Avec l’entrée en opération de son Conteneur Communautaire de Baie du Tombeau, le Collectif Urgence Toxida (CUT) va encore plus loin dans sa mission visant la réduction des risques et l’encadrement des usagers de drogues injectables. Dans sa coquette petite cabane plantée au niveau des Longères Blanches, l’ONG espère offrir un service adapté aux besoins de la communauté ciblée.
“Pour nous, il n’y a rien de mal dans ce qui se fait. Cela ne nous dérange aucunement. Au contraire, nous espérons que les toxicomanes auront droit à un bon traitement. Cela aidera à soulager la détresse de leurs familles”, dit une voisine, devant le conteneur installé à côté de sa maison. “C’est bien que ce projet ait été monté ici. Ils n’auront plus à aller ailleurs pour trouver de l’aide”, ajoute-t-elle. Elle cite ensuite une série de noms de femmes et d’hommes qu’elle a connus. Des voisins qu’elle a vus mourir après des complications suite à la consommation de drogues. “J’espère que ça ira mieux maintenant”, confie-t-elle, avant de regagner sa cuisine, qu’elle avait momentanément abandonnée.
Proximité.
“Eski tes fini koumans fer ?”, interroge un jeune homme à bicyclette. Ce service sera opérationnel à partir du 29 novembre, lui répond Anielle Jellin de CUT. Les tests de dépistage à VIH et hépatiques seront entrepris par un infirmier dans le conteneur aménagé en salle d’infirmerie. Selon les résultats, après le counselling, si cela s’avère nécessaire, le volontaire sera canalisé vers les services de santé appropriés.
D’autres tâches attendent l’infirmier. Ce dernier aura principalement pour responsabilités de soigner les petites blessures et d’apporter les premiers soins aux usagers qui viendront sur le site. “Nous avons noté que plusieurs usagers portent des blessures qui finissent par s’infecter parce qu’ils hésitent à aller vers les centres de santé. Nous espérons donc intervenir avant que les choses ne s’aggravent”, précise Anielle Jellin. Deux travailleurs de terrain seront aussi attachés au service pour aller à la rencontre des usagers et pour leur apporter l’aide nécessaire. CUT espère recruter des personnes de la région pour ces fonctions.
Échanges.
Quelques minutes plus tard, arrive un jeune homme venu échanger seringues et aiguilles sales contre du matériel neuf. L’échange se fait dans une ambiance professionnelle, de confiance et de respect mutuel. Cet après-midi encore, les habitués seront au rendez-vous. Des préservatifs sont aussi disponibles auprès du personnel attaché à ce service. Le principe est de donner la possibilité aux usagers – et, à travers eux, à leurs conjoints – de se protéger d’une infection ou d’une co-infection, selon le principe de réduction des risques. En 2006, c’est ici qu’avait été lancé le premier site d’échange de seringues. Avant même que la loi n’entre en vigueur.
Écoute.
Créé pour contribuer à réduire le taux d’infections à VIH au sein de la population des usagers, CUT souhaite désormais aller plus loin dans l’encadrement offert grâce à ce projet. Composée d’un conteneur aménagé auquel a été annexée une terrasse, la structure a été financée par la firme GSK et c’est Velogic qui s’est chargé de son réaménagement.
Le projet veut avant tout répondre aux besoins exprimés par les usagers eux-mêmes. Anielle Jellin a eu plusieurs sessions de travail avec ceux de Baie du Tombeau pour mieux comprendre leurs attentes. Certains ont souhaité un encadrement psychologique pour eux-mêmes et leurs parents; d’autres espèrent la mise sur pied d’un groupe de parole et d’écoute. Les suggestions ont été pertinentes. Le projet évoluera selon les moyens et les attentes.
Un rafraîchissement, quelque chose à grignoter : le conteneur, qui est opérationnel depuis cette semaine, se veut un refuge, un espace convivial. Il sera ouvert cinq fois la semaine pendant trois heures les après-midi. Les retombées de cette première expérience permettront à CUT de décider si le projet sera reproduit ailleurs.