Prompts à faire la leçon aux autres, certains médias se privent du sens de l’éthique et d’un iota d’honnêteté intellectuelle dans l’exercice de leurs fonctions. Alors que dans des pays démocratiques et civilisés, il est de coutume que certains journaux fassent parvenir leurs titres phares ou leurs unes aux radios et aux télévisions à la veille de leur parution et que ces dernières annoncent, par exemple, que « dans les bonnes feuilles obtenues du livre Sarko m’a tuer, Libération publie demain le témoignage de la comptable de Liliane Bettencourt indiquant avoir vu la milliardaire remettre une enveloppe à Nicolas Sarkozy au titre de soutien financier à la campagne du candidat UMP à la présidentielle de 2007 » et que les radios et télévisions citent tout le temps les titres d’où ils puisent leurs informations, à Maurice, l’on note souvent une bonne dose de malhonnêteté intellectuelle de la part de certaines radios.
Quelques exemples récents ci-dessous illustrent bien ces pratiques de bas étage : C’est Week-End qui a publié en exclusivité le 1er mai 2011 le rapport accablant de Insight Forensic Services sur la gestion calamiteuse de la State Trading Corporation. Frustrés sans doute, certains journaux et radios ont laissé passer un peu de temps avant de mettre en exergue « en primeur » des extraits déjà longuement couverts dans cette édition de Week-End. Une forme de contrefaçon plutôt minable.
Le samedi 13 août 2011, Le Mauricien publiait en Une une information politique de première importance, une rencontre de trois heures la veille entre le Premier ministre Navin Ramgoolam et Jayen Cuttaree, figure de proue du MMM. Le titre de la Rue St-Georges avait eu l’information et rien n’empêchait ceux qui l’ont repris d’indiquer que « c’est une information du Mauricien » et de la développer selon leur agenda. Mais non, au matin du 13 août, voilà ce que les auditeurs d’une radio ont pu entendre : « C’est une information Radio…, le Premier ministre et Jayen Cuttaree se sont rencontrés pendant trois heures hier ». S’ils l’avaient cette information-là, ils en auraient fait état « dans l’instantané » la veille, le jour de la rencontre. Ou même dans un des titres associés de ce groupe de presse. Non rien parce qu’il n’avait pas l’information, un point c’est tout.
Ce week-end, on a aussi pu constater à quel point de telles pratiques déplorables sont ancrées dans les moeurs journalistiques de cette même radio. Week-End est sorti le dimanche 4 septembre avec un dossier sur MedPoint, documents à l’appui, invoquant que les premiers contacts en vue de l’achat de cette clinique remontent à des échanges de correspondance personnels en janvier 2010 entre le ministre de la Santé Rajesh Jeetah et le propriétaire de l’établissement le Dr Krishan Malhotra. Ne voilà-t-il pas que la Radio en question récidive et qu’elle annonce être en « possession des documents » sur cette affaire, lesquels ont été publiés en long et en large dans les colonnes de l’hebdomadaire phare du dimanche. Si elle était en possession de tous les documents, on s’étonne que dans le « deux dans un » de ce dimanche matin, il n’était question d’aucune information sur ce dossier.
Pour ne pas en finir, lundi, une de ses animatrices a même annoncé que les documents en question « ont été publiés » par cette radio-là ! Des radios qui publient ? A ce rythme, les journaux de la presse écrite vont, eux, émettre des « sons » sous peu. Il faut mettre un terme à ce genre d’attitude. Il est temps que certaines radios privées arrêtent d’être des copies à peine améliorées de leurs consoeurs du service public. Après des années d’existence, il est grand temps pour certaines radios privées de prendre de la hauteur et de faire enfin dans la qualité au lieu de se complaire dans la médiocrité et l’approximation. Elles devraient s’imposer au moins une heure d’écoute par jour des meilleures stations étrangères pour savoir ce qu’est le professionnalisme dans ce domaine. Entre ceux qui n’hésitent pas à balancer les noms de leurs journalistes à la police au lieu d’assumer leurs responsabilités, ceux qui parlent tout le temps d’eux-mêmes, ces voix qui sont de véritables repoussoirs et ceux qui démontrent une absence totale de maîtrise du langage, il y a encore beaucoup à faire.
C’est de bonne guerre dans la presse que certains obtiennent des scoops et il est tout à fait normal aussi que ce ne soit pas toujours les mêmes. C’est une réalité de ce métier mais de grâce que les uns et les autres fassent preuve d’honnêteté intellectuelle. C’est le prix à payer pour se faire respecter. Entre « lider » et « délire », il faut de temps en temps choisir.