Était-ce vraiment l’épilogue d’un chapitre de notre histoire ? Dimanche soir à Roche Bois, quand le joyeux brouhaha venant de la scène s’est finalement tu, Racinetatane avait bouclé la boucle. Réunis sur la même estrade après plusieurs années, les anciens compagnons de Kaya ont choisi la Cité Seggae pour écrire la conclusion de leur conte musical. Ensuite, avait prévenu le percussionniste Berty Fok, chacun reprendra sa route, la vie suivra son cours et Racinetatane aura terminé sa mission. Pour les pionniers du seggae, il était important de saluer une dernière fois le public, pour ne plus rester figés dans le temps après que leur histoire eut été brutalement interrompue un matin dans la cellule no 6 d’Alcatraz.
Elle a pris fière allure, la toute dernière marche des anciens compagnons de Kaya. Une dernière sortie qu’ils se devaient de faire pour un ultime salut, peu importe si jamais hommage ne leur avait été rendu alors qu’ils ont gravé d’une marque indélébile l’histoire, la musique et la culture de Maurice.
Beaucoup de sincérité pour cette dernière fois, jouée dans une émotion réelle en hommage à l’ami qui aurait bientôt fêté ses 52 ans. Les années ont passé, mais le skang inimitable de Racinetatane a retrouvé sa puissance et son battement a rejoint celui de l’âme d’un pays rendu orphelin par la bêtise institutionnalisée. Mais pour le groupe, le temps des revendications est passé. La réunion sur scène a gardé le ton et l’ambiance de l’hommage, alors que, sur le mur d’à-côté, la fresque du grand sourire de Kaya rappelait la joie qui animait le King de Camp Zoulou lorsque s’élevait sa musique.
Les cheveux et les barbes sont gris, mais la fougue roots n’en demeure pas moins sincère. Et l’impression de sagesse dégagée n’est pas usurpée. Sans qu’il n’y ait eu besoin d’une grande organisation, d’un gros matériel, de bouncers, de contrôle serré à la porte, etc., tout s’est déroulé dans l’ordre, dans le respect du programme et du public.
Dimanche, dans la poussière de la pelouse abîmée, la positive vibration a pris par les tripes le public. Exactement comme Kaya ek Racinetatane parvenaient à le faire devant les municipalités, le stade de Rose-Hill ou de Ste-Croix en ces temps où ils faisaient reprendre en choeur Morisien, to rasinn pe brile.
Presque tout le répertoire de Kaya a été passé en revue, après que des fleurs eurent été déposées sur la tombe du chanteur. C’est son fils Azaria qui a donné le ton du concert avant que Sergio Marchand, Charles Quirin, Ram Joganah et d’autres anciens compagnons ne prennent le micro à tour de rôle. James Dean, Damien Elisa, Momo Manancourt, Berty Fok, ainsi que les musiciens des différentes phases du groupe ont finalement accordé leurs violons pour cette ultime sortie.
De 16h à 19h, dans une puissance musicale jamais égalée, guitares, claviers et percussions de Racinetatane ont fait revivre la mémoire d’une musique qui n’a jamais vieilli, d’une voix qui, pour la rédemption, chantait des Songs of Freeman.