Les discussions préliminaires en vue de rencontres élargies consacrées à la réforme électorale se déroulent en ce moment sous les meilleurs auspices. Une rencontre entre le Premier ministre Navin Ramgoolam et le leader de l’Opposition Paul Bérenger, avant la fin de cette semaine, devrait permettre de dégager un format acceptable pour les discussions formelles entre le gouvernement et l’Opposition.
Hier, Rama Sithanen, dont la passion pour les systèmes électoraux est connue, a eu une session de travail de quelque 45 minutes avec Paul Bérenger, avant de rencontrer Navin Ramgoolam. Les deux dirigeants devaient s’entretenir au téléphone ce matin à ce sujet. Pour l’ancien ministre des Finances, il s’agit de développer un socle commun entre les acteurs politiques et proposer des pistes de réflexion sur les points divergents.
Paul Bérenger a qualifié de matin de « très enrichissantes » les discussions qu’il a eues avec Rama Sithanen lors d’une rencontre à son domicile à Riverwalk à 11 h hier. Les échanges ont eu lieu dans un esprit ouvert même s’il n’est pas d’accord avec tous les points avancés par l’ancien ministre des Finances. Comme il l’a déjà annoncé lors de sa conférence de presse hebdomadaire samedi dernier, sa rencontre avec Navin Ramgoolam portera essentiellement sur la mise au point d’un format pour des discussions formelles gouvernement/opposition. « J’ai déjà une formule en tête et je ne souhaite pas avoir des discussions one to one avec Navin Ramgoolam mais je ne veux pas non plus qu’il y ait un bazar lors de ces discussions entre le gouvernement et l’opposition », a dit Paul Bérenger au Mauricien.
Le Premier ministre a, pour sa part, eu une longue rencontre avec Rama Sithanen le vendredi 6 janvier dernier sur la réforme électorale. Les discussions se sont poursuivies hier après-midi. D’autres séances de travail sont prévues dans les prochains jours. De part et d’autre, on estime qu’il y a de bonnes chances d’arriver à un accord politique sur une réforme équitable et durable.
Le principal défi à relever consisterait à trouver une solution au système de best losers. S’inspirant du rapport Sachs et du rapport Collendavelloo, Paul Bérenger se prononce en faveur du maintien du système actuel de First pass the post, du maintien de la nomination de best losers et de la nomination d’un certain nombre de députés sur la base de représentation proportionnelle. Il soutient que le rapport Banwell avait dès 1966 introduit le système de best losers pour remplacer le système de nomination par le gouverneur général d’alors. Le rapport Banwell, dit-il, avait fait deux propositions. La première portait sur la désignation de cinq best losers pour garantir un minimum de représentation des communautés. M. Banwell avait insisté, a-t-il ajouté, sur la nécessité de ne pas demander aux candidats aux élections de déclarer leur communauté. Il avait laissé le soin à la Commission électorale de faire fonctionner le mécanisme concernant la nomination des best losers en faisant les calculs appropriés.
Dans son discours à la Nation le 1er janvier, Navin Ramgoolam s’est pour sa part prononcé contre la provision constitutionnelle forçant les candidats aux élections générales à décliner leur communauté. Selon ses proches, il continuerait à réfléchir sur une alternative au système de best losers. Selon les mêmes sources, le Premier ministre reconnaît la pertinence des observations du professeur Carcassonne selon lesquelles il revient aux partis politiques de s’assurer que toutes les composantes de la société mauricienne soient représentées dans les listes électorales. « On voit mal un parti politique ne pas présenter trois Mauriciens de confession musulmane dans la circonscription n°3 », fait-on ressortir.
Proposer un “template”
Interrogé par Le Mauricien ce matin, Rama Sithanen a à nouveau insisté sur le caractère citoyen de l’exercice auquel il s’est livré en toute indépendance. Il rappelle avoir fait des recherches en vue d’une thèse de doctorat sur les systèmes électoraux dans les sociétés pluriculturelles, pluriethniques et plurielles, et avoir fait aussi des recherches sur l’histoire politique et électorale du pays. M. Sithanen avait déposé à titre personnel un rapport de 80 pages devant la commission Sachs et un document de 70 pages devant le Select Committee présidé par Ivan Collendavelloo. Ce qui, selon lui, démontre que sa démarche est indépendante et consistante. La motivation de sa démarche, dit-il, est d’aider à trouver un système électoral susceptible d’assurer la stabilité d’un gouvernement fort, capable de prendre des décisions, et de trouver un système électoral juste et équitable, c’est-à-dire où il n’y a pas un grand écart entre le pourcentage de voix recueilli et le nombre de siège au Parlement. « Il n’est pas nécessaire toutefois qu’ils soient exactement pareils », soutient notre interlocuteur. Il s’agit, de plus, de garantir une présence adéquate des femmes au parlement et au conseil des ministres ; et en fin de compte d’assurer que l’assemblée nationale reflète la société plurielle mauricienne où toutes les composantes soient représentées équitablement. Il s’agit toutefois de trouver la formule idéale pour le faire dans le respect de la citoyenneté nationale et sans référence à la dimension ethnique et la communauté des candidats. Il s’agit finalement d’assurer “l’accountability” entre les élus et son électorat. « En gros le système électoral ne doit pas encourager l’atomisation de la base ethnique et doit protéger l’unité nationale », souligne Rama Sithanen. Il estime toutefois qu’il n’existe pas de système électoral parfait. C’est la raison pour laquelle tous les acteurs politiques ne peuvent être d’accord sur tous les points. « Mon rôle consiste à proposer un “template” sur lequel tous les acteurs politiques sont d’accord. Pour le reste il leur faudra arriver à un compromis politique sur un système acceptable et durable », souligne notre interlocuteur. « Dans le cadre de ma démarche j’essaie de dégager un socle commun sur lequel tout le monde est d’accord et de proposer des pistes de réflexion sur les points divergents », insiste Rama Sithanen, qui se dit convaincu que le soin de trouver une solution acceptable et durable repose entre les mains des acteurs politiques et que cela ne relève pas de son ressort.