Les députés musulmans des principaux partis politiques se sont retrouvés pour la première fois sur la même plate-forme, à Plaine-Verte hier, pour réclamer le maintien du système de best-losers dans le cadre du projet de réforme électorale qui fait actuellement l’objet de négociations entre le gouvernement et l’opposition.
Showkutally Soodhun, Reza Uteem, Cehl Meeah et Shakeel Mohamed ont ainsi tour à tour, avec quelques nuances, souligné les mérites du système best-losers qui ont permis durant les quelque 40 dernières années d’assurer la stabilité dans le pays et ont permis aux minorités de se faire représenter au Parlement.
Plusieurs autres orateurs – notamment Yousouf Mohamed, Raouf Bundhun, Reza Issack, ainsi que les maulanas Haroon, Ateea et Bahemia – ont abondé dans le même sens. Cette première réunion, organisée à l’initiative de la Muslim Youth League, avait pour but de créer une plateforme sur les best-losers. Showkutally Soodhun, parlant au nom du MSM, a insisté sur l’importance du système électoral actuel « qui apporte l’unité et la paix sociale ».
« C’est un acquis de la Constitution, et au MSM nous ne voulons pas que le système de best-losers soit aboli », a-t-il dit. « Nous espérons que la communauté musulmane ne soit pas tenue pour responsable dans l’éventualité où il n’y aurait pas de réforme électorale », a-t-il poursuivi, ajoutant que le MSM est favorable à une réforme sans l’abolition du système actuel.
Reza Uteem s’est longuement appesanti sur la nécessité que toutes les composantes de la population soient représentées de manière proportionnelle au Parlement. Selon lui, toutes les minorités ont bénéficié du système des best-losers, rappelant qu’en 1982 et 1991, Gaëtan Duval est entré au Parlement en tant que best-losers. De plus, en 1982, sur quatre députés choisis comme best-losers, aucun n’était musulman. Il a aussi rappelé que Paul Bérenger ainsi que Xavier-Luc Duval ont aussi bénéficié du système. Par ailleurs, en 1967 et en 1995, il y a eu un seul député musulman comme best-losers. Il a accusé Navin Ramgoolam de vouloir abolir le système en citant une remarque d’Abel de Smith, qui l’avait qualifié de « nasty ».
Cehl Meeah a pour sa part fait une sortie contre Navin Ramgoolam et Paul Bérenger qui, selon lui, sont en train de négocier une alliance. A son avis, dans le pays, il existe un realpolitik communal qui apporte corruption, fanatisme et politique du petit copain. « Je ferais tout pour les empêcher de toucher au système de best-losers », a-t-il dit.
Shakeel Mohamed a commencé son intervention en répondant à Reza Uteem. Ce qui devait provoquer une vive protestation dans l’assistance, qui lui demandait de parler du système de best-losers. Il aura fallu tout le tact des organisateurs pour empêcher un dérapage et ramener très vite le calme. Le ministre du Travail a pu reprendre la parole pour expliquer que Navin Ramgoolam et Paul Bérenger ont préconisé le remplacement du système. Si le Premier ministre en a proposé une réforme, Paul Bérenger, lui, a estimé que le système allait mourir automatiquement, après une ou deux élections. Il a demandé à l’assistance si elle souhaitait avoir plus de 11 musulmans, laquelle a répondu par la négative.
Les trois maulanas ont ensuite pris la parole. Ils ont souligné le caractère sensible et émotionnel du système de best-losers et ont insisté pour qu’il soit maintenu.