« Le rapport Carcassonne est totalement inadapté à la réalité mauricienne même s’il contient des éléments qui sont corrects », a affirmé l’ancien ministre des Finances Rama Sithanen, qui se consacre avec enthousiasme à la recherche d’une formule de réforme électorale plus adaptée à Maurice.
« Je me consacre à ce travail en tant que citoyen mauricien et en toute indépendance. J’ai déjà rencontré le Premier ministre vendredi et j’ai sollicité une rencontre avec le leader de l’opposition ce matin. Je compte maintenant solliciter une rencontre avec le DPM Rashid Beebeejaun, le leader du PMSD Xavier-Luc Duval, le leader du MSM Pravind Jugnauth et Lindsey Collen de Lalit », a soutenu M. Sithanen, qui compte présenter son rapport dans une dizaine de jours.
Commentant le rapport Carcassonne, Rama Sithanen estime qu’il y a très peu de pays dans le monde qui procèdent à une réforme de fond en comble de la réforme électorale. Il a observé que beaucoup de pays procèdent à des réformes en maintenant les acquis des systèmes existants et en corrigeant graduellement leurs défauts. Il a cité la Nouvelle Zélande, où le système de first to past the post avait conduit à la défaite d’un parti même si celui-ci avait obtenu le maximum de votes aux élections. Un système mixte de first to past the post et de représentation proportionnelle a été introduit dans ce pays.
Au Japon, un système mixte a été introduit. C’est le cas également du Lesotho et de la Palestine qui ont introduit un système mixte first to past the post et de représentation proportionnelle.
Maurice, selon Rama Sithanen, dispose d’une assise démocratique solide et le système de first to past the post a eu ses mérites et a démontré qu’il était bon pour la stabilité du pays. Ce système, a-t-il précisé, n’a rien à faire avec la représentation des femmes au parlement qui relève strictement de la volonté politique. Le système, a-t-il poursuivi, n’a pas démérité en ce qui concerne l’inclusion. Dans l’ensemble, la répartition de toutes les communautés a été bien faite. De plus, le système assure qu’il y ait un contact régulier entre les députés et leurs mandants. « En vérité, il s’agit simplement d’assurer qu’il n’y a pas de disproportion entre la répartition de siège et le vote et éviter d’avoir des 60-0 sans créer les autres problèmes », insiste Rama Sithanen. Pour lui, il s’agit de trouver une formule consistant à garder les objectifs du système de best losers en évitant les stigma qui caractérisent les réalités politiques d’aujourd’hui.
Sithanen rappelle que le comité Carcassonne ne s’est pas défait du système de best losers mais a transféré la responsabilité d’assurer la représentation de toutes les communautés au parlement aux partis politiques. « Il s’agit de trouver une formule qui résout la question de stabilité et d’équité », a-t-il dit.
Rama Sithanen a expliqué que l’introduction d’une réforme électorale n’a jamais été facile. Il a cité le cas de l’Angleterre qui n’a jamais réussi à changer de système électoral malgré des débats qui ont duré cent ans. La France a introduit un système proportionnel en 1986 et est retournée par la suite à l’ancien système. En Nouvelle Zélande la réforme électorale a pris quelque 75 ans pour être traduite dans la réalité.
L’exercice auquel il se livre actuellement porte notamment sur l’analyse des recommandations du professeur Carcassonne, de l’analyse du système first to past the post et de la représentation des femmes. Il tient compte des analyses des best practices sur le plan international et des best practices en termes de systèmes électoraux dans les sociétés multiculturelles.