Raj Rughoonauth

Suspendu de ses fonctions de Warehouse Assistant et forcé à la retraite anticipée en juillet, l’ex-président de la Mauritius Telecom Employees Association (MTEA), Raj Rughoonauth, n’est pas prêt à enterrer la hache de guerre dans le conflit qui l’oppose à la direction de Mauritius Telecom (MT). Dans cet entretien que l’ex-syndicaliste a accordé à Week-End, il  n’est pas allé avec le dos de la cuillère, pointant du doigt le CEO Sherry Singh dans la façon dont sont gérées les affaires à MT, tout en égratignant son successeur à la tête du syndicat, en l’occurrence Yousouf Jadoo. Aussi, Raj Rughoonauth se dit entièrement confiant de sa réintégration au sein de la compagnie.

Êtes-vous toujours disposé à vous battre pour être réintégré à MT, cinq mois après avoir été révoqué comme président de la MTEA et deux mois après avoir été forcé à la retraite anticipée ?
Je reste confiant à 100% en une réintégration parce que, depuis ces fausses accusations de gross misconduct portées contre moi, MT n’a jamais pu prouver quoi que ce soit. Trois membres des ressources humaines, Raj Cawoolessur, Nirmala Ramjhuria et Nallen Moorgen, ont osé se présenter devant le ministère du Travail, sans pouvoir apporter les preuves que je ne remplissais plus les conditions nécessaires à l’exercice de mes fonctions et que j’avais commis une faute grave. Dos au mur, ils ont dû finalement organiser à la va-vite un conseil de discipline, auquel je n’avais pu assister, pour prendre la décision de me mettre à la retraite. Ma boîte mail avait même été passée au peigne fin au mois d’avril dans le sillage de ma révocation comme président du syndicat dans le but de divulguer des informations selon lesquelles je menais une croisade contre la direction. Ils devront répondre de leurs actes devant la justice.

Qu’en est-il du courriel qui vous a été envoyé le 2 mai, dans lequel MT vous demande de régler une somme de Rs 176 067, liée selon eux à votre facture de roaming à l’étranger et l’utilisation de mobile data ?
Encore une fabrication machiavélique orchestrée par Lakwizinn bis pour nuire à ma réputation et m’intimider. Elle opère au sein de l’administration de MT et peut être très dangereuse. Ça continue d’ailleurs et elle cause d’énormes préjudices et souffrances à ma famille, qui vit dans la peur depuis que je me suis fait voler mes caméras de surveillance récemment. Mais je ne vais pas capituler. Pourquoi me réclamer cette somme pour ensuite me verser, la semaine dernière, un montant de plus de Rs 80 000 sur mon compte lié à mes bonus de performance et mon salaire gelé pendant ma suspension. Cette démarche reflète toute l’ignorance et l’incompétence de cette direction qui coule sous le joug de Sherry Singh.

Pour en revenir à votre retraite anticipée, la direction de MT dit avoir pris en considération « votre length of service and decided to instead retire you compulsorily. » Pourquoi ne pas vous avoir tout bonnement mis à la porte pour ce qu’ils considèrent être un « gross misconduct » ?
C’est là où le bât blesse. Si l’on se penche sur la base du motif d’accord obligatoire, swa ou mett mwa deor, swa ou repran mwa. Li simp. Leur décision de me mettre à la retraite a été une grossière erreur de leur part.

Vous dites être persuadé que vous serez réintégré. Comment comptez-vous vous y prendre ?
I will build my case. La Commission de conciliation et médiation, qui n’a pas la prérogative de statuer, va en revanche remettre un rapport sous peu au ministère du Travail qui, à son tour, va référer le cas à la Cour industrielle. Je fais confiance à la justice. Cela m’avait peiné de voir en avril que des employés pour lesquels je me suis battu pendant 18 années ont pris parti pour Sherry Singh. Je dois laver mon honneur. Gardez vos millions, je veux juste être réintégré pour continuer à me battre pour cette institution, et rétablir l’intérêt et l’épanouissement des employés.

Vous voulez donc dire que Yousouf Jadoo, votre successeur à la tête de la présidence du syndicat et avec lequel vous avez travaillé, n’est pas du côté des travailleurs ?
Il fait le jeu du CEO. Des dizaines de personnes ont récemment été licenciées juste parce qu’elles sont considérées comme étant proches du Parti travailliste (PTr) ou accusées d’être de mèche avec moi. Au Call Centre CSL Mauritius Telecom, les plus anciens sont persécutés et dégradés de leurs postes qu’ils occupent depuis plusieurs années. Yousouf Jadoo a-t-il bougé le petit doigt pour eux ? Non, ses intentions sont autres.

En outre, vous avez au mois de mai dénoncé MT à l’ICAC pour le « non-respect des procédures » dans la vente de câbles de cuivre usagés à un particulier portant sur le fait que l’offre « la plus élevée» n’a pas été retenue. Où en est l’affaire ?
Cette affaire prend une tournure des plus risibles. Un groupe de presse et moi avons reçu une missive de la direction de MT il y a une dizaine de jours, dans laquelle elle nous réclame des dommages de Rs 500 000 pour cause de diffamation dans un article paru le 1er août. En voulant soi-disant se refaire une image auprès du public, Sherry Singh a une nouvelle fois commis une grossière erreur. Comment nous réclamer des dommages alors que l’ICAC, par le biais d’une lettre, m’a informé que the matter is still under considération ? Les faits sont là. Depuis mes dénonciations  après que 15 containers de câbles ont quitté Maurice, MT a stoppé net les procédures de vente de câbles. Plusieurs leaders de partis politiques en ont fait état dans leur conférence de presse. Lorsque j’avais, en 2007, déposé contre Sarat Lallah, alors CEO de MT, pour corruption, l’ICAC l’avait alors convoqué pour s’expliquer malgré le fait d’être un nominé politique du PTr sous le règne de Navin Ramgoolam. Qu’attend aujourd’hui cette institution indépendante pour convoquer Sherry Singh ? Lorsque j’ai été licencié en 2009 pour certains propos dans la presse à l’égard de la direction, ce même Navin Ramgoolam, par le biais du Conseil des ministres, avait validé ma réintégration. Je relance un appel au Premier ministre, Pravind Jugnauth, afin de mettre fin à cette mascarade et qu’en tant que chef du gouvernement de montrer sa capacité à diriger seul le pays et me recevoir pour une conciliation.

Ce ne serait pas plutôt la pression de la rue et de la presse qui avait alors facilité votre réintégration ?
Oui, il y avait la pression de la rue, des syndicats et de la presse. Mais n’oublions pas que sans la main de Ramgoolam, zafer-la pa ti pou al dan konsey.

À vous entendre, on a comme l’impression que vous roulez pour Navin Ramgoolam ?
Je ne roule pas pour Navin Ramgoolam, loin de là. Il y a plusieurs facteurs à prendre en considération. D’abord, c’est Michael Glover, en tant que ministre MSM, qui m’a fait intégrer la compagnie, et j’ai travaillé au clair et assidûment pour le MSM lors de la dernière campagne électorale en 2014. Quel que soit le gouvernement qui sera à la tête du pays, je me battrai pour que la justice et la méritocratie règnent. À 63 ans, j’aurais pu fermer les yeux sur certains agissements de brebis galeuses à MT et participer à cette mascarade. Mo ti pou dan bien zordi avec une retraite dorée et des privilèges auxquelles j’ai droit après mes 30 ans de service. Sarat Lallah n’a certes pas un bilan flatteur comme CEO, mais Sherry Singh mène cette institution à la dérive. Je ne peux rester les bras croisés.