Rakesh Gooljaury a une belle ardoise auprès de la Mauritius Post and Cooperative Bank. Ce qui nous est présenté comme un scoop par Vishnu Lutchmeenaraidoo n’est même pas une nouvelle. Tout ceux qui voulaient savoir savaient que la MPCB était devenue la planche à billets des copains du régime PTr/PMSD et que les Gooljaury et autres Mahen Gowressoo et le clan à « Poupette » s’étaient servis avec appétit sans être d’une solvabilité à toute épreuve. De l’homme à tout faire de Navin Ramgoolam, Rakesh Gooljaury, « self-confessed liar and conspirator » dans l’affaire du campement, est devenu la coqueluche du gouvernement Lepep jusqu’à être accueilli dans le salon de l’Attorney General, Ravi Yerrigadoo et être attentivement écouté par deux autres ministres, Pravind Jugnauth et Roshi Bhadain.
L’habitant de Petit Verger St Pierre s’est intéressé au business dès son plus jeune âge. Après sa scolarité, Rakesh Gooljaury devient marchand ambulant et écoule des produits textile d’imitation de grandes marques. Il trouve, toutefois, un bon filon lorsqu’il s’installe, avec le coup de main de ses amis MSM au gouvernement, en 2003, dans la région touristique de Belle Mare et qu’il opère une boutique avec des vêtements aux marques contrefaites qui vont petit à petit céder la place à de l’authentique, un crack down sur la contrefaçon étant exécuté suite à des actions légales entreprises par les propriétaires étrangers des marques.
S’il connaît déjà Navin Ramgoolam avec qui il développe des relations étroites après 2005, il croisera la route de Nandanee Soornack qui recherche des vêtements de qualité pour les boutiques qu’elle possède dans les hôtels. La collaboration ira bien plus loin lorsque les deux amis intimes du leader du PTr voient le boulevard qui s’ouvre à eux du fait de leur proximité.
C’est ainsi qu’à partir de 2009, année où il participe activement à la campagne pour l’élection partielle du No 8 et à la victoire de Pravind Jugnauth, il lance – comme révélé pour la première fois par Week-End dans l’édition du 16 décembre 2012 –, en partenariat avec Nandanee Soornack, quatre compagnies, Airway Coffee, qui se verra confier le monopole de la restauration à l’aéroport, Revel in Heaven, une entité import/export, Top Gear Car Wash, qui avait bénéficié d’un emplacement à l’aéroport, et Pride Bridge Ltd, qui avait bénéficié de Pas Géométriques à Palmar pour un projet de thalassothérapie.
Rakesh Gooljaury menait tranquillement ses petites affaires jusqu’au soir fatidique du 3 juillet 2011 durant lequel un vol fut perpétré au campement de Navin Ramgoolam à Roches Noires. Ce n’est que le 20 juillet qu’il porte plainte à la police disant qu’il avait été victime d’un vol de Rs 20,000. C’est alors que tout le monde s’intéresse à ce monsieur que certains affublent aussitôt du qualificatif de « gardien campement ».
Le bâtiment d’Ébène
On le sait proche de Navin Ramgoolam mais c’est après l’incident de la cour du collège Maurice Curé durant lequel Nandanee Soornack, l’agent officiel travailliste, a eu des démêlés avec celui du MSM, Yogida Sawmynaden, que son nom connaîtra un nouveau retentissement.
Alors que certains découvrent l’étendue de son empire financier, Week-End apporte une nouvelle pièce au dossier en janvier 2013 en publiant les termes du contrat de vente en état futur d’achèvement (vefa) de son building en construction à Ebène à la SICOM pour la coquette somme de Rs 591 millions, alors qu’il est un créancier de cette compagnie d’assurance de l’État. Aujourd’hui, on se dispute au gouvernement pour se loger dans ce bâtiment dont un des premiers locataires n’est autre que le ministre Roshi Bhadain.
Il continue à vaquer à ses occupations, fort de ses soutiens en haut lieu et, en bon démarcheur, il développe des contacts là il n’en avait pas jusque-là et tombe sur Alan Ganoo avec qui il discutera alliance PTr/MMM pour le compte de Navin Ramgoolam. Le 30 avril 2014, à Rivière du Rempart, où le MSM tenait meeting, Pravind Jugnauth annonçait sur le ton de la révélation que celui qui était alors Deputy Leader du MMM avait le jour même rencontré Rakesh Gooljaury dans son bureau à Sodnac.
Pourtant, à l’approche des élections, bien qu’il soutienne financièrement certains candidats du PTr et un candidat du MMM au moins, il réussit à obtenir une rencontre avec un proche de SAJ pour faire passer un message selon lequel il serait prêt à se mettre à table si le vent tournait en la défaveur de son ami Ramgoolam. Il aurait obtenu des garanties et une protection pour lui-même et pour ses affaires s’il collaborait pour faire tomber Navin Ramgoolam et le faire emprisonner.
« His place should have been in prison! »
Il n’est donc pas étonnant qu’une des toutes premières enquêtes initiées par la police du régime Lepep porte précisément sur le vol survenu au campement de Navin Ramgoolam. Tout le monde est prévenu des auditions des témoins et il en passe une bonne dizaine aux Casernes Centrales, mais Rakesh Gooljaury pointe, lui, un dimanche matin, le 10 janvier 2015 et, tout ce que l’on sait 48 heures plus tard, c’est qu’il aurait dit à la police « Navin ine dire moi pran charge ». Le « self confessed liar and conspirator » repart tranquillement chez lui. Ni vu ni connu mais parti avec une protection policière.
On en arrive à oublier le « turncoat » jusqu’au scoop du Week-End du 1er mars 2015 qui révèle que Rakesh Gooljaury a organisé une rencontre entre trois ministres, Pravind Jugnauth, Roshi Bhadain et Ravi Yerrigadoo, au domicile de ce dernier à Kensington Palms à Quatre-Bornes, et qu’il aurait été question d’intimidation, de commissions et de menaces d’interdiction de quitter le pays.
L’affaire est portée au Parlement par le biais d’une PNQ de Paul Bérenger à Sir Anerood Jugnauth qui confirme la réunion en présence de Rakesh Gooljaury pendant que le leader de l’opposition lance « his place should have been in prison! ».
Mais s’il est bien protégé, ses affaires périclitent et ses nombreux magasins tombent dans la sinistrose au point où la santé financière de ses entités commence à susciter certaines interrogations. C’est alors que certaines langues commencent à se délier et qu’on évoque des dettes de Rs 17 millions rayées à la State Bank of Mauritius Ltd, alors que dans une autre, l’ardoise de ces compagnies et celles de son frère Sailesh, promoteur de Perfect Pizza et de Car Wash auprès de la Mauritius Post and Cooperative Bank, est citée comme étant conséquente.
Et ce n’est ni plus ni moins que le ministre des Finances lui-même qui, vendredi, qui porte l’estocade, Vishnu Lutchmmeenaraidoo affirmant « sa dimoune-là, li pou bizin rembourse sou par sou sa ki line pran ek MPCB et nou pou assise ar li a partir lundi. » Reste à savoir qui, du ministre des Finances ou de celui des Services Financiers, remportera cette joute, Roshi Bhadain ayant défendu son poulain Gooljaury mardi sur les ondes de Radio Plus.