L’enseigne « Nabeel » est ancrée dans les habitudes alimentaires de nombre de Mauriciens depuis désormais plus de trois décennies. L’aventure qui a commencé comme une modeste entreprise familiale, soutenue par les efforts conjugués du couple composé de Yasi-Ine Ladoo et de son épouse, a porté ses fruits… Une des spécialités de la pâtisserie Nabeel est, bien entendu, son fameux “naan” (variation de pain, mais parfois plus consistant, car fourré au fromage ou au poulet) dont les Mauriciens de toutes communautés confondues raffolent, et qui fait les délices, surtout durant les dîners du Ramadan. Incursion dans les cuisines de Nabeel…
« Cela fait plus d’une vingtaine d’années que nous nous sommes lancés dans la création des “naan” », explique d’emblée Yasi-Ine Ladoo, le gérant de l’établissement. À l’époque, il convient de le souligner, il n’existait que le « naan plain » confectionné principalement à base de farine et de levure. Ce n’est que ces dernières années que les variations, avec les “naan” fourrés tantôt au poulet tantôt au fromage, comme le propose Nabeel, ont fait leur apparition sur le marché local. M. Ladoo se souvient de ces jours où « les marchands circulaient à vélo et criaient « naan so… naan ». C’est un épisode qui est resté gravé dans les mémoires collectives de plusieurs générations… » L’histoire des pâtisseries Nabeel, cette enseigne devenue en quelques années une référence dans les habitudes alimentaires de très nombreux Mauriciens qui s’approvisionnent dans ses trois “outlets” port-louisiens au quotidien, prend naissance dans les rues de Plaine-Verte justement…
« On a commencé de manière très artisanale », se souvient notre interlocuteur. Mme Ladoo, « qui a toujours eu une belle connaissance couplée d’une grande passion pour la cuisine et la pâtisserie, sans pour autant avoir suivi une formation professionnelle, préparait des gâteaux que j’allais livrer sur ma mobylette, que j’avais achetée en économisant sou par sou… » se souvient le gérant. Il dira encore au sujet de sa complice de toujours : « C’est une autodidacte ; elle est très bosseuse et s’investit beaucoup dans ses recherches personnelles. » D’ailleurs, Yasi-Ine Ladoo est, à sa manière, lui aussi autodidacte, ayant surtout mis à profit ses expériences personnelles et faisant travailler sa logique pour que s’épanouisse l’enseigne Nabeel…
Enfant de Plaine-Verte, Yasi-Ine Ladoo a depuis toujours une autre grande passion : la langue arabe. Il la découvre alors qu’il a 17 ans. Cet amour de la langue arabe l’a d’ailleurs amené à l’apprendre et, un peu plus tard, à l’enseigner, « toujours et surtout de manière bénévole. Ce que je continue de faire à mes heures perdues. » Cependant, à un certain moment il y a une trentaine d’années, indique-t-il, « je me suis retrouvé dans la nécessité de faire un choix : je devais nourrir ma famille, élever mes enfants… Je devais donc trouver une activité rémunératrice. » Ainsi prend naissance la pâtisserie Nabeel, dans la cuisine et la maison même du couple.
Alors qu’il allait livrer personnellement les pâtisseries confectionnées par sa femme auprès « d’une trentaine de commerçants qui tenaient soit des tabagies, des restaurants et d’autres points d’alimentation dans Port-Louis », M. Ladoo se souvient de ses très jeunes années et met à profit une expérience qui allait rapporter ses fruits : « Quand j’étais écolier, en sixième, j’allais, durant le mois du Ramadan, faire du porte-à-porte et vendre des « akhtar » (parfums qui ne contiennent pas d’alcool dans leur composition), très prisés durant cette période. Petit à petit, alors qu’on avait commencé la pâtisserie Nabeel, je me suis inspiré de ce que m’avait appris cette expérience pour faire le marketing de Nabeel… »
Innovation
Les années et l’évolution des goûts aidant, la pâtisserie s’inscrit dans un mode d’adaptation avec les habitudes alimentaires de tout un chacun. Il y a une vingtaine d’années, Nabeel est l’un des premiers à innover avec les « naan fourrés ». Alors que tout le monde était habitué aux « naan plain », l’enseigne, « grâce toujours à ma femme, qui se fait un devoir de rester en marge du changement », révolutionne les dîners durant le mois du Ramadan en agrémentant la table d’un “naan” fourré soit au poulet, soit au fromage… « Graduellement, quand nous avons vu que le public adhérait, nous avons offert des formations locales et à l’étranger à nos cuisiniers. » Le résultat se déguste, ainsi que l’attestent les centaines de “naan”, « plain » ou fourrés qui sont écoulés au quotidien !
Yasi-Ine Ladoo souligne que « le “naan” fait à Maurice est une coutume alimentaire très spécifique des musulmans d’ici. Il ne faut cependant pas associer la religion à cette tradition alimentaire qui a, depuis plusieurs années, gagné le coeur de toutes les communautés présentes dans le pays. » Autre plus des “naan” de Nabeel : pour ceux qui trouvent que le parfum de la levure est parfois trop prononcé dans la fabrication des “naan” traditionnel, l’enseigne port-louisienne a opté pour une recette « plus douce et accessible au plus grand nombre. »
Et c’est ainsi que d’une aventure artisanale familiale lancée par le couple Ladoo, aujourd’hui la pâtisserie Nabeel compte trois “outlets” dans la capitale et emploie plus d’une trentaine de personnes. Une véritable success-story, « déclinée à la force du poignet, grâce aux efforts conjugués par ma femme et moi-même, nos familles et tous ceux qui nous soutiennent, nos employés, entre autres ». Notre interlocuteur ajoutera que « j’ai toujours pensé que si on met du coeur et de la sincérité dans ce qu’on fait, surtout quand il s’agit de nourrir son prochain, l’amour du partage et la persévérance doivent rapporter leurs fruits… » Une philosophie qui s’est avérée ! Pour l’heure, Mme Ladoo s’occupe de la production, tandis que Yasi-Ine Ladoo s’attelle aux travaux administratifs qu’implique la gestion des trois “outlets”.