Ils sont généralement âgés entre 16 et 30 ans. Leur passion et source d’adrénaline : participer à des rallyes de motos clandestins en pleine nuit sur la Nationale ou encore sur des routes isolées. Et depuis ces dernières années, la tendance pour ces activités illégales est à la hausse, l’organisation de ces courses nocturnes des plus dangereuses s’étendant aux quatre coins de l’île. Ce réseau — où s’entremêlent fierté, grosses sommes d’argent et danger — devient ainsi de plus en plus vaste, forçant les Casernes centrales à placer au moins cinq endroits sous haute surveillance policière.
Les recoupements d’informations effectués par Week-End auprès des sources bien renseignées tendent à confirmer que l’annonce pour ce genre de rendez-vous se fait généralement via Facebook mais également de bouche à oreille et par SMS pour éviter toute fuite d’informations pouvant déboucher sur des descentes policières le soir de l’”événement”.
D’abord à une heure précise — habituellement entre 23h et minuit le vendredi ou samedi —, participants, spectateurs et parieurs se rencontrent à un point spécifique avant de prendre la direction du circuit où se déroulera la course. Les régions privilégiées par les participants et organisateurs pour la tenue des rallyes : le By-Pass de Triolet, le tronçon Terre-Rouge/Verdun, l’autoroute à hauteur de Roche-Bois, Camp-Chapelon, Ébène (Cybercité), Camp Fouquereaux, l’entrée de Flic-en-Flac jusqu’au virage de Medine Sugar Estate, Ferney, Riambel et Bel-Air.
“Dans certains cas, ce sont des challenges entre des ateliers de motos se trouvant dans les coins de rues. Mais la plupart du temps, les participants des rallyes sont des jeunes ayant une certaine connaissance en mécanique moto et qui prennent un malin plaisir à augmenter la puissance de leurs engins. Donc, pour “tester” l’efficacité des modifications apportées, ils sont à la recherche de concurrents. Ici, il est question de fierté et d’ego !” indique-t-on dans le milieu.
Si pour ce type de rallye la question d’argent n’est pas évoquée, dans d’autres elle constitue la principale motivation. Les sources approchées affirment que les mises peuvent donc varier de Rs 1 000 à Rs 5 000 pour une course qui dure quelques secondes seulement.
Dans des cas particuliers, les paris sont encore plus conséquents, les participants étant même prêts à mettre leurs motos en jeu. Le jargon utilisé dans le milieu : “horse power pou horse power.” “Ceux attirés par l’appât du gain misent gros en vue de recouvrer une partie de l’investissement. Un jeune engageant plusieurs milliers de roupies pour perfectionner sa moto ne participera pas à une course par pur plaisir. Zot bizin éna enn zafer en retour. Mais très souvent, quand l’argent est en jeu, une course peut rapidement dégénérer en bagarre entre participants. Sur le circuit c’est la loi du plus fort. Pas zis  lafors zot motosyklet me ousi lor lafors groupe. Zot kapav lev enn laguerr ninport ki moman. Pena okenn lalwa !” témoignent ceux ayant côtoyé cet univers.
Ces courses nocturnes à travers l’île prenant de plus en plus d’ampleur depuis ces dernières années, plusieurs opérations policières ont été montées en vue de démanteler ce vaste réseau, mais sans connaître de gros succès jusqu’ici. En effet, les sources approchées à la Traffic Branch concèdent que les descentes lors des courses nocturnes s’avèrent des plus délicates, même si des arrestations ont été effectuées dernièrement dans le Sud. “C’est assez compliqué de mettre la main sur les individus quand une escouade de la police débarque sur les lieux. À la vue d’un véhicule de police, les protagonistes se dispersent rapidement”, indiquent un des responsables de la Traffic Branch. Cependant, les Casernes centrales affirment détenir une sorte de liste noire où figurent les endroits où se déroulent le plus souvent ces rallyes clandestins.
Ainsi, au moins cinq “spots” – soit Ébène, l’autoroute à hauteur de Roche-Bois, Bois-Marchand, Camp-Chapelon, et Camp Fouquereaux – sont placés sous haute surveillance policière depuis un certain temps déjà. “Nous lançons une sévère mise en garde à ceux engagés dans ce genre d’activité. Il faut préciser que toute personne organisant où prenant part dans un rallye illégal commet une offense à la Road Traffic Act. De plus, ces courses nocturnes sont extrêmement dangereuses que ce soit pour les participants ou pour les autres usagers de la route. D’ailleurs, les automobilistes remarquant des activités suspectes sur les routes le soir ont le devoir de rapporter le cas immédiatement au 208 0034, 208 0035, 999 ou 166”, fait-on comprendre du côté de la Traffic Branch.