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Le prolongement de la période de confinement en ce mois béni du Ramadan amène bon nombre de Mauriciens de foi islamique à se poser la question suivante: comment s’acquitter de la ‘zakaat’ (aumône) du fait que l’on ne peut se déplacer et que les collecteurs sont donc, pour beaucoup, injoignables? À cela, l’imam Shamim Khodadin, président du Ulema Council, explique que « il ne faut pas s’inquiéter : ceux qui ont déjà calculé la somme qu’ils donneront comme ‘zakaat’ peuvent la garder et faire le nécessaire, même après le 1er juin, date à laquelle le couvre-feu sanitaire prend fin. »

Le président du Ulema Council fait remarquer que « il existe, depuis beaucoup d’années, maintenant, plusieurs associations et organisations qui s’occupent de collecter l’argent de la ‘zakaat’ afin de redistribuer justement ces sommes à ceux qui sont les plus démunis de la communauté. Néanmoins, je tiens à appeler à la vigilance en cette période différente. Il peut y avoir des personnes sans scrupules qui pensent à exploiter l’ignorance des uns et des autres. De ce fait, donnez uniquement aux organisations et associations dûment enregistrées afin que l’argent qui a été retiré pour aider les pauvres ne finissent pas entre les mains de personnes malveillantes. »

Dans le même souffle, l’imam Shamim Khodadin rappelle que « la ‘zakaat’ est l’un des cinq piliers de l’Islam. Elle concerne la distribution de la richesse au sein de la communauté musulmane. Cependant, il existe plusieurs associations et personnes qui agissent comme collecteurs et qui ne font qu’accumuler les sommes contribuées par les musulmans, année après année, sur des comptes bancaires. Cela n’est pas bien. » Le religieux rappelle que « cet argent est calculé, par chaque famille, à partir des biens qu’elle possède : que ce soit des bijioux, des terrains, des biens immobiliers… Le but de la ‘zakaat’ est de mettre fin à la pauvreté au sein de la communauté musulmane. Je suis triste de dire que, malheureusement, nous n’avons pas réussi dans cette tâche. Si ce système avait été bien respecté et avait fonctionné comme l’a enseigné le Prophète Muhammad (pssl), on n’aurait plus de personnes pauvres dans la communauté. Hélas !, je dois déplorer le fait que certains ne font pas bien leur travail. »

De même, poursuit notre interlocuteur, « nombre de donateurs offrent de l’argent via des institutions éducatives, comme des Dar Ul Uloom ou des madrassah. Ceux qui dirigent ces institutions doivent être appliqués à leur tâche et s’assurer que ces sommes qui leur sont données sont utilisées à des fins d’enseignements, et pas pour autre chose ! »
L’Imam Shamim Khodadin profite de l’occasion pour rappeler « une nouvelle fois, à tous les musulmans de Maurice de faire usage de ce temps qui nous est donné, en ce Ramadan spécial de 2020 avec les conditions de confinement pour réfléchir à comment cette pandémie internationale et meurtrière de Covid-19 a fortement affecté nos vies ». Le religieux fait ressortir que « il est écrit, dans le Saint Coran, qu’avec notre propre argent, il arrivera un moment où l’on ne pourra s’acheter à manger… Et c’est ce qui est en train de se passer, aujourd’hui.

Ici, à Maurice, nous devons être reconnaissants envers le Créateur que nous ne sommes pas dans la situation où nos frères et sœurs sont dans beaucoup de pays du monde entier. Aussi, prenons cette expérience comme une leçon et tirons les bonnes conclusions : ne sombrons pas dans l’extravagance, faisons la part des choses. Sachons utiliser l’argent que nous gagnons à bon escient et avec intelligence. Aidons-nous, les uns et les autres. Soyons bons envers nos prochains, nos parents, nos proches. Cultivons les bonnes pratiques et les bonnes manières. »