Les négociations entre les différents partis en vue d’aboutir à une bonne réforme électorale avec une dose de proportionnelle comme le souhaitent tant le Premier ministre et leader du PTr, le Dr Navin Ramgoolam, que le chef de l’opposition et leader du MMM, Paul Bérenger, semblent, manifestement, en bonne voie. A en croire M. Bérenger, ces négociations avancent à pas de géant. Déjà, samedi de la semaine dernière, Paul Bérenger avait déclaré que, lors des premières négociations, les deux parties s’étaient accordés sur 95% des points soulevés. Reste maintenant à finaliser les deux seules questions sur lesquelles les discussions se poursuivent : le mode de désignation des 20 parlementaires à être élus à la proportionnelle selon une Party List System, ainsi que le sort à être réservé au Best Loser System.
M. Bérenger laisse comprendre que depuis le vendredi 13 dernier, les discussions PTr/MMM en vue d’une « bonne réforme électorale » ont avancé d’un pas de géant. « Il ne reste plus que deux points à finaliser », dit-il. Les points d’accord entre rouges et violet concernent l’élection, comme c’est le cas depuis 1967, de 62 députés à Maurice et à Rodrigues selon le suffrage universel de First Past The Post ; la désignation de 20 députés à la proportionnelle selon un Party List System à laquelle peut prétendre chaque parti ou alliance de partis remportant, au moins, 10% des suffrages des électeurs au plan national et un mécanisme sur le modèle de celui arrêté dans le nouveau Local Governement Act contraignant chaque parti de présenter, au moins, une femme par circonscription en vue d’une bien meilleure représentativité féminine à l’Assemblée nationale.
Le leader du MMM répète, de nouveau, que, pour ce qui concerne les deux points qui restent à être finalisés, le PTr et le MMM « ne sont pas en désaccord ». Bref, qu’il ne s’agit, dorénavant, que de les « fine tune ». Ces deux points sont (i) le mode de répartition des 20 sièges à être alloués selon la Représentation Proportionnelle et (ii) le sort à être réserver au Best Loser System. Dans le premier cas, il explique, de nouveau, qu’il convient de se décider si les 20 élus à la proportionnelle doivent être désignés en fonction du pourcentage de votes remportés sur le plan national par chaque parti ou si c’est, comme suggéré par l’expert en science électorale, le Dr Rama Sithanen, il convient d’avoir recours au system dit des « wasted votes », expression que M. Bérenger juge, en passant, « très maladroite ».
« Wasted Votes » pour la proportionnelle
Alors que dans le premier cas, il s’agit de comptabiliser l’ensemble des suffrages remportés par chaque parti ou alliance de partis en vue de la désignation des élus à la proportionnelle selon le Party List System, d’après le « wasted votes system » de M. Sithanen, le calcul pour la Représentation Proportionnelle se fait à partir des seuls votes obtenus par l’ensemble des candidats battus de chaque parti ou alliance de partis. « Il n’y a aucune différence fondamentale entre les deux systèmes », soutient le leader du MMM qui trouve, néanmoins, que ce système alternatif peut bien se révéler compliqué pour le citoyen lambda comme à ce stade. « Il nous faudra perdre du temps pour l’expliquer et aussi, éventuellement, le rebaptiser ». Qu’importe, Paul Bérenger rassure qu’au MMM, l’on n’est pas, pour autant, « bloqué » sur cette question et l’on est, en substance, disposé à la reconsidérer.
Le deuxième et seul autre point sur lequel il n’y a pas, soutient Paul Bérenger, de « désaccord fondamentale » et où l’on est « presque qu’au but » touche au Best Loser. Dans ce cas, plutôt que de huit « bons gagnants » (NDLR : 11% de l’ensemble des 70 députés de l’actuelle Assemblée nationale), le MMM, explique son leader, suggère entre 4 et 6 best losers pour une nouvelle Assemblée nationale de 82 parlementaires (NDLR : entre 20% et 30% des députés). Au moment du dépôt des candidatures, explique-t-il, encore, les candidats n’auront pas à déclarer leur communauté et c’est l’Electoral Supervisory Commission (ESC) actuellement sous la présidence de Me Yusuf Aboobaker et qui comprend des personnalités de l’ensemble des communautés parmi lesquelles Me Désiré Basset, ainsi que le Commissaire électorale, Me Irfan Rahman qui s’en chargera.
Paul Bérenger explique que, déjà, la loi électorale permet de contester la désignation d’un député correctif. Ce que le MMM propose, dit-il, aura, toutefois, l’avantage de prévenir, par exemple, à l’avenir, une répétition du cas Michaël Sik Yuen, « désigné », dit-il, ironiquement, « best loser de la population générale mais, toutefois, nommé ministre sino-mauricien ! «  Pour lui, l’épisode Sik Yuen ne pouvait qu’être l’oeuvre « des esprits tordus au sein du PMSD » et nul n’aura jamais songé qu’une telle « escroquerie identitaire », bref, un tel « triangage légal » pouvait se faire. D’où le fait qu’au moment du dépôt des candidatures pour les élections du 5 mai 2010, ni le MMM, ni aucun autre parti ou candidat indépendant n’a songé contester sa candidature dans le délai prescrit de 7 jours.
Dans le cas de la formule de best loser que le MMM propose en vue d’une « bonne réforme électorale », M. Bérenger explique que, même si les candidats aux élections n’auront pas à déclarer leur communauté respective, là encore, une disposition est inscrite en vue d’assurer une éventuelle contestation d’un député correctif désigné par l’Electoral Supervisory Commission. En cas de contestation de sa désignation comme « best loser », ce député aura, en effet, à jurer un affidavit en Cour suprême affirmant qu’effectivement, il appartient à une communauté ou une autre. Dans tout ce débat en cours ses derniers jours sur l’abolition ou pas du best loser, Paul Bérenger soutient que, malheureusement, le MMM semble avoir eu raison.
BLS : « aucune incompatibilité avec la proportionnelle »
Il soutient, en effet, que l’évocation même de l’abolition de ce système de désignation de députés a « créé beaucoup d’inquiétudes au sein de la communauté musulmane ». Il rappelle, à cet effet, que l’ensemble des personnalités de cette communauté qui se sont, à ce jour, exprimées sur la question ont pris position contre une telle abolition. Des personnalités de tous bords, parmi lesquelles l’ancien président, M. Cassam Uteem, l’avocat M. Yousouf Mohamed, l’ancien ministre de sir Seewoosagur Ramgoolam et du PTr, Me Razack Peeroo, le député travailliste, Reza Issac, ainsi que celui du MMM, Reza Uteem.
Paul Bérenger argue que, contrairement à ce que soutiennent Rama Sithanen et Navin Ramgoolam, dans la pratique et, selon ce qu’il propose, le Best Loser System n’est pas incompatible avec la Représentation proportionnelle. Selon cette formule, « le best loser system mourra de sa belle mort et de lui-même d’ici à deux ou trois élections générales, dans l’avenir ». Il n’écarte même pas la possibilité que, selon ce système, très vite, après une ou deux élections générales, il n’y ait même pas la nécessité d’en désigner, éventuellement, si tant la marge de manoeuvre avec 20 députés élus à la proportionnelle pour un Parlement de 82 membres est grande en vue de la constitution d’une nouvelle Assemblée nationale véritablement arc-en-ciel.
Tout cela dit, pour le leader du MMM, il n’est « pas question » que la Réforme électorale avec une dose de proportionnelle en cours de négociations entre les partis politiques échoue en raison de cette question de nuance d’appréciation PTr/MMM sur ce système de désignation de députés correctifs. « Alors qu’une occasion historique se présente à nous en vue d’une bonne réforme électorale avec une dose de proportionnelle, j’espère, tout simplement, que Navin Ramgoolam ne va pas faire marche arrière en trouvant pour prétexte que la proportionnelle est incompatible avec le best loser », déclare le leader du MMM. « Nul n’a le droit de retarder une telle occasion historique », conclut Paul Bérenger. ———————————————————————————————————————————————————
Paul Bérenger : “L’affaire Didier Chabaud est révoltante”
Le leader de l’Opposition, Paul Bérenger, juge “révoltante” l’affaire qui a impliqué, au courant de la semaine, le ressortissant français Didier Chabaud, directeur des casinos Ti-Vegas, sur la plage de Mon Choisy dans le Nord, et juge “inacceptable” qu’un étranger puisse ainsi mettre en danger la vie des gens, dont des femmes et des enfants, en roulant à tombeau ouvert sur plus d’un kilomètre dans son cabriolet de grand luxe. “Nous savons, dit-il, qui était au volant mais pas qui l’accompagnait. Ni aussi si la police a pris une déclaration avec eux. Le chauffard était ivre. Pourquoi, alors, a-t-il été libéré plutôt que de passer une nuit en cellule? Qui est l’offi cier de police qui a demandé qu’il soit libéré? En cour, la police n’a pas objecté à sa remise en liberté sous caution.”
Et le leader de l’Opposition de poursuivre: “La population sait combien d’étrangers sous le coup d’une inculpation ont disparu du pays, dont un trafi quant de Subutex. Je demande au Commissaire de Police (CP), M. Duneshwar Rampersad, de prendre garde: pourquoi la charge provisioire retenue contre lui ne concerne que la conduite dangereuse et pas aussi de conduite sous l’infl uence de l’alcool?”
Paul Bérenger rappelle que même le Directeur des Poursuites Publiques (DPP), Me Satyajit Boolell, a exprimé son mécontentement dans cette affaire. En tant que leader de l’Opposition, il demande au CP de répondre à ses questions et de sanctionner tous ceux qui le méritent dans cette affaire.
M. Bérenger demande aussi au CP de s’assurer que le prévenu “ne se retrouve pas fi nalement, lui aussi, à La Réunion ou ailleurs.” “Les Mauriciens sont révoltés par cette affaire. Quant à cet individu qui présente soi-disant ses excuses, il prétexte qu’il aurait soidisant perdu le contrôle de son véhicule.” Le chef de l’Opposition conclut en assurant qu’il suivra d’encore plus près que le DPP toute cette affaire dans laquelle, avertit-il, “chacun doit assumer ses responsabilités.”