Cette semaine, nos compatriotes de foi musulmane ont débuté le Ramadan. L’occasion de recueillir quelques témoignages sur la manière dont quelques fidèles vivent cette période d’abstinence et de faire le point sur ce que ce temps de jeûne symbolise. Pour Ruqayyah Hasan Miyan, aspirante soufie, il s’agit d’une période de rapprochement avec le Créateur. « C’est le dévoilement successif des 70 000 voiles entre le Créateur et l’être humain, ce qui est d’ailleurs un des buts du soufisme ». De son côté, Zaïd Ozeer, de la Société islamique de Maurice, évoque le partage au cours de ce mois de jeûne. Sahida Sahebdin, pour sa part qualifie le Ramadan de « mois sacré, mois de bénédiction que nous avons attendu avec patience ».
« Il y a un hadith qui dit qu’au moment de la rupture du jeûne, le Créateur est très proche de l’être humain. En temps normal, à un moment donné de notre vie, on parle de 70 000 voiles entre le Créateur et l’être humain. D’un côté, il y a l’obscurité et de l’autre, la lumière. Le Ramadan, c’est en quelque sorte, le dévoilement successif de ces voiles pour passer à la lumière, ce qui est d’ailleurs l’un des buts du soufisme », déclare Ruqayyah Hasan Miyan, musulmane et aspirante soufie. Elle ajoute que la rupture du jeûne « est un moment très favorable pour faire des requêtes au Créateur. Donc, ce n’est pas seulement rompre le jeûne avec de la nourriture mais le Créateur nous accorde ce qu’on demande ».
En quoi le Ramadan peut-il être différent pour les soufis ? « Parfois, des fidèles ont tendance à jeûner pendant la journée et essayer de rattraper pendant la soirée. Chez les soufis, il n’y a pas de rattrapage. Il n’y a pas lieu de s’alimenter en prévision de la journée qui arrive. Le soufi essaie d’être sobre dans son alimentation ». Est-ce une période difficile ? « Au contraire, c’est un temps de joie. Il faut d’abord se préparer mentalement et si l’on sait ce qu’on peut atteindre à travers le jeûne, on n’éprouvera pas de difficulté. On commence la journée avec l’adoration et on profite pour multiplier les prières et cela nous met dans un état de joie ». Certes, précise Mme Hasan Miyan, «  il faut surveiller sa langue et ne pas être violent. Le jeûne, c’est aussi dans la parole et dans les pensées. On peut jeûner et entretenir de mauvaises pensées… Parfois, certains profitent pour essayer de résoudre des conflits dès le premier jour du mois. Tout l’esprit du Ramadan, c’est de pouvoir être des hommes de paix. Il ne faut pas croire que tout est permis quand on jeûne ».
Pour Zaïd Ozeer, membre du Council of Elders de la Société Islamique de Maurice, le Ramadan est « une période de spiritualité qui change notre vie. On se réveille plus tôt pour les prières et la nuit on fait la lecture du Coran. On vit le partage chaque jour avec ses parents, ses proches et amis. Et, de plus en plus, cela se fait, on offre des cadeaux comme des dattes aux parents et amis ». Par ailleurs, « au niveau des associations, on invite des non-musulmans à rompre le jeûne ». Avec ce mois de jeûne, « nous vivons un peu au ralenti. On prend la vie avec plus de recul et on consacre plus de temps sur le plan spirituel ». Zaïd Ozeer ne trouve en aucune façon ce mois difficile. « C’est très facile, surtout que cette année, on a douze heures de jeûne seulement comparé à l’Europe. Parfois, on peut être appelé à jeûner durant 15 heures ».
De son côté, Sahida Sahebdin, qualifie le Ramadan de « mois de bénédiction tant attendu. C’est un mois dans un an. C’est le mois où le Coran nous est parvenu et où nous faisons plus de prières. Pendant le Ramadan, il n’y a pas de mariage ni de fêtes. Nous faisons un sacrifice. Nous faisons juste le nécessaire comme faire les courses ». Après une courte nuit, les fidèles se lèvent à 4h du matin pour prendre le petit-déjeuner en famille avant d’entamer la prière. « J’ai deux petits enfants de 7 et 8 ans qui ont commencé à jeûner au Ramadan depuis l’an dernier. Je leur ai proposé de marquer un temps de pause mais ils n’ont pas voulu… »