Pour la septième année consécutive, la principale rue de Rose-Hill s’animera d’un air de carnaval. Le Collectif Arc En Ciel marque la septième “Marche des fiertés” (Rainbow Parade), le 2 juin, autour du thème : Know your rights and celebrate yourself. Des couleurs, des costumes, de la musique, de la bonne humeur… Mais les organisateurs rappellent qu’il s’agit d’une action militante en faveur du respect des droits des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT). Cet que ce genre d’actions a contribué à faire avancer la cause, même si le chemin à parcourir est encore long.
En sept ans, la Rainbow Parade a apporté une véritable visibilité de l’engagement de différents partenaires dans la réponse contre l’homophobie et le soutien à la cause des mêmes droits pour tous. Permettant à la communauté LGBT de revendiquer ses droits à haute voix. “Les questions de l’égalité de droits, des discriminations et, surtout, des actes homophobes dont sont victimes les homosexuels dans notre pays, ne sont plus tuées ou passées sous silence. On ne peut plus se voiler la face et faire comme si cela n’existait pas”, constate Nathalie Ahnee, secrétaire du Collectif Arc En Ciel.
Changement.
Pour la communauté LGBT, cette marche est un moyen d’affirmer qu’elle existe et lui permet de revendiquer ses droits ou tout simplement le respect. Bon nombre d’homosexuels mauriciens sont fiers de ce moment, qui s’est toujours déroulé dans la bonne humeur et de manière pacifique, souligne Nathalie Ahnee. Cette marche, qui a lieu depuis plus de cinq ans, a permis de “rendre visible la communauté LGBT, de poser le sujet de l’homosexualité, de l’homophobie et de l’égalité de droits des personnes homosexuelles à Maurice sur la place publique. Le sujet commence à être moins tabou”, note Nathalie Ahnee.
Nicolas Ritter, de PILS, précise : “Elle démontre clairement que le changement dans cette direction est possible. Il ne faut pas oublier qu’avec celle de l’Afrique du Sud, c’est la seule manifestation de ce type sur tout le continent africain, ce qui n’est pas rien.”
Aujourd’hui, la communauté LGBT a son mot à dire. Il y a une légitimité autour de son existence. “Aujourd’hui, nous avons voix au chapitre sur des problématiques nationales telles que le VIH. Le Collectif Arc En Ciel est invité à participer à l’ébauche du plan national stratégique sur la lutte contre le SIDA par rapport à la composante LGBT. La nation mauricienne peut et doit compter sur la communauté LGBT”, souligne Jean-Daniel Wong, président du Collectif Arc En Ciel.
Carnaval ?
Devant les critiques émises par des personnes au sein même de la communauté LGBT à propos de cette marche et des soirées Celebrate Yourself, Nathalie Ahnee réplique qu’elle est “triste d’un tel constat. Bien sûr qu’il y a un côté festif car c’est un moment de liberté, de fierté et de partage. Nous avons toujours voulu que cela soit un événement heureux, qui se déroule dans la joie, la bonne humeur et de façon pacifique. Nous sommes fiers que cela soit ainsi”.
Nicolas Ritter ne nie pas l’aspect divertissant de cette marche. “Oui, l’aspect coloré et festif de cette marche peut en dérouter certains, mais il y a une différence majeure entre la Rainbow Parade et un “carnaval”. La Rainbow Parade véhicule des messages politiques et sociaux importants : les mêmes droits pour tous, l’égalité, le refus de toute discrimination.”
Célébration.
Selon lui, tous les ans, les gens, homosexuels ou pas, viennent en famille, entre amis et sont heureux d’être là. Cela montre que nous pouvons tous vivre ensemble dans le respect et être heureux ensemble. Mais ce n’est pas que cela. C’est aussi une démonstration que la communauté LGBT existe dans toute sa diversité, qu’elle est rassemblée, solidaire et soutenue par bon nombre de citoyens, amis, familles ou inconnus et d’associations.
C’est aussi un moment de revendication pour l’égalité des droits et le respect. “Cette “Marche des Fiertés” a pour but de sensibiliser la nation mauricienne à respecter la communauté LGBT, à combattre l’homophobie et toutes les formes de discriminations liées à l’orientation sexuelle. Plusieurs ONG, notamment PILS, CUT, Chrysalide, Amnesty International et VISA G, soutiennent notre démarche”, souligne Jean-Daniel Wong.
Equal Opportunity Act.
Le combat des militants des LGBT est aussi d’ordre juridique. “Nous avons maintenant, à Maurice, deux lois dans lesquelles l’orientation sexuelle est mentionnée comme discrimination : l’Equal Opportunity Act et l’Employment Rights Act. Ce sont des avancées, mais ce n’est pas suffisant. Nous voulons une égalité de droits totale, ce qui implique la reconnaissance de l’union civile de deux personnes du même sexe ou la reconnaissance d’un troisième genre pour les transgenres, par exemple. Il est important de comprendre que nous ne demandons pas des droits en plus, mais juste l’égalité de droits, en respect de l’article 1 de la Déclaration universelle des droits humains”, souligne Nathalie Ahnee.
Les avancées en termes de la législation faites à Maurice au cours des quatre dernières années sur les questions de l’orientation sexuelle ainsi que la ratification par Maurice de la résolution du traité des Nations Unies visant à éliminer toutes formes de discriminations dans ce domaine sont des exemples concrets de ces réalisations, note Nicolas Ritter.
Conscient que les lois ne suffisent pas à faire changer les mentalités ou encore à faire reculer l’homophobie, le Collectif Arc En Ciel a mis en place des sessions d’information destinées à des jeunes et des adultes. “Grâce au financement de Rogers CRS, nous allons dans les entreprises pour expliquer ce que sont l’homosexualité, l’homophobie et ses conséquences sur les personnes victimes. Nous ne cherchons pas à convaincre tout le monde du “bien-fondé” de l’homosexualité, mais simplement faire tomber les idées reçues et les préjugés, et ouvrir le dialogue”, poursuit Nathalie Ahnee. “Il reste encore pas mal de chemin à parcourir, mais nous sommes sur la bonne voie”, conclut le directeur de PILS.