« Oui à l’extension de la période de confinement, mais attention à la réouverture des supermarchés. » C’est ce qu’affirme Ram Nawzadick, président de la Nursing Association (NA). Il invite de fait les supermarchés à désinfecter les caddies et à observer les règles sanitaires de base dans le cadre du combat contre le Covid-19. Pour lui, la situation pourrait revenir à la normale vers la fin avril, du moins si la population respecte scrupuleusement la période de confinement national. Il invite par ailleurs les Mauriciens à alerter les autorités dès qu’ils suspectent un cas de Covid-19 et de ne pas attendre le « contact tracing » afin de ralentir la progression du virus. Pour l’heure, les infirmiers et des infirmières « ont un moral d’acier, malgré quelques problèmes çà et là », dit-il. « Ils vont continuer à relever les défis et contribueront à sortir le pays de cette Impasse sanitaire », souligne encore le président de la NA.

 

Quel est votre constat de la situation dans nos hôpitaux pendant cette crise sanitaire ?

J’avais prévu la semaine dernière que nous allions avoir au moins une centaine de cas de Covid-19, et c’est ce qui s’est malheureusement passé. Certes, le confinement national a ralenti quelque peu la progression du virus. Les gens restant en général à leur maison, on a enregistré ces derniers temps un ralentissement du nombre de cas recensés, à l’exception d’hier. Je suis très optimisme, car la situation se stabilisera. Au niveau du personnel soignant, nous prenons en considération ce qu’a déclaré le Dr Gujadhur à l’effet qu’on doit s’attendre au pire dans les jours à venir et qu’on doit même se préparer à faire face à 2 000 cas. Personnellement, je ne pense pas qu’on en arrivera jusque là. Ce qui cause problème actuellement, c’est le « preparedness as and when required ». Au fur et à mesure qu’on enregistre des cas positifs, nous rechercherons des centres de confinement. Jusqu’ici, on a enregistré trois décès, et ceux qui sont admis dans les centres de confinement sont en train de récupérer.

Le seul couac que nous rencontrons en ce moment, c’est le problème de l’équipement. J’ai rencontré les hauts cadres de l’hôpital de Candos aujourd’hui (lundi, Ndlr), pour faire savoir que nous avons des ressources limitées en termes d’équipements. Il n’y a par exemple pas assez de masques de type N95. De fait, ce genre de masque est utilisé judicieusement et est donné à ceux se trouvant en première ligne et ceux qui sont dans les salles d’isolation où les patients sont positivement atteints par le virus. Aussi, nous avons constaté qu’il y a un manque d’équipement personnel dans les salles. Si on projette d’avoir 2 000 cas, il faut être fin prêt. J’ai eu l’occasion de parler avec le ministre de la Santé et le Dr Gujadhur, qui m’ont fait savoir que les équipements que nous disposons sont en train d’être utilisés judicieusement.

Quid des patients qui souffrent du Covid-19 ?

Leur état de santé est stable. Ils sont soignés avec les médicaments dont nous disposons. Ce sont plutôt les personnes âgées qui sont à risques, car elles ont d’autres problèmes de santé, comme le diabète et d’autres maladies non-transmissibles. Lundi, deux patients âgés se trouvaient à l’hôpital ENT. À Souillac, lundi matin, 18 patients se trouvaient à l’ICU. Nous sommes en train de faire le nécessaire pour que le personnel soignant soit en bonne santé afin qu’il puisse s’occuper de la santé de la population. Notre seul problème, encore une fois, c’est les équipements de protection. Le cas de Maurice n’est d’ailleurs pas isolé. Ce problème existe dans d’autres pays. Cependant, j’ai été informé par le ministre qu’une cargaison d’équipement de protection, notamment de masques, arrivera à Maurice d’ici peu. Ce problème de manque d’équipement sera très vite résolu.

Quel est l’état d’esprit du personnel infirmier en ce moment ?

Ils sont très motivés, malgré le fait qu’au départ, il y avait une panique en raison d’un manque d’informations. Maintenant, ils ont un moral d’acier. Une inquiétude est cependant notée au niveau des équipements. En tant qu’humains, nous sommes inquiets pour nous même, pour notre famille et pour la société en général. Nous voulons travailler et c’est pourquoi nous sommes tous présents. Il n’y a pas d’absences à notre niveau. Tous ceux qui ont été choisis pour être en première ligne coopèrent. Ils ne reculent pas devant leur devoir. En cette période difficile, nous attendons aussi que le personnel administratif ait une approche humaine envers le personnel soignant. Il faut être flexible, car le transport en commun roule au ralenti. De notre côté, nous sommes prêts à relever le défi et le travail est en train d’être fait. On comprend aussi que les Regional Health Directors aient également reçu des instructions pour gérer les équipements qui sont à leur disposition.

Il a été rapporté que les infirmiers ont des difficultés à obtenir un moyen de transport pour venir travailler. Est-ce vrai ?

Il est vrai qu’en départ certains autobus individuels ne roulaient pas tandis que la CNT, elle, a réduit sa flotte de véhicules. C’est pourquoi nous avons demandé que deux ou trois transports soient mis à la disposition du personnel soignant pour venir chercher les employés et les ramener ensuite chez eux. Ceux qui opèrent dans les salles d’isolation n’ont cependant pas ce problème, car ils résident à l’hôpital. Mais le problème continue de perdurer pour d’autres catégories de travailleurs. On leur reproche de ne pas venir travailler. J’ai demandé aux Regional Health Directors d’être indulgent à leur égard. S’ils n’ont pas de moyen de transport, comment vont-ils venir travailler ? Ce sont les administrateurs des hôpitaux qui doivent s’assurer qu’il y ait un moyen de transport pour aller chercher le personnel soignant. Mais le problème a été résolu pour le moment.

Ses infirmiers ont-ils contracté le virus ?

Un certain nombre de personnes au niveau de la santé ont en effet été testées positives au virus. Mais leur état de santé est stable. Ce nombre n’est cependant pas en hausse. Je sais qu’à la suite de l’admission d’un patient à l’hôpital de Rose-Belle, il y a trois ou quatre jours, un Attendant, un Nursing Staff et un Radiographer ont été affectés. Mais leur état est actuellement stable.

Pensez-vous que le personnel soit suffisant ? Ne faut-il pas chercher de l’aide auprès de pays amis ?

Pour l’heure, nous comptons 3 800 infirmiers et infirmières, et 1 200 aides soignants. Les Community Nurses, qui font la vaccination, sont aussi mobilisés pour les hôpitaux, car un système de rotation a été mis en place. On peut dire que nous avons atteint l’autosuffisance au niveau du personnel soignant. Néanmoins, s’il devait y avoir un réel besoin d’augmenter le personnel, nous ferions appel au ministre de la Santé, car on sait déjà que le secteur privé fait face à un manque de personnel soignant. Mais nous pourrions alors certainement faire appel aux étudiants en troisième année d’étude d’infirmier. Nous avons aussi pris la décision d’exempter 25 infirmières dans le combat contre le Covid-19, car elles sont enceintes.

Les trois décès enregistrés jusqu’ici auraient-ils pu être évités ?

Je ne pense pas, car leur cas été trop avancé. Le dernier en date est le père d’un médecin. Il lui avait été conseillé de rester en confinement à la maison. Je conseille aux gens de nous faire savoir au plus vite s’ils suspectent un cas, et de ne pas attendre le « contact tracing ». Par ailleurs, je ne sais pas si cela serait une bonne chose de citer les noms des endroits où des cas ont été détectés pour sensibiliser la population, mais il y a débat sur le sujet.

Que pensez-vous de la réouverture des supermarchés ?

Je ne crois pas que les gens auraient pu mourir de famine à Maurice car il y a l’entraide. La réouverture des supermarchés est un gros danger. C’est un foyer pour la propagation du virus, qui peut se transmettre à travers les caddies. J’ose espérer que le public saura prendre les précautions nécessaires et que les supermarchés désinfecteront leurs caddies après chaque utilisation. Et puis, les gens respecteront-ils l’achat par ordre alphabétique ? Je ne sais pas. Je préfère plutôt la formule d’approvisionnement à domicile ou l’ouverture de petites boutiques de quartier en attendant.

Que pensez-vous de l’extension de la période de confinement ?

Je suis parfaitement d’accord avec cette mesure, car cela affaiblira ce virus et augmentera l’immunité de la population. Je demande aux Mauriciens un peu de patience et de se contenter pour le moment des denrées alimentaires de base. Il faut qu’ils respectent la période de confinement et qu’ils nous fassent savoir s’ils ont décelés des cas suspects. Mais je suis optimisme. Je pense que fin avril, nous pourrons sortir gagnants de ce combat contre le Covid-19.