Gestion ou Congestion ? C’est le thème d’un débat organisé au Caudan le jour de l’anniversaire de Nelson Mandela, jeudi, par les Royals and Friends Action Line (RAFAL). Ainsi que le suggère le thème de la rencontre, les intervenants ont pointé du doigt les travers de la société. Ils sont intervenus notamment sur les divers « scandales » secouant actuellement le pays – une quarantaine – dont le dernier rapport de l’Audit et ont ironisé sur les termes “Bonne gouvernance”, “culture de l’excellence” et “knowledge hub”. L’académicien Serge Rivière a pour sa part relevé que « 11,5 % des Mauriciens sont analphabètes ». Les divers participants devaient par ailleurs soutenir que le fait que « le préprimaire, où tout se joue » pour l’enfant et l’adulte à devenir ne bénéficie que de 2 % du budget alloué à l’Éducation est révélateur…
Dans une présentation Power Point, Faizal Jeeroburkhan, membre de RAFAL et de Think Mauritius, devait d’abord donner une définition du terme « bonne gouvernance » qui implique entre autres la responsabilité et l’obligation de rendre compte ou encore la prise en considération des besoins de la population. Ce qui, à son avis, « n’est pas le cas ». Il a déploré les menaces essuyées par les journalistes et syndicalistes. « Les journalistes font mal leur travail. Pourquoi ? Parce qu’ils dérangent. » Au lieu de Fact Finding Committees, estime-t-il, « on a des Fact Hiding Committees ». M. Jeeroburkhan regrette que le système éducatif soit encore « un système élitiste et académique pour produire des “Yes Men” ». Le PIB ne tient pas suffisamment compte de ses ressources naturelles telles l’air et l’eau. Il a d’autre part parlé de « gestion catastrophique » dont les conséquences sont une « congestion de scandales ». Il devait en énumérer une quarantaine, le dernier étant, selon lui, le rapport de l’Audit 2012.
S’agissant dudit rapport, Jooneed Jeeroburkhan, installé au Canada, a par le biais d’un message lu à cette occasion, mis le doigt sur ce qu’il considère être un « scandaleux petit jeu de “mo grat to ledo, to grat mo ledo” auquel se livre le tandem opposition/pouvoir sur cet exercice annuel nonobstant l’existence du Public Accounts Committee au Parlement ». Si le gouvernement du jour est accusé, dit-il, de « dilapidation de l’argent des contribuables sous forme de gaspillages divers », on oublie, selon lui, le lien étroit entre le secteur privé et le secteur public. « Avec de coûteuses campagnes électorales tous les cinq ans, les acteurs du secteur privé contribuent gros, et de façon occulte, aux caisses des partis — un investissement dont ils escomptent des avantages sonnants sous forme de subventions, de droits de douane et de taux d’intérêt à la baisse pour leurs propres affaires […] d’un agenda législatif qui leur soit “convivial” comme refouler le droit de grève ». Vu ce lien « organique » entre les deux, « l’autopsie du seul secteur public nous condamne à tourner en rond ». Seule issue, à ses yeux : « La porte qui seule peut ouvrir sur un système de démocratie participative, citoyenne et transparente. »
L’académicien et ancien lauréat, Serge Rivière, qui après son départ du pays en 1966, a enseigné dans plusieurs universités en Écosse, Australie et Irlande notamment, a partagé une présentation sur l’éducation mauricienne qu’il a faite récemment à Mumbai, lors du World Education Congress, où il s’est d’ailleurs vu décerner un award pour Outstanding Contribution to Education Worldwide. Jetant un regard neuf mais non sans vérification, sur le secteur éducatif à Maurice, n’étant rentré au pays qu’en 2008, M. Rivière dit avoir l’impression que le système n’a pas changé depuis son départ en 1966. « J’ai découvert que le ministère avait une vision et une mission. La vision : a quality for all ; transform Mauritius in an intelligent state. Mais, comment fait-on cela ? », s’est-il demandé. Et de poursuivre : « On développe une culture de l’excellence… de grands mots. » Or, indique-t-il, des Rs 11,7 milliards allouées à l’Éducation, 47 % vont au secondaire ; 26 % au primaire ; 6 % au tertiaire ; 3 % au vocationnel et technique et 2 % au préprimaire. « Cela vous donne une idée… » Selon les participants, « c’est la base, c’est là où tout se joue ». Et, M. Rivière d’ironiser : « Le ministre des Finances dit que l’économie requiert des personnes with knowledge et qu’il faut aider chaque citoyen à être productif. Le ministre Jeetah, lui, parle de “one graduate per family”. Mais, 15 % des 78 % qui réussissent leur HSC ont accès à l’éducation tertiaire ». Selon M. Rivière, s’il y a quatre universités locales dont la Open University, il y en a 64 étrangères « dont celle du ministre ». « Et, pour aller à ces universités, il faut payer une somme considérable. »
Après avoir rappelé le taux de 33 % d’échec au CPE, il a dressé un constat « de désastre » s’agissant du système de prévoc BEC. « Il y a un problème au niveau de la discipline. Les profs ne sont pas motivés, les élèves encore moins et le taux de réussite désastreux. »
“Apprendre par coeur”
Au niveau du secondaire, « nous avons un système colonial qui est un héritage du système britannique ou français. C’est effarant qu’on n’ait pas évolué vers, par exemple, le BAC international ». Le Professeur de Lettres relève par ailleurs que 11,5 % de la population totale est analphabète. Ce qui l’induit à cette question : « Est-ce qu’on peut dire que Maurice peut devenir un Hub of Knowledge et qui profite de cela ? » Autre question : « Comment peut-on parler de système égalitaire quand il y a des profs qui ne font rien en classe et qui, le soir, donnent des leçons aux mêmes élèves ? » Serge Rivière a regretté la méthode « apprendre par coeur » qui ne forme pas des jeunes à l’esprit critique. « Il n’y a pas d’intelligence critique chez les lauréats qui ont 100 % en General Paper. Ils apprennent des essais par coeur. » Et, de citer Martin Luther King : « […] Intelligence is not enough. Intelligence with character, that is the goal of true education. »
Il a d’autre part regretté la fréquence de l’enseignement des nouvelles matières que le ministère compte introduire. « L’histoire de Maurice, une fois la semaine ; la sociologie une fois la semaine et l’entrepreneurship une fois la quinzaine. Innovation ? »
Si l’éducation est gratuite, « quelle éducation ? Est-ce que je peux changer Maurice, le monde avec un système colonial qui n’a pas évolué ? », se demande-t-il. L’académicien dit être revenu au pays pour « mettre en avant (sa) une vision, basée sur les valeurs humanistes. Enseigner à la génération de demain l’honnêteté, les valeurs humaines et surtout la discipline ».
Invitée à prendre la parole à l’occasion, l’ancienne ministre Jocelyne Minerve a commencé par dire que l’économie, lui semble-t-il, « c’est de répondre aux besoins des gens ». Or, aujourd’hui, constate-t-elle, « on voit une virtualisation de l’économie. Combien de millions traversent virtuellement ». Abordant le volet éducation, elle dit n’avoir de cesse d’interpeller le ministère de tutelle au sujet de « ces enfants qui, après deux ans de prévoc, deviennent des enfants de rue ». Ceux-ci, précise-t-elle, « sont formatés par les pubs. Ils veulent des chaussures à Rs 3 000… ». Elle déplore l’arrivée toujours attendue du livre blanc sur le développement social qui devait par la suite déboucher sur un plan d’action social. La question primordiale à se poser aujourd’hui, selon elle, est « comment vivre dans notre petit pays. Peut-on apprendre à vivre autrement avec d’autres valeurs ? » Elle devait prendre un exemple, à savoir le gaspillage de terres arables à l’instar des lieux où devaient se réaliser les projets Tian Lee et Neo Town. « Les petits planteurs nous disent combien de milliers de légumes sains, sans pesticides aurait pu être produits. » À ce sujet, d’autres participants devaient faire remarquer que des arpents de terres arables à Highlands vont bientôt être vendues au profit de projets IRS.