Ce lundi 31 octobre sera un grand moment pour six bénéficiaires du Centre Idrice Goomany (CIG) de la Plaine-Verte. En effet, au bout de quatre mois de formation, ces six femmes, parmi des ex-toxicomanes et travailleuses du sexe, se verront attribuer un certificat, attestant qu’elles disposent des connaissances de base pour pratiquer la coiffure ! Cette activité fait partie du programme Economic empowerment du centre, qui, pour cette formation spécifique, a bénéficié de l’apport financier de la MCB. Le cours a été dispensé par Véronique Topize, veuve du seggaeman, Kaya, et elle-même coiffeuse de renom.
Elles ont entre 21 et 45 ans. Ces femmes, Vanessa, Marylin, Ameenah, Sheryl, Pamela, Isabelle, Tesha et Paskaline, ont été parmi la dizaine de bénéficiaires du CIG qui ont sollicité une formation en coiffure. Au final, six d’entre elles ont terminé le module. « Une réelle bonne surprise ! », clame Vanessa Moorghen, animatrice et responsable des patientes du CIG, et qui a été la coordinatrice de cette formation. Au départ, j’avoue que j’étais assez sceptique et que je ne pensais pas que toutes les filles allaient se montrer aussi appliquées. Je peux même dire que je pensais que le cours n’aurait pas abouti… » Au départ, une dizaine de bénéficiaires du CIG font la demande pour cette formation. En cours de route, quelques-unes ont abandonné l’aventure… « Mais surtout pour des causes majeures », relève V. Moorghen.
Ce n’est pas que Vanessa Moorghen n’a pas confiance en ces jeunes femmes, mais surtout parce qu’elle connaît la précarité et la fragilité de leurs conditions sociales et humaines, qu’elle s’estime « soulagée et rassurée » qu’elles aient été jusqu’au bout de l’aventure.
En effet, fait ressortir Imran Dhannoo, directeur du CIG, « ces femmes ont toutes en commun leur passé de toxicomane, doublé de la problématique de travailleuse du sexe, pour nombre d’entre elles. Et comme on le sait, surtout s’agissant des femmes qui ont mené ces existences, leurs quotidiens n’ont, pendant longtemps, pas été réglés aux mêmes horloges que tout le monde ! »
Pour cause de précarité sociale de leur condition, femmes se retrouvant, souvent, très jeunes avec des enfants sur les bras, elles sont ainsi affligées de la double problématique de la drogue et de la prostitution. À 30 ans, Isabelle, par exemple, a trois enfants à grandir et sa vie personnelle est « très instable ». Ce qui a amené la jeune femme à ne pouvoir terminer sa formation en coiffure. « Parce qu’elle passait par des moments difficiles, une déception, une séparation, explique V. Moorghen, Isabelle s’est vue contrainte de quitter le cours, vers la fin. Ce qui est dommage, car elle était vraiment motivée. »
Manque de rigueur ou de concentration, absences… « Leurs vies sont rythmées selon les priorités du jour, rappelle Imran Dhannoo. On peut les comprendre. Des années durant, elles ont été soit esclaves des drogues, soit de leurs souteneurs qui les exploitaient pour de l’argent. Certaines ont connu les deux enfers simultanément. » Leurs priorités, pour celles qui connaissent l’enfer de l’addiction, étaient définitivement autres. Ce qui explique aussi, ajoute le directeur du CIG que « ces femmes n’ont, à la base, aucun skill. Elles n’ont jamais été exposées à une formation quelconque… »
Quand elles ont démarré le cours en coiffure, explique Vanessa Moorghen, « Véronique Topize à qui le centre a fait appel pour dispenser cette formation, a eu, envers chacune d’elles, une approche très humaine, individuelle et particulière (voir plus loin). Elle leur a même donné, à chacune, leurs brosses, ciseaux, entre autres. Il fallait voir leur émerveillement quand elles ont pris “leurs” équipements : leurs sourires, leur satisfaction, la joie sur leurs visages et leur engouement à trouver un marker et bien écrire leurs noms… », comme une nouvelle naissance.
« Cette formation a été une double thérapie pour la plupart de ces femmes, poursuit V. Moorghen. En sus d’avoir appris les rudiments d’un métier, elles ont aussi appris des choses sur elles-mêmes. » Elle prend l’exemple d’une des candidates qui « ne prêtait pas de grande attention à sa personne. Elle avait souvent les cheveux décoiffés et n’accordait pas grande attention à sa tenue. Graduellement, toutefois, on a remarqué un certain changement… Un jour, elle est arrivée en cours, les cheveux bien coiffés et elle portait une jupe, cela a changé complètement la perception qu’on avait d’elle, jusque-là. »
La formation en coiffure ayant fait également preuve d’Occupational therapy auprès de ces jeunes femmes, poursuit l’animatrice, « elles ont commencé à mieux comprendre l’importance de prendre soin d’elles, de faire attention à leur personne… Chose qu’elles avaient totalement occultée des années durant, parce que la drogue leur avait enlevé cela. »