Les services financiers représentent un gros potentiel de coopération renforcée avec l’Inde, estime Rama Sithanen, président de l’International Financial Services, management company opérant dans le secteur du global business. Mais l’ancien ministre des Finances considère qu’il faut apporter plus de substance et de profondeur à ce secteur et que le moment est venu de repenser le modèle proposé par Maurice pour rendre la plateforme financière plus attrayante.
L’Inde offre beaucoup d’opportunités d’affaires, a déclaré Rama Sithanen après une analyse de la croissance élevée et soutenue qu’a enregistré la Grande Péninsule depuis plusieurs années et des enjeux confrontant l’économie indienne. Rama Sithanen est d’avis que les services financiers sont un segment d’activités offrant à Maurice et à l’Inde de grandes possibilités dans l’approfondissement de leur coopération. « Il nous faut pouvoir convaincre les investisseurs indiens qu’ils peuvent structurer leurs investissements à l’étranger, notamment en Afrique, en passant par la plateforme financière mauricienne », a fait comprendre Rama Sithanen. Il est d’opinion que Maurice doit revoir sa copie en tant que centre financier facilitant l’investissement dans le marché indien.
« Le modèle que nous avons adopté jusqu’ici perd petit à petit de son attrait. Il faut repenser la stratégie et la voie à suivre comme on l’a fait dans le passé pour le textile, l’habillement et le sucre », a-t-il soutenu. Rama Sithanen considère que le pays ne peut plus dépendre exclusivement de son régime fiscal favorable. « Les jours d’une telle politique sont comptés. Il faut désormais s’assurer que ce que nous sommes en train de proposer aux investisseurs a une valeur commerciale et du sens comme cela a été le cas pour le textile et le sucre. Il faut veiller à ce qu’il y ait plus de substance, de profondeur dans nos services financiers tout en définissant une stratégie cohérente et solide à l’égard de l’Afrique », a déclaré l’ancien ministre des Finances. Il a observé que Maurice ne peut miser sur tous les tableaux et qu’on doit opérer dans des marchés niches.
Dans sa revue de la performance de l’économie indienne, Rama Sithanen a indiqué que la Grande Péninsule a enregistré une forte croissance ces dernières années. L’Inde est aujourd’hui la 4e plus grande économie au monde et elle pourrait, selon des observateurs, grimper à la 3e place dans deux décennies. Avec 1,2 milliard d’habitants, l’Inde représente 18 % de la population globale et pourrait même surpasser la Chine d’ici 2025. Elle compte une population jeune (50 % des habitants sont âgés de moins de 25 ans et 65 % de moins de 35 ans) et cela peut payer des dividendes comme c’est le cas pour l’Afrique. Mais, a prévenu l’économiste, cette situation peut aussi être dangereuse si l’on ne parvient pas à offrir une éducation adéquate et des facilités nécessaires à la jeune génération.
En termes de surface, l’Inde, a noté le président de l’IFS, est le deuxième pays après les États-Unis à disposer de terres fertiles. Le pays est un très gros producteur mondial de riz, de blé, de coton en sus d’occuper la troisième place mondiale au niveau du secteur de la pêche. La demande de consommation intérieure est très élevée, le pays disposant d’un marché domestique très grand. Une grosse part de sa croissance future sera tirée par ce marché domestique. « Il y a une classe moyenne qui ne finit pas de grossir. Le taux d’urbanisation en Inde se situe à environ 30 % et il est appelé à augmenter, créant ainsi des perspectives intéressantes en termes de développement », a poursuivi Rama Sithanen.
Mais l’Inde a aussi des contraintes : la pauvreté est toujours élevée, des inégalités profondes, l’indice de développement humain étant plutôt bas. S’agissant des infrastructures, il y a un déficit énorme, a relevé l’intervenant. Il y a, par ailleurs, une certaine lenteur dans l’application des réformes et l’économie indienne est trop dépendante de l’agriculture. « Il faut développer davantage le secteur manufacturier comme cela est le cas en Chine bien que des progrès aient été notés à ce niveau », a-t-il fait ressortir. L’Inde applique toujours des restrictions sur la participation étrangère au capital des entreprises, notamment dans le secteur du commerce de détail. Elle doit, a ajouté Rama Sithanen, revoir son cadre de Doing Business, éliminer les « supply-side contraints », régler les problèmes de bonne gouvernance et de corruption, l’inefficience au niveau des services publics et la bureaucratie.
Mais considérant le niveau élevé des investissements et de l’épargne, l’ancien ministre des Finances pense que les perspectives concernant la croissance paraissent intéressantes : « Les investisseurs étrangers considèrent la Grande Péninsule comme une destination attrayante avec une main-d’oeuvre compétitive. » Selon lui, il y a des opportunités d’investissement dans la Grande Péninsule que ce soit dans l’infrastructure, l’automobile, le commerce de détail, la technologie et les télécommunications, les services financiers, le développement de logiciel, l’éducation et la santé et les « hospitality services ». Mais les autorités indiennes se voient aussi devant des défis à relever : déficit budgétaire important, taux d’inflation élevé, déséquilibre au niveau des comptes extérieurs, problème de chômage, l’éducation des jeunes, la corruption, les renversements subits des décisions de politique générale, l’inefficience dans l’utilisation des ressources, la faible productivité, entre autres.
« L’Inde prendra du temps avant de devenir une superpuissance économique mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’opportunité dans ce pays. En fait, il y a beaucoup d’opportunités », a conclu Rama Sithanen.