. D’une trentaine de variétés de riz au départ, puis réduite à quatorze, deux se sont révélées un succès. « Ce projet est celui d’un investisseur, Graeme Robertson, PDG de Vita Grain. Il était venu à Maurice, le 15 décembre 2008 en prospection. Maurice sera le fer de lance, le but est de produire des semences de riz qui seront également destinées au marché africain », indique Harris Ramphul.
En début d’année, les travailleurs ont effectué le dernier épandage de sel sur un vaste terrain de Cluny, avant la récolte future. Les plants de riz sont en terre depuis près de deux mois et leur phase végétative de trois mois est arrivée à terme. Et d’ici quelque temps, les premiers bougeons de riz apparaîtront.
Syam Mudhoo, agronome chez Vita Rice, relate que la récolte dépend grandement du climat. « En hiver, cela a des effets conséquents sur les pollens. Et en dessous de 16° C, il est infertile. C’est pourquoi on ne peut cultiver le riz en hiver. L’idéal est de le faire en été, d’octobre à avril. » L’agronome fait également ressortir que dans un avenir proche, les semences de riz seront acheminées vers la Tanzanie. « La culture, qui se fera en Tanzanie sur 30 000 hectares, permettra la vente de riz sur un marché international. »
Syam Mudhoo poursuit qu’à Maurice, la récolte ne se pratique pas dans les rizières mais dans la terre. « Si les rizières ne favorisent pas la poussée d’herbes sauvages, par contre, elles nécessitent une main-d’oeuvre conséquente. À Maurice, on utilise des machines. Et pour lutter contre la prolifération d’herbes sauvages, des herbicides sont testés actuellement à l’AREU (Agricultural Research & Extension Unit). » Si le semoir améliore le rendement agricole, la mécanisation, elle, a permis de cultiver jusqu’à 350 hectares de riz. Et prochainement, des récolteuses s’activeront à Cluny.
Idéal pour les diabétiques
Pour Harris Ramphul, les deux variétés de riz qui se sont révélées concluantes, ont un indice glycémique (IG) peu élevé, à savoir qu’elles contiennent un faible taux de glucose. L’IG, explique le liaison officer de Vita Rice, évalue le taux de glycémie d’un aliment riche en hydrates de carbone. « L’avantage du riz produit à Maurice est qu’il possède un faible taux de glycémie et se révèle parfaitement adapté aux diabétiques. »
Harris Ramphul félicite le gouvernement d’avoir encouragé le projet, qui, dit-il, est vital à tous les Mauriciens. « Cela fait un bon bout de temps qu’on a conduit des tests d’expérimentation sur le riz, qui se sont révélés concluants. La State Investment Corporation a accepté de s’associer à hauteur de 10 % dans cette aventure. Le projet a nécessité la somme de 1,5 million de dollars, soit environ Rs 45 millions. »
Selon les indications de Harris Ramphul, les 2 000 tonnes de riz qui seront récoltées en avril, seront stockées à Union Park. Une usine, la Dehusking mill, construite sur un terrain de deux arpents, servira d’unité de nettoyage, de séchage et de décorticage des graines de riz. Le polissage sera, lui, confié aux soins de Peninsula, une société du groupe Innodis. Les boilers (sorte de vapeur qui fait sécher les graines) permettront de garder le taux d’humidité des graines de riz à 14 %. Elles pourront ensuite être conservées sur une année. Parlant du coldroom qui sert à préserver les ballots de riz, Harris Ramphul explique que le local leur a été loué par l’Agricultural Marketing Board. 400 tonnes de riz y sont entreposées. Les silos (grandes structures cylindrées en métal) peuvent stocker le riz dans des conditions très spécifiques : 14 % d’humidité et une température basse avoisinant les 5° C. Des Bangladeshis, qui seront recrutés, apporteront leur expertise sur le décorticage du riz.
« La récolte de riz fait partie d’un capital intensive project. Ce sera une révolution à Maurice », conclut Harris Ramphul.