La politique d’accès aérien est à l’agenda. De même que le modèle touristique mauricien. Après avoir fait l’objet de plusieurs séances de travail réunissant les autorités responsables, les opérateurs hôteliers et Air Mauritius, la politique d’accès aérien a gagné les colonnes de la presse nationale. Récemment, il y a eu la polémique entre Icarus et Mauricianus dans le Forum du Mauricien, et d’autres analyses et opinions sur la question de même que sur le tourisme mauricien dans d’autres titres de la presse. Disons-le d’emblée, l’avenir du tourisme mauricien ne doit être réduit à un conflit — et une polémique — entre les principaux stakeholders. Comme cette polémique ne mènera nulle part, autant qu’elle cesse !  
 
Démarche responsable et enjeu complexe
Eu égard à l’importance et la gravité de ce qui en jeu, il faut un débat responsable, digne et constructif. L’urgence de trouver des solutions concrètes interdit toute analyse partiale et partielle fondée sur des « arguments » démagogiques, des généralisations abusives et des raccourcis simplistes. Gardons-nous aussi de conclusions hâtives et prétentieuses, qui peuvent, à l’ère de la communication Internet s’avérer objectivement dangereuses. Méfions nous enfin des pseudo-thèses truffées de contradictions grossières et d’affirmations légères et irresponsables. Vivement l’éthique de responsabilité chez les protagonistes du débat !
La situation dans laquelle se trouve le secteur touristique de même que les défis à relever renvoient fondamentalement à la question des conditions à réunir pour que ce secteur tienne ses promesses. Et concrétiser ainsi les espoirs pour en faire le moteur du développement socio-économique national. La sortie de crise de ce secteur est autrement plus complexe que la simple (?) résolution de l’équation capacité d’accueil-sièges d’avions disponibles. Pour rappel, le secteur touristique, c’est 8,2 % du PIB, plus de 27,000 emplois directs, le double en termes d’emplois indirects, Rs 42,5 milliards de recettes , dont près de Rs 10 milliards alimentent les caisses de l’Etat sous forme d’impôts divers. C’est sur fond de grave crise économique et financière mondiale qu’il nous faut développer le tourisme.
 
Contexte et environnement
La crise de septembre 2008 n’est pas terminée. Avec le retard de la reprise, voire un risque de rechute dans certains pays européens, l’économie nationale demeure fragile. Au-delà de la crise européenne, il y a le «basculement» de l’économie mondiale avec le déplacement de son centre de gravité vers l’Asie avec ses économies phares, la Chine et l’Inde. L’intégration de ces données pousse à une réorientation stratégique de notre politique d’ouverture sur le monde extérieur.  Cette réorientation implique une période de transition. C’est avec cette toile de fond, sans oublier le projet Maurice Iles Durables (MID), qu’il faudra repenser notre modèle touristique pour qu’il puisse donner les résultats escomptés. Le tourisme mauricien subit actuellement un télescopage de plusieurs dynamiques/facteurs : un déséquilibre structurel, une image brouillée de la destination, un glissement vers le bas de gamme et la braderie, l’attractivité et la compétitivité de la destination, la réorientation stratégique et la diversification des marchés.
 
Déséquilibre structurel
Entre 2007 et 2012, le parc hôtelier aura connu une croissance de 21%, soit 2 500 de chambres additionnelles. Si on ajoute le secteur informel, les IRS et les RES, le nombre de chambres s’élève actuellement à 19 000. Le nombre de sièges en avion est lui passé de 1 818 042 en 2008 à 1 727 400 en 2010. Avec l’offre de 100 000 sièges additionnels d’Air Mauritius, le nombre de sièges disponibles serait le même qu’en 2008. Que ce soit par rapport à la croissance de l’hébergement ou par rapport à l’objectif de 2 millions d’arrivées en 2015, il y a un déséquilibre entre l’aérien et l’hébergement. Certains évaluent le déficit dans les arrivées à 300 000 en décembre 2010 et pensent qu’il serait de 400 000 en décembre 2011. Ce ne devrait pas être compliqué pour les techniciens de s’entendre sur l’ampleur du déséquilibre afin de déterminer le nombre de vols supplémentaires nécessaires pour rétablir l’équilibre. Certains estiment qu’il faudrait au moins deux vols par jour. C’est bien plus que les deux vols hebdomadaires additionnels d’Emirates Airlines.
Les hôteliers réclament plus de sièges d’avion pour transporter des touristes afin de maintenir un taux d’occupation leur permettant d’être rentables. A cela certains répondent que ce n’est pas une question de sièges d’avion disponibles mais d’absence de demande pour la destination mauricienne en raison de la crise en Europe. D’autres protagonistes vont plus loin en parlant d’absence de la demande pour les 4,5étoiles, allant même jusqu’à affirmer que c’est la fin d’un cycle pour le tourisme mauricien. Cette « thèse » soulève plusieurs questions : Que faire de la surcapacité de l’hébergement qui existerait dans ce cas ? En faire un autre usage ? Faudrait-il que le gouvernement gèle tous les nouveaux projets hôteliers qui n’ont pas encore démarré jusqu’à nouvel ordre ? L’avenir se conjuguerait-il dorénavant avec le tourisme de masse?
Dans le discours du Budget 2006/2007, il est écrit: « Goal of 2 millions tourists by the year 2015 is achievable. Government will continue to open air access to increase carrying capacity, diversifying the sources of visitors and bring  down travel costs to Mauritius through greater competition. Over the next ten years, the private sector will have to invest in the equivalent of over 25 000 rooms that will generate employment of about 25 000 and indirect employment about twice that. » Il appartient donc à l’Etat de doter le pays d’une politique d’accès aérien qui sert le développement national.
 
Image, attractivité et compétitivité
Ceux qui sont à l’écoute des marchés avancent que la destination mauricienne souffre d’un sérieux problème d’image sur de nombreux marchés, essentiellement en Europe. Il convient de bien cerner ce problème de manière globale et sur les différents marchés pour développer le plus rapidement possible une stratégie de reconquête de l’image. Il s’agit de regagner la confiance des professionnels sur ces marchés. Il va sans dire qu’il faut en finir avec certaines pratiques qui affectent les professionnels et les clients : des changements unilatéraux dans la politique de desserte aérienne, des initiatives de promotion décidées à la dernière minute et à la va-vite et qui débouchent sur l’à-peu-près. Et pour corser le tout, on assiste depuis quelques années à un double mouvement qui est en train de faire un tort immense à l’image de la destination: un glissement vers le bas de gamme et une guerre de prix, qui s’apparente à une braderie. D’une destination exclusive, nous-sommes en train de devenir une destination discount? Il faut casser cette dynamique.
Y aurait-il un problème d’attractivité et de compétitivité de la destination mauricienne? Oui et non. Oui, car nous sommes en compétition avec d’autres nouvelles destinations qui ne manquent pas d’atouts. Oui, car de récentes pratiques, laissées à elles mêmes, vont miner les atouts de la destination mauricienne. Des pratiques allant d’un système de commission généralisé qui « plume » les touristes, à l’insécurité dans certains endroits en passant par l’insalubrité de certains lieux. Moyennant qu’on se garde de se prendre pour le nombril du monde, que nous restions vigilants sur les dynamiques pouvant « polluer » la destination et que nous continuions à soigner nos atouts — le sens de l’accueil de la population, la qualité des prestations et des services hôteliers, le « no problem destination», la qualité de notre patrimoine naturel et historique, la qualité de nos infrastructures — notre attractivité n’est pas problématique. Maurice est un pays, pas une carte postale. A nos opérateurs dans tous les domaines et à tous les niveaux de faire preuve d’imagination, d’innovation et de créativité pour faire valoir nos atouts. A nos responsables de la promotion d’en faire de même. La compétitivité, le rapport qualité/prix constituent un vrai défi pour la destination. Rien que dans la région nous avons des destinations concurrentes comme les Seychelles, les Maldives et le Sri Lanka. La bataille de la compétitivité qui est aussi celle de la productivité et celle du «culte de la qualité» s’inscrit dans une stratégie nationale avec tous les acteurs du développement jouant leurs partitions respectives. Nous devons résolument nous engager dans ces batailles en sachant que ce n’est pas avec des décrets que nous allons les remporter.
 
Basculement et réorientation stratégique
Le basculement de l’économie mondiale avec le déplacement de son centre de gravité vers l’Asie nous oblige à repenser notre politique d’ouverture au monde extérieur avec une réorientation stratégique nécessitant une phase transitoire. S’agissant du tourisme, cela passe par la consolidation des marchés traditionnels — essentiellement en Europe — et le développement de nouveaux marchés émergents — indien, russe, chinois. Cette transition ne se fera pas overnight. Maurice peut encore profiter du marché européen malgré la crise. Les belles progressions des arrivées touristiques provenant de l’Europe vers les Maldives et les Seychelles sont porteuses d’espoir moyennant une synergie des efforts des stakeholders. Par exemple, de nombreux professionnels s’accordent sur le potentiel de doubler le nombre de touristes allemands vers Maurice dans deux-trois ans. Quand on sait que 100 000 Chinois ont visité les Maldives en un an pour un séjour moyen de 5 jours et qu’on connaît les activités qui les intéressent, il y a définitivement un potentiel sur les marchés émergents. Soyons intelligents dans l’articulation de notre stratégie de promotion pour tirer profit de toutes les opportunités tant sur le marché traditionnel que sur les marchés émergents.
A l’heure où le projet MID entre dans une phase décisive, il est fondamental que l’orientation du secteur touristique soit le plus MID compatible que possible. La démonstration a été faite partout dans le monde que le tourisme de masse est incompatible avec le développement durable. Le succès du tourisme mauricien a été de privilégier un mix intelligent de toutes les gammes de produits hôteliers en veillant à la qualité. Il faut maintenir ce modèle et dire non avec force à tous ceux qui veulent nous entraîner sur la voie du tourisme de masse.