Le député Rajesh Bhagwan constate que le discours du budget n’a provoqué aucun déclic au sein de la population car il « n’apporte aucune réponse à leurs problèmes quotidiens », en particulier ceux des groupes à faibles revenus, déjà très affectés par le coût de la vie. D’un ton catégorique, tout en restant calme, l’orateur pendant plus d’une heure a fait un tour d’horizon très critique de la performance gouvernementale dans divers secteurs. L’on retient aussi son réquisitoire contre la MBC/TV en réclamant une commission d’enquête sur l’administration de cet organisme.
Dans le premier quart d’heure de son intervention le député de Beau-Bassin/Petite-Rivière, s’est attardé sur les conditions de vie difficiles des groupes vulnérables en évoquant particulièrement le sort des bénéficiaires de la pension de vieillesse qui ne dépendent, a-t-il souligné, que de cette contribution de l’État pour leur survie. Le député Bhagwan se demande, comment le ministre des Finances, dans son discours du budget, peut-il oser parler de « compassion » alors qu’en réalité, dit-il, ces pensionnés n’ont été, en aucune manière, gâtés par ce budget. « Ce ne sont que des paroles en l’air. La première preuve de compassion doit se traduire par une attention envers nos aînés. Malheureusement ce budget n’a rien prévu pour eux », constate le député mauve. Ce dernier a attiré l’attention du ministre des Finances et celui de la Sécurité sociale sur ce qu’il estime être un manque d’égard envers les pensionnés pour le dernier paiement de la pension. Il a fait état de la déception d’un grand nombre d’aînés qui pensaient disposer de cet argent avant les jours fériés pour leurs besoins personnels, mais qui ont eu à patienter. « En voilà une autre preuve du manque de compassion. Gouverner c’est prévoir M. le Président. Comment a-t-on pu faire le nécessaire dans un temps rapide pour payer les salaires des fonctionnaires beaucoup plus tôt que d’habitude alors qu’on n’a pas planifié dans le cas des pensionnés. Les jours fériés sont connus d’avance. Un gouvernement sans coeur. Le coeur est le monopole du MMM et restera le monopole du MMM. » Toujours par rapport aux situations économiques difficiles de nombreuses familles en raison de la cherté de la vie, le député MMM ne croit pas, dit-il, que l’abolition de la taxe sur les produits cosmétiques va améliorer leur sort. « Ce n’est surtout pas l’abolition de la taxe sur les parfums, les shampoings, et autres produits cosmétiques qui vont changer la vie des gens. Comment faire un shampoing without water », a-t-il ajouté en boutade.
Concertant les gaspillages des fonds publics et qui sont décriés chaque année par le rapport du Bureau de l’Audit, le député mauve a dénoncé les sommes conséquentes déboursées par le gouvernement chaque année dans la location des bâtiments pour loger ses services. Il y a lieu, selon le député, d’y mettre bon ordre à ce niveau aussi. « Millions are being spent in rent for private building. Y a-t-il eu de proper planning ? », se demande le ministre, qui fustige le gouvernement pour les dépenses encourues pour la mise en oeuvre du projet Villages Touristiques, mais qui finalement s’est révélé une faillite. « Qu’en est-il aujourd’hui de Belle Mare Tourist Village ? Qui est cette personne insensée qui a conseillé le gouvernement d’investir dans la construction des bâtiments pour créer des Villages Touristiques. Et maintenant on vient parler de privatisation. Combien d’argent a été investi dans ce projet. »
Le député a rappelé que le ministre des Finances a déjà occupé la fonction de président du Public Accounts Committee et de ce fait, il « connaît bien les rouages des dépenses de l’État et peut en conséquence prendre des mesures pour réduire les gaspillages ». Rajesh Bhagwan a suggéré la mise en place d’un accountability system pour un meilleur contrôle des fonds publics. Il a souhaité que les informations concernant ces dépenses soient aussi accessibles au public et préconise l’introduction d’une législation pour que cela soit possible.
Le député, qui interpelle régulièrement le Premier ministre sur le dossier de la MBC-TV, a fait une sortie en règle hier contre ce para-étatique. D’abord, il a demandé à Navin Ramgoolam de rendre public le rapport du Fact Finding Committee soumis par le magistrat Denis Vellien sur le cas de Rehana Ameer, ex-employé de la MBC qui avait été licenciée. Rajesh Bhagwan a aussi réclamé auprès du chef du gouvernement une commission d’enquête sur l’administration de la MBC.
Le dossier de l’environnement a été un thème dominant du discours de Rajesh Bhagwan qui a assuré dans le passé ce portefeuille ministériel. Il en a fait presque un exposé détaillé de la situation mondiale et locale. « Aucun individu, aucun État ne peut se permettre d’ignorer aujourd’hui la question de l’environnement. Les défis à relever dans ce domaine sont sur tous les fronts », a affirmé le député. Ce dernier a brossé un tableau très sombre concernant la saleté dans le pays et a regretté que la Police de l’Environnement ne soit plus aussi active qu’avant en raison des moyens insuffisants et du manque de motivation parmi le personnel. « L’île Maurice est devenue un dépotoir », a-t-il dit, en suggérant « un audit de la gestion des déchets dans tout le pays au plus vite ».
À la fin de son discours, le député MMM a prévenu les ministres que l’opposition n’allait pas leur faire de cadeau au moment de l’examen des dépenses en comité. « We will query each and every item. We won’t spare you », leur a-t-il lancé. La longue intervention Rajesh Bhagwan a été suivie avec attention et en silence par les députés du gouvernement. Ces derniers ne l’ont d’ailleurs pas interrompu en dépit des commentaires piquants à leur adresse.