Après Silver Bluff dans la Duchesse, Ramapatee Gujadhur s’est offert le doublé classique avec Bulsara, qui complétait un fabuleux quadruple de l’entraîneur et son jockey Jeanot Bardottier. Cette performance permet au cavalier mauricien de totaliser 17 victoires et de ravir le maillot de leader au Sud-Africain Brandon Lerena, tandis que Ramapatee Gujadhur a accentué son avance en haut du tableau avec Rs 4 969 500 en terme de gains. Le classement des chevaux est désormais mené par Bulsara devant One Cool Dude et Kremlin Captain.
Sur le papier, Jeanot Bardottier avait une belle carte à jouer samedi dernier au même titre que Swapneal Rama qui profitait des malheurs de Cédric Ségeon pour obtenir un full card sous les couleurs de Patrick Merven. Deux jockeys, deux styles. Le cavalier de la famille Gujadhur confirma qu’il est un des meilleurs jockeys en action au Champ de Mars actuellement en s’adjugeant la plus grosse part du gâteau avec un beau quadruple, tandis que son homologue, moins puissant, se contenta d’un petit succès. Sa plus belle victoire, Jeanot Bardottier la savoura dans l’épreuve phare, la Barbé Cup, sur Bulsara qui fut présenté comme le principal adversaire du favori One Cool Dude. C’était la toute première victoire classique de sa carrière qui a vraiment pris son envol il y a quelques années seulement. «Cette victoire classique représente beaucoup pour moi, car elle est ma toute première. Elle intervient durant une année où j’ai reçu un contrat chez l’entraînement Gujadhur. C’était une chance inouïe pour moi et j’en ai profité. Comme on le dit souvent, good horses make good jockeys, et je n’ai pas laissé passer ma chance dans le Barbé».
Longtemps aperçu en dernière position, Bulsara contourna les outsiders Abington et Captain Firth avant de foncer sur les autres. Polar Royale et One Cool Dude firent impression à un certain moment, mais lorsque Bardottier enclencha le turbo, Bulsara accéléra à nouveau pour les dominer avec une certaine autorité. Cheval, jockey, entraîneur et propriétaires furent accueillis par une foule survoltée qui s’électrifia davantage lorsque Bardottier mima le fameux «pédaler».
Reim: prochaine étape, le Maiden
?Alors que pour Bardottier c’était une grande première, Ramapatee Gujadhur ne fit qu’étoffer son palmarès dans les classiques. L’entraîneur réalisait même le doublé après la Duchesse 2015 remportée par son poulain Silver Bluff, tandis que Il Saggiatore (2012) était le dernier à lui permettre de soulever cette coupe. Dans l’euphorie, Ramapatee Gujadhur n’a pas caché ses ambitions de s’octroyer la plus prestigieuse coupe du calendrier programmée le 7 septembre prochain. «Sa prochaine course sera le Maiden», a-t-il lancé sans détour. Battu par Man To Man dans le dernier Ruban Bleu, ce fils de Silvano possède sans nul doute les qualités nécessaires pour s’offrir une nouvelle épreuve classique et conserver son invincibilité cette saison. Car il avait frappé d’entrée lors de la quatrième journée sur 1500m avant d’être ménagé par son entourage.
Si Bulsara s’était forgé une bonne réputation sur le turf sud-africain, nombreux sont ceux à penser que son heure de gloire faisait partie du passé. Du reste, il n’avait pas gagné lors de ses 26 dernières sorties sud-africaines. A 7 ans déjà à l’époque, il fut mis en vente, et Ramapatee Gujadhur peut s’estimer chanceux de l’avoir accueilli dans son yard l’année dernière. «Je pense que Bulsara a été une acquisition formidable. Pour être franc, on a eu ce cheval dans un package deal de Mme Oppenheimer avec quatre autres chevaux. Pour les Sud-Africains, Bulsara était au bout du rouleau. Donc on n’a pas eu à débourser grand-chose pour l’acquérir», a expliqué l’entraîneur à la chaîne nationale de la télévision dans son entretien d’après-course. Ce dernier a tenu à souligner la contribution de tout un chacun dans son yard qui a célébré comme il se doit ce succès à l’issue de la journée. «C’est tout un travail d’équipe qui a été récompensé. On avait visé le Barbé et on s’est bien occupé de Bulsara pendant plus de deux mois. Je dis un grand merci à tout le monde qui est derrière moi. Je pense surtout à Bharty qui est mon right hand man, Naresh, Subash, Anil, toute l’équipe des palefreniers, Alec Noël, Gopal, Mukund, Uday, ma femme, mes brus, mes petits-enfants, ainsi que tous ceux qui sont associés à l’entraînement Gujadhur. Je tiens aussi à dire un grand merci au sponsor du jour, Manoj Dassaye. A chaque fois qu’il sponsorise une journée, nous avons aussi une belle journée. Just keep it up sir».
Deux jockeys portaient la casaque bleu électrique et écharpe rouge dans cette épreuve. La toque jaune était confiée à Jean Roland Boutative. Les chances de Reim n’étaient pas évidentes dans ce lot, d’autant que le nouveau crack annoncé de cet établissement n’avait pas encore fait ses preuves sur notre turf après une fin de carrière sud-africaine exceptionnelle. On savait aussi que sa présence était une assurance qu’il n’y aurait pas de faux train, car il a démontré sa préférence pour la course à l’avant en Afrique du Sud. Malheureusement, Reim ne prit pas un bon départ et dans l’entêtement de son cavalier de suivre à la lettre les directives de l’entraîneur, Jean Roland Boutanive lui en demanda trop dans la première courbe et dans la descente, hypothéquant ainsi ses chances de succès. Le jockey fut d’ailleurs sanctionné d’une suspension de trois semaines couplée d’une amende de Rs 25 000 pour ne pas avoir monté à la satisfation des commissaires. «J’ai l’impression qu’Albert Mooney a réduit un peu la course. Hier, on a reçu un courrier de Rob Champion, notre broker en Afrique du Sud. Il avait parlé à Glen Puller, l’ancien entraîneur de Reim, qui nous a conseillé de ne pas le bounce mais aussi de ne pas le retenir. He must find his feet. Les instructions étaient de le laisser courir dans son pas si jamais Albert Mooney décidait de réduire la course. Cela donne l’impression qu’il y a eu un coupe-gorge mais je crois qu’il courait dans son pas. Je ne croyais pas que Bulsara pouvait battre One Cool Dude, mais il a démontré à quel point il était un grand cheval en Afrique du Sud. He was just too good on the last 400m», a déclaré l’entraîneur.
Fidelis lance les hostilités
La journée avait démarré avec le succès de Fidelis qui tentait sa chance dans une valeur inférieure. Une victoire qui porte la griffe de l’assistant entraîneur, Gopal Gujadhur. «Je dois dédier cette victoire à Gopal. On a décidé de le laisser donner les instructions pour cette course et il a demandé à Jeanot de prendre un soft start et de même placer le cheval en dernière position and let him find his feet. Je trouve que Bardo été l’auteur d’une belle monte. Comme vous le savez, Fidelis n’est pas trop sain. C’est donc très encourageant de remporter une course avec ce cheval. Je crois qu’il est compétitif dans cette valeur», a soutenu Ramapatee Gujadhur.
Jeanot Bardottier aborde dans le même sens. «M. Gopal m’a demandé de le monter de la même façon que lorsqu’il avait gagné l’année dernière. Il y avait un bon train et je pense que cela l’a aussi aidé. Il a bien settle et j’ai été bien surpris de la façon dont il a kick dans la ligne droite pour reprendre un certain Roving Consort».
La troisième épreuve ne fut qu’une simple formalité pour O’Chee Pan qui démontra qu’il est encore plus efficace lorsqu’il peut dicter le train. L’offensive de Top Of The Chocs à la route laissa Bardottier de marbre. Le jockey mauricien fila les rênes à sa monture dans la dernière courbe et une fois la ligne droite finale entamée, l’issue ne faisait plus de doute. O’Chee Pan se détacha irrésistiblement pour l’emporter facilement. Pour son entraîneur, ce cheval a encore une marge de progression. «O’Chee Pan avait tout en sa faveur aujourd’hui. Il avait tiré la première ligne et le champ était à sa portée. Jeanot a pris l’initiative de prendre les choses en main parce que le cheval a tendance à tirer quand on réduit le pas. Une fois en tête, il s’est détendu, et il gagne dans un meilleur style. Je peux dire qu’il a amplement rempli son contrat pour le prix qu’on a déboursé pour l’avoir».
L’arrivée de la quatrième épreuve, où Dustan était le favori, fut plus pointue et on dut avoir recours à la photographie afin de désigner le vainqueur. «J’avoue que je ne pensais pas que Dustan avait gagné quand les deux chevaux ont franchi la ligne. Je penchais plus pour Bronco Buster, mais tout marche lorsque la chance est avec vous. Dustan avait été impressionant à l’entraînement et je lui accordais une bonne chance, mais il a définitivement besoin de plus de distance. La chance qu’on a eue dans cette course est qu’il n’y avait que six chevaux et il n’a pas rencontré de traffic problems. Bien sûr, il a eu à contourner le peloton, mais comme c’est un long striding horse on était content qu’il ait hérité d’une ligne extérieure au départ. Il prend son temps à venir et je suis persuadé qu’il sera plus efficace sur 1850m et plus long. Je dois dire un grand merci à Shailesh et Simon car on a eu le cheval dans une très bonne condition. Il a tout de même un problème de suspenseurs. Il n’a que 4 ans et il faudra donc le ménager. On est tous dictés par les fixtures, mais s’il y a des courses sur plus long il va courir, sinon on va le ménager et voir comment il a pris cette course», a déclaré Ramapatee Gujadhur.
Si Wind Glider n’a été qu’un simple figurant dans la deuxième épreuve, Yoda Man, qui était à sa première sortie sous ses nouvelles couleurs, fut un des principaux animateurs de la ligne d’arrivée dans la course de clôture. Lancé de loin et contraint à faire les extérieurs dans la dernière courbe, il se contenta d’une troisième place, synonyme d’un chèque de Rs 20 000. Ce qui demeure une contribution à la bonne moisson du yard qui a récolté Rs 1 075 000 en terme de gains samedi dernier.?