L’engouement des mainstream political parties pour le projet de réforme électorale contraste avec les réserves exprimées par d’autres parties, dont Rezistans ek Alternativ et Lalit, qui restent toujours en première ligne du combat contre le communalisme dans le système politique. Les animateurs de Lalit et de Rezistans ek Alternativ ne comptent pas rester les bras croisés devant ce qu’ils dénoncent de manière unanime, mais chacun de son coté, comme un hijacking de la démocratie et « une conspiration pour perpétuer la logique communale dans le système politique » par les principaux partis politiques, en particulier le Parti travailliste, le MMM et le MSM.
Pour les voix et voies alternatives au débat politique, la réforme électorale, dont l’objectif ne peut être qu’un approfondissement de la démocratie en direction d’une démocratie participative, passe nécessairement par l’élimination duBest Loser System. Mais elles craignent qu’avec l’agenda de la réforme déterminé par le MMM, tel ne sera nullement le cas. Pour cause, ils citent les tractations lors de la Commission Sachs pour imposer que le système de députés correctifs ne pas soit éliminé. 
Lalit, dont les candidats ont systématiquement refusé d’inscrire leurs communautés respectives sur les Nomination Paperspour des élections générales, met en garde contre la perversion de réforme, qui se trame dans le dos des Mauriciens. « Sa, li ène hijacking de nou demokrasi », lance tout de go Ram Seegobin, un vétéran de la lutte contre le communalisme en politique.
« En vue de traduire dans la réalité tout projet de réforme électorale, il faudra à coup sûr une majorité de trois-quarts. Mais le gouvernement dispose d’à peine d’une majorité simple. Plus intrigant encore est le fait que deux partis d’opposition, le MMM et le MSM, se retrouvent à l’avant-plan des débats pour la réforme. Cette situation se résume à une seule équation: initier un processus de réforme en vue de déterminer quelle alliance contractée avant ou après les élections », s’appesantit l’animateur de Lalit.
« Jusqu’ici, nous ne sommes nullement en présence d’un projet de débat élargi impliquant tous les partis politiques, petits et grands, les syndicalistes ou encore les académiques. Dans cette perspective, nous ne pouvons pas nous attendre à une réforme du système électoral digne de ce nom si jamais ils parviennent à leur but. Ce sera un véritable colmatage assujettissant ambitions politiques personnelles à des changements constitutionnels d’envergure », poursuit Ram Seegobin.
L’année dernière, Lalit s’est penché sur la réforme du système électoral et a même publié un document exposant les préalables à la réforme, soit comment assurer davantage de droits démocratiques en éliminant les barrières de langues ou autres comme l’interdiction à certaines catégories de salariés de se porter candidats ; comment favoriser une plus importante et effective participation féminine dans le processus politique ou faire adopter une forme de droit de révocation des parlementaires par voie de pétition électorale dans une tentative d’écarter les risques de transfugisme.
« Au sein de Lalit, nous nous interrogeons pourquoi, jusqu’ici, le gouvernement n’a pas perçu la pertinence de décréter l’archipel des Chagos comme une des circonscriptions de Maurice avec l’élection d’au moins un représentant dans cette démarche pour renforcer la revendication souveraine de Maurice sur cette partie de son territoire », ajoute Ram Seegobin, qui plaide également en faveur d’une meilleure représentation des différents courants politiques à l’Assemblée nationale.
« Lalit est en faveur du maintien de la formule de First past the post avec quatre élus par circonscription, à Maurice, et trois à Rodrigues, avec une dose de proportionnelle sur la base d’une liste de femmes et d’hommes alternés pour arriver à un Parlement de 104 députés. Néanmoins, le fait majeur de toute réforme reste l’élimination de toute allusion aux communautés et du Best Loser System. Aucune concession n’est possible sur cet aspect fondamental », recommande Lalit.
Lalit maintient sa position de manière catégorique par rapport à l’élimination du Best Loser. « Même si nous étions prêts avec nos propositions et nos arguments, nous avions préféré boycotter les travaux de la Commission Sachs parce que Paul Bérenger avait décrété dans les attributions que cette commission ne pouvait se prononcer sur la formule de députés correctifs. Mettre à exécution une réforme électorale sans éliminer le Best Loser ne représente qu’une farce », s’insurge Lalit.
Ram Seegobin élabore également une série de propositions pour faire partie du Package de la réforme, dont une révision de la structure du régime politique avec un poids plus prépondérant au législatif par rapport à l’exécutif avec une réduction du nombre de ministres ; des limitations des dépenses électorales à Rs 150 000 par candidat avec les Returns des dépenses affichées en public ; interdiction de financement des campagnes électorales par des intérêts économiques et particuliers ; rejet du financement direct de l’Etat, mais avec l’option que les matériels pour les élections, dont les listes d’électeurs, soient disponibles gratuitement ;  des pouvoirs accrus à l’Electoral Supervisory Commission pour initier des enquêtes Proprio Motu sur des problèmes surgissant lors des campagnes électorales et surtout un code de conduite électoral efficace.
« Quand la population constate ce qui est servi en tant que débat sur la réforme électorale avec les valses des leaders politiques d’un salon feutré à un autre, elle se rend compte que nous sommes encore loin du compte d’une réforme électorale en profondeur. Ce ne sont que des intérêts personnels qui sont protégés », regrette Ram Seegobin.