C’est fait. Le comité central a voté à 33 contre 10, hier, pour le principe d’un remake de l’alliance de 2000. Comme souhaité par Paul Bérenger, c’est donc par un vote à bulletin secret que cette instance du MMM s’est prononcée. Un vote, et après ? C’est la grande question qui se pose. Et les réponses vont s’avérer moins directes qu’elles n’en ont l’air.
Jayen Cuttaree, membre de plein droit du MMM, mais plutôt en retrait de l’avant-scène politique, a choisi, après discussion avec Paul Bérenger, de ne pas participer à ce scrutin, ses options étant ailleurs et sa préférence d’alliance allant au Ptr. Alan Ganoo a, lui, déjà voté avant de partir pour l’étranger en début de semaine.
Ce vote de principe acquis, restent les modalités de ce remake de 2000 qui vont être passées en revue dès demain à la réunion du bureau politique du MMM. S’il paraît qu’il y a une convergence sur certaines des conditions de cette alliance, comme le fait que c’est sir Anerood Jugnauth qui conduira, si elle est élue, l’équipe MSM/MMM pour trois ans, suivi de Paul Bérenger, d’autres questions importantes restent totalement en suspens, pour ne pas dire problématiques.
Il y a, par exemple, la question de la répartition des investitures. Ils sont assez nombreux au MMM à croire qu’il sera difficile de rééditer le 30/30 de 2000. Les mauves ne veulent pas offrir leurs bastions sur un plateau au MSM. Ils ont, en plus, renouvelé leurs effectifs aux élections de 2010, avec l’arrivée d’excellentes pointures comme Reza Uteem, Satish Boolell, Kee Chong Li Kwong Wing, Adil Ameer Meea ou Lysie Ribot, sans compter des candidats non-élus que les mauves voudraient voir rempiler au prochain scrutin. C’est dire que le partage des tickets entre le MMM et le MSM ne sera pas facile à dégager.
L’autre débat engagé au sein d’une frange du MMM, c’est le rôle du leader du MSM, dont les déboires judiciaires sont loin d’être terminés avec l’ajournement de son procès dans l’affaire MedPoint à la fin de l’année. Difficile, disent-ils, de faire des projections à ce sujet. Ceux qui sont contre toute alliance ou contre une alliance avec le MSM se plaisent d’ailleurs à énumérer la longue liste de membres du MSM qui sont actuellement sous caution pour une raison ou pour une autre.
Comme l’a dit, dans les colonnes de Samedi-Plus, hier, Arianne Navarre-Marie, sur le ton de la tranquille lucidité qui est toujours le sien, c’est que, l’idéal pour les militants, chaque parti aille seul aux élections et que c’est précisément dans cette perspective que son parti milite depuis des années pour une réforme électorale.
Il y a donc au plus haut niveau de la direction du MMM, et non des moindres, ceux qui n’hésitent pas à dire qu’il n’y aura pas d’alliance coûte que coûte, et qu’ils ne seront pas « malheureux » si une alliance ou une autre ne se concrétisait pas. Quoi qu’il en soit, ce sera à l’instance suprême du MMM, son assemblée de délégués, de décider en dernier recours s’il y aura une alliance ou pas, et certains veulent même voir se répéter ce qui a été réalisé hier, à savoir que les délégués soient eux aussi appelés à procéder à un vote secret. On ne sait pas si les délégués ont évolué depuis août de l’année dernière, mais une chose est sûre, c’est qu’il s’étaient alors massivement et bruyamment prononcés contre toute alliance pré-électorale.
« In office but not in power ! »
Du côté du gouvernement, les plus folles rumeurs circulent, dont quelques unes ont été évoquées hier par le leader du MMM. Et le silence de Navin Ramgoolam n’est pas pour les faire taire. On évoquait dans notre édition de la semaine dernière la frustration grandissante au sein du Ptr devant la confiscation des premières loges par les « turncoats » et les nouveaux venus. D’autres élus en ont aussi ras le bol d’être mal considérés ou carrément ignorés.
On a eu droit cette semaine même à une manifestation de ce malaise, avec le courroux exprimé par Kalyanee Juggoo et Aurore Perraud, après qu’elles ont constaté que leurs noms ne figuraient pas sur une plaque d’inauguration à Cité La Cure, alors que ceux de Mookhesswur Choonee et de la « transfuge » Mireille Martin étaient, eux, en grosses lettres. C’est le ministre de la Culture qui a réglé le problème en faisait ajouter les noms des deux PPS. La solution est de dernière heure, mais les rancoeurs restent tenaces.
Des questions sont aussi posées, comme celles de savoir si le Premier
ministre contrôle toujours la situation. « In office but not in power », c’est l’expression qui revient le plus souvent depuis quelques temps. Navin Ramgoolam avait, certes, donné l’impression d’avoir repris la main après le départ du MSM du gouvernement. Or, depuis quelques temps, il semble que certains n’en font qu’à leur tête, forts qu’ils sont de leur pouvoir de marchandage dans le contexte d’une majorité étriquée.
Le ministre des TIC a imposé le renvoi de son Permanent Secretary, M. Pather, tandis que Xavier-Luc Duval, qui semble embarqué sur un « ego trip » depuis qu’il a été écarté de la délégation premier ministérielle qui s’est rendue en Inde, le mois dernier, prend d’énormes libertés.
Il n’y a pas que la nomination du clan familial et des proches du PMSD, les Fifi, Richard Duval et autres Alain Wong, qui font tiquer le Ptr, mais il y a surtout cette initiative de rendre public un communiqué avec 19 recommandations par le High Powered Committee sur le rapport de la Commission Justice et Vérité.
Les plus pointilleux de ses collègues s’étonnent que ce High Powered Committee mis sur pied sur décision du conseil des ministres n’ait pas eu le privilège d’approuver au préalable et d’annoncer des décisions aussi « far reaching » que l’introduction d’un quota pour les représentations ethniques sur les conseils d’administration des organismes para publics. Au moment même où l’on est en plein débat sur le honni Best Loser System. C’est juste paradoxal
Autre activité du ministre des Finances qui n’est pas au goût de tous, c’est son pèlerinage dans les écoles et dans le dos du ministre de l’Éducation, Vasant Bunwaree, en vue de la remise personnelle des Rs 500 000 annoncées dans le budget pour le rehaussement des établissements éducatifs. Et c’est par une école de sa circonscription, le SSS de Quatre-Bornes, que la grande distribution a commencé cette semaine.
D’autres au Ptr sont assez déroutés par les initiatives du Premier ministre. Ils citent l’exemple de la réforme électorale, qui a été évoquée lors de son séjour, la semaine dernière, dans la capitale britannique. Ils sont étonnés du fait que le chef du gouvernement ait, après l’épisode Carcassonne et les discussions avancées tenues avec le MMM et le rapport du Dr Rama Sithanen, discuté de réforme électorale, au pays qui constitue le temple même du tant décrié système de « first past the post » et qui a rejeté par voie référendaire tout recours à la proportionnelle.
Navin Ramgoolam est confronté à un impératif de clarification et ses prochaines sorties, comme les célébrations de la Journée internationale de la Femme, le 8 mars, sont très attendues. Comme le body language qui sera le sien à la rentrée du 20 mars.
Il peut toujours garder ses troupes mobilisées en faisant miroiter une alliance avec le MMM, laquelle, quand bien même ce que pensent et affirment certains, n’a pas été discutée lors des rencontres, impliquant plusieurs protagonistes d’ailleurs, du début d’année sur la réforme électorale. Et comme chez les mauves le leitmotiv reste : pas d’alliance sans réforme électorale, on devrait, à terme, savoir si chacun ne va pas finalement faire sa route tout seul.