Le Deputy Director des Services météorologiques Rajen Mungra estime que les Mauriciens n’ont d’autre choix que de s’adapter au changement climatique et à la situation de manque de pluies qui prévaut dans le pays depuis les 22 derniers mois. Il l’a dit dans cet entretien du Mauricien, où il rappelle également que le pays est très déficitaire en pluies depuis mars 2010.
Quelle est la situation actuelle au niveau de la pluviométrie ?
Nous avons deux saisons à Maurice : l’été, qui nous donne deux tiers de nos pluies, et l’hiver, un tiers. L’été débute le 1er novembre et se termine le 31 avril. Il nous reste encore deux mois d’été et nous avons obtenu que 552 mm au 29 février sur toute l’île, sur une moyenne de 1 344 mm. Ce qui représente 41 %. Le Plateau central a obtenu 41% de sa moyenne normale et la région de Mare-aux-Vacoas 42 %. Toutes les régions sont donc déficitaires en pluies. Février est le mois le plus pluvieux de l’année avec une moyenne normale de 335 mm mais nous n’en avons obtenu que 62 % avec 210 mm.
Ce déficit en pluies ne date pas d’hier mais des derniers 22 mois où nous constatons que la pluviométrie a été déficitaire sur 16 de ces 22 mois. Le mois de janvier est le sixième mois le plus sec depuis 1904 et celui de février, le cinquième le plus sec depuis les vingt dernières années.
Quelle est la source de ce problème ?
Il faut savoir que 70 % de nos pluies en été nous viennent des masses nuageuses associées aux tempêtes, cyclones et autres dépressions tropicales qui se rapprochent de notre pays dans un rayon de 100 km. Ces pluies arrosent tout le pays. Il faut savoir aussi que nous n’avons pas eu de cyclone qui s’est rapproché de notre pays depuis les sept dernières années. Sauf Giovanna qui nous a donné 15 % de nos pluies, il y a deux semaines. Les rares fois qu’un cyclone s’est rapproché de Maurice remonte en 2007 lorsque Gamede est passé à 230 km et avant, Hennie, qui est passé à 150 km en 2005. Donc, nous n’avons rien obtenu des masses nuageuses depuis les sept dernières années. Toutes les pluies que nous avons obtenues jusqu’ici sont localisées et sont causées par des brises de mer.
Pourquoi, selon vous ?
À cause du changement climatique. Qu’on le veuille ou pas, le changement climatique est présent dans le monde ; il affecte la planète et Maurice également. Comment savons-nous que c’est le changement climatique qui est responsable de notre problème de manque de pluies ? Auparavant, les premières pluies d’été arrivaient à Maurice au début de décembre, parfois à la mi-décembre. Maintenant, il ne pleut ni en décembre ni en janvier mais en février, et des fois c’est en mars que nous commençons à avoir les premières pluies d’été.
Ensuite, ces pluies tombent en grande quantité et en peu de temps. Nous l’avons remarqué cette semaine même lorsque la région de Curepipe a obtenu 71 mm de pluies en une heure. Normalement, on obtient autant de pluies en trois heures.
Cela a-t-il un gros impact sur l’agriculture ?
Une telle pluviosité cause beaucoup de dégâts à l’environnement et aussi à l’agriculture. La terre a besoin de pluies sur une longue période, pas de grosses pluies dans une courte durée. Le taux de sel dans de telles pluies est très élevé et abîme les plantes et leur forte intensité déchirent les feuilles des plantes. Les planteurs appellent ces pluies « lapli lamer ». Par ailleurs, ces pluies ne tombent pas dans les catchment areas.
Quels effets le développement routier et l’abattage des arbres ont-ils sur le changement climatique et le manque de pluies à Maurice ?
Ces deux éléments ne font pas une très grande différence sur Maurice mais toujours est-il que les arbres gardent la fraîcheur, rend la température abordable et l’atmosphère très confortable. Ils retiennent l’eau des pluies. Sans arbres, les pluies partent. Donc, ils sont très importants dans notre système environnemental.
Quelles sont les prévisions pour les deux derniers mois de l’été ?
Il y aura des pluies durant la première quinzaine de mars, plus que dans la deuxième quinzaine. La pluviométrie pour ce mois-ci sera légèrement inférieure que la moyenne normale. Finalement, les pluies pour cet été seront déficitaires car nous en avons accumulé un très large déficit jusqu’ici.
Et les cyclones ?
Oui, nous en aurons mais de moins en moins. Nous en sommes déjà à neuf.
Pensez-vous que la situation de manque de pluies dans laquelle nous nous trouvons va devenir permanente ?
Il nous faudra s’y habituer maintenant à ce changement et initier des mesures pour s’adapter à cette réalité. Nous n’avons pas le choix. Nous devons aussi make efficient use of water. J’ai vécu six mois à St-Brandon où l’on ramassait l’eau des pluies. Puis, on la filtrait et on y ajoutait du chlore avant de l’utiliser. Les Rodriguais le font aussi. À Maurice, nous devons en faire de même. Il nous faut faire des efforts et penser à notre avenir.