La prostitution en dix leçons. Voilà en gros ce que nous enseignent actuellement nos leaders politiques. Ce serait un sacrilège de qualifier de mariage ou d’union ce film d’horreur que l’on nous projette sur grand écran, où le coït est vilement monnayé. Les nouveaux amants ayant avalé leur vergogne couchent sur des draps exhalant encore le parfum des précédentes copulations. Comme dit la chanson J’ai encore rêvé  d’elle, « les draps s’en souviennent ».
Le pire est que ce film d’épouvante se joue pendant l’entracte odieux et calculé de la vie parlementaire d’un pays rongé par des scandales les uns plus rocambolesques que les autres. En plus d’être de la prostitution politique, ce simulacre d’amour, de désir, de chemistry, de jalousie maladive est en fait une confiscation malhonnête de la démocratie. Entretemps un pays continue de voguer  comme un radeau en perdition avec dessus plus d’un million de médusés, les piroguiers sauveteurs ayant volontairement oublié, dans cette période de rut, jumelles et avirons.
Au temps jadis, un tel navet ne se jouerait que dans une de ces salles obscures rosehilliennes de triste mémoire, mais aujourd’hui l’arrogance de notre « élite » la pousse à le jouer en plein jour. Ce qui nous montre à quel point la soif du pouvoir peut détourner les hommes de leurs idéaux. Nos dirigeants politiques nous ont délibérément floués : ils ont  tout balancé, belles promesses, belles paroles, rigueur, amour-propre, dans les rigoles de l’infamie et du déshonneur pour un pouvoir éphémère et presque diabolique. Ils ont fait fi de l’espoir que nous, le pep admirab, avions placé en eux  et ils ont le culot de nous faire prendre leurs brûlantes vessies pour des lanternes magiques. Détrompez-vous messieurs (les dames n’ont apparemment pas voix au chapitre), nous ne prendrons pas ce Gros Mario vitriolé pour du breuvage labélisé, comme celui qui meuble divinement vos après-midis d’hiver.
Le côté rassurant de la chose est que les chauds lapins d’aujourd’hui perdront très vite de leur ardeur pour le plus grand bonheur des amoureux de la démocratie. Le côté burlesque est que les éconduits formeront, pour la consolation, un gruppetto qui ne passera pas la ligne d’arrivée cette fois, mais qui sera en première ligne pour le prochain câlin de la carpe et du courpa. En politique, la virginité n’a pas valeur d’étalon. Seuls comptent les capacités de ramper et de renier. Le côté morbide est que la brièveté de leur mandat n’empêchera pas certains ministres de s’enrichir lourdement au détriment du progrès et de la survie de la population. Les mécréants prétendent que certains prennent leur lump sum d’avance pour pouvoir se réchauffer lors des froides  journées dan karo kan.
En attendant, l’opposition s’est tue et le radeau s’en va sans Paul sur le chemin de Damas.