Après l’île aux Cerfs, voici Grand-Baie qui voit une partie de son littoral être dénaturée. La plus belle baie de Maurice, carte maîtresse pour la promotion de la destination et repère de la partie Nord de notre île, a été transformée. Des travaux de réhabilitation – consistant à réduire l’érosion et à protéger la plage des phénomènes climatiques, tels les tsunamis – ont été entrepris par le ministère de l’Environnement. Un mur de revêtement perméable a été installé sur environ 210m de plage, non loin des toilettes publiques de Grand-Baie. Si la réhabilitation de nos plages est vitale et saluée par des professionnels, d’aucuns déplorent que cette plage très prisée soit en partie devenue un eye-sore.
Ceux qui transitent par le village de Grand-Baie sont choqués de constater à la place d’une belle vue d’eau turquoise et de bateaux dans la baie, un amas de rochers. Ces rochers, dans le cadre de travaux nécessitant un investissement d’environ Rs 19 M, ont été installés sur plus de 210 mètres. Quelque 4,000 tonnes de sable, récupérés de la carrière de sable de St Félix, ont été réinstallés sur le site. Une rampe est également prévue pour les pêcheurs. Les travaux, démarrés en mars 2011, devraient prendre fin ce mois-ci. Si des travaux sont nécessaires pour la protection nos plages, le massacre sur le site de Grand-Baie est déploré. « On ne vient pas à la plage pour voir des rochers. Autrement, on reste dans son pays et on contemple nos falaises », déplore un touriste français logeant dans les environs de Grand-Baie.
Touristes, commerçants, habitants de la région et public ne comprennent pas l’enlaidissement de Grand-Baie. « Nous devons protéger nos plages. Il est évident que les autorités doivent agir pour tenter de réduire au maximum l’effet d’érosion. Mais ce n’est pas une raison pour détruire la beauté d’un site, le cachet touristique de cette région », s’insurge un observateur. Au ministère de l’Environnement, on fait ressortir que ces travaux ont été entrepris suivant les recommandations d’une firme consultante en la matière. « Grand-Baie disposait déjà de gabions pour la protection de la plage, mais nous avons constaté que ce procédé n’était pas efficace contre l’érosion. Pour éviter davantage de dégâts, nous avons fait appel à des experts qui nous ont recommandé d’installer ce mur de revêtement perméable », explique un préposé dudit ministère. Ce mur, dit-il, permet de dissiper l’énergie des vagues qui s’écrasent. L’eau passe entre les joints des rochers, freinant l’érosion du sable.
Des travaux prévus pour une vingtaine de plages
Le préposé du ministère fait ressortir que dépendant des spécificités des plages, différents types de travaux sont entrepris. Depuis l’année dernière – en attendant le Coastal Conservation Plan qui sera entrepris dans le cadre du Africa Adaptation Programme (AAP) des experts de la Japan International Corporation Agency (JICA), qui doteront Maurice d’un portefeuille de plus de Rs 90 M pour des projets de conservation –, le ministère de l’Environnement a, en effet, enclenché une série de travaux de réhabilitation d’une vingtaine de plages. La première série, entreprise en 2011, concerne la plage de Flic-en-Flac, Pointe aux Sables, Mon Choisy et Grand-Baie. Si à Pointe aux Sables, le ministère a entrepris des travaux pour un permeable rock revetment, suivant les recommandations d’une étude d’une firme consultante, à Flic en Flac et à Mon Choisy, les autorités ont eu recours à un soft rehabilitation measure. Ainsi, pour ces deux dernières plages, le ministère a opté pour un beach nourishment, en déversant du sable là où la plage avait été érodée et en faisant du reprofiling, incluant la plantation de gazon. Les travaux à Flic-en-Flac ont été effectués sur environ 300 mètres. Un French drain d’environ 250 mètres a été également installé dans cette région et une reef restauration, effectuée. A Mon Choisy, le reprofiling a été fait sur environ 600 mètres et des racines ont été enlevées du sol.
Aucune considération touristique
À Grand-Baie, en dépit de la nécessité des travaux de réhabilitation de la plage, le mur de revêtement perméable s’élevant à quelque 1.5 m est, selon certains, un véritable eye-sore. Si en ce qu’il s’agit de Flic-en-Flac et Mon Choisy, le ministère de tutelle souligne avoir eu recours à des soft measures, « car il est important de préserver le cachet touristique de certains sites », qu’en est-il de Grand-Baie, questionnent les observateurs? Considération touristique, niet! L’Environnement affirme, elle, avoir eu des discussions avec les forces vives, les habitants de la région, les commerçants, le ministère du Tourisme, celui de la Pêche et autres stakeholders avant d’entreprendre les travaux. « Nous sommes conscients que cela ne plaît pas à certains, mais il y a un choix à faire: soit protéger le plus efficacement possible la plage, soit prendre des soft measures et refaire les mêmes travaux dans 2-3 ans. Pour rappel, il y avait des gabions là avant et, apparemment, cela n’a pas servi à grand-chose », dit un préposé du ministère.
« Il faut voir l’efficacité d’une mesure », ajoute-t-il. Mais pour les professionnels du domaine, « outre le fait que ce mur de rochers est inesthétique, il détourne l’énergie des vagues, causant souvent des dégâts ailleurs. » Et cela ne protégera certainement pas d’un tsunami , ajoutent-ils. Soutenant que la réhabilitation de nos plages est un must, ces derniers estiment qu’il faut néanmoins être vigilants et ne pas faire n’importe quoi trop rapidement. « Il faut des études scientifiques approfondies en courantométrie, granulométrie, régime des vagues, etc., avant de s’avancer sur des méthodes de protection. » Selon ces professionnels, il est essentiel de prendre en considération l’aspect esthétique. En sus d’une étude environnementale, disent-ils, les autorités doivent prendre des mesures coordonnées d’après des données précises. « Faute de quoi, nous transformerons nos plages idylliques en plages de roches et de béton », préviennent-ils.