La sixième édition du festival est dédiée à Radha-Rajen Jaganathen, cinéaste mauricien décédé récemment en France. Il fut scénariste, producteur et réalisateur, notamment pour la chaîne ARTE. Par-delà les images, toujours une musique tournait dans sa tête…
Sa famille émigre à Strasbourg en 1960. Il passe le baccalauréat en candidat libre et se présente au concours de L’Institut National Supérieur des Arts du Spectacle (INSAS), section mise en scène théâtre. Après deux ans d’études théâtrales, il tente le concours de l’Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC). Il est reçu major de sa promotion. Radha-Rajen Jaganathen a été scénariste, producteur et réalisateur (principalement pour le cinéma et la chaîne ARTE).
Prix.
Son film À Lucy (1993) a obtenu le premier prix au festival international de Montréal, d’Amiens et de Ouagadougou. Le synopsis du court métrage donne un aperçu de l’esprit du réalisateur : une nuit au Kenya, un jeune homme rêve d’une femme née en Afrique, il y a trois millions d’années. Dans son rêve, elle le prie de venir la chercher et de la ramener à sa terre natale. Le jeune homme et deux de ses compagnons quittent le Kenya pour Paris. Ils vont traverser la ville comme on suit une piste : des signes, des symboles vont les conduire jusque dans le musée des Arts Océaniens où la momie millénaire de la célèbre Lucy est exposée.
Jaganathen a réalisé avec le concours de Jean Douchet et Makiko Suzuki deux séries pour l’apprentissage du langage cinématographique. Pour la première fois, on mettait l’outil vidéographique au service du langage cinématographique.
Passion.
Sans doute est-ce l’homme qui parle le mieux de sa passion pour les images et la musique. Il avait été convié à le faire dans le passé. Ci-dessous un extrait d’un autoportrait de Radha-Rajen Jaganathen.
“Si le cinéma reste une passion qui, comme toute passion, est dévorante et reste inassouvie, d’où cette volonté farouche de poursuivre, jusqu’au bout de l’enfer s’il le faut (difficile de faire autrement). Mon passe-temps favori, puisque c’est finalement ce sujet qui nous concerne, c’est la musique. La musique qui, depuis la nuit des temps, souffle aux quatre vents, par tous les temps, jusqu’à la fin des temps.
Je me disais : peut-être bien que dans le ventre de ma mère, je collais mon oreille sur la paroi de son ventre, pour entendre les sons venus du dehors où je pressentais que j’allais être éjecté. Ce fut le cas : je fus bel et bien éjecté au bout de neuf mois et quelques jours de rabe, dans ce monde que vous connaissez comme moi. Je ne vous le fais pas dire.
Que pouvais-je bien entendre de plus captivant pour le foetus que j’étais que la voix de ma mère chantant des ségas mauriciens, chantés dans ma langue maternelle, le créole, langue issue de l’esclavage. Le séga est cette musique parfois douce, parfois rude, souvent revendicative, à l’image du blues américain.
Je devais aussi entendre les chansons de tout le cinéma bollywoodien de l’époque, qui occupait chaque instant de notre quotidien. Et si mon amour pour le cinéma remontait au moment où ma mère me transportait deux fois par semaine, dans son ventre, au cinéma qui se trouvait en face de notre maison ? Il n’y aurait personne pour me contredire.”