Navin Ramgoolam et Paul Bérenger ont lancé samedi un nouvel appel aux syndicats de l’industrie sucrière, leur demandant de ne pas perdre la chance d’avoir recours à un tribunal d’arbitrage indépendant au lieu de déclencher une grève illimitée le 12 novembre prochain. « C’est le pire moment choisi pour organiser une grève », a observé Navin Ramgoolam, alors que Paul Bérenger a observé que l’industrie sucrière est menacée de disparition.
Abordant le dossier de l’industrie sucrière, Navin Ramgoolam a brossé un tableau des difficultés auxquelles elle est confrontée sur le plan international. Il rappelle que le quota sucrier européen sera aboli, que le prix du sucre continue à chuter. « L’industrie sucrière est déjà en danger. C’est le pire moment choisi pour déclencher une grève ». Il a demandé aux syndicats d’accepter d’avoir recours à un arbitrage indépendant. De plus, a-t-il observé, les élections sont derrière la porte. Il a demandé, par conséquent, aux syndicats concernés d’attendre l’arrivée du nouveau gouvernement qui traitera de ce dossier. Le Premier ministre a tiré la sonnette d’alarme concernant la situation des petits planteurs qui risquent d’abandonner leurs terres. « Nous avons tout fait pour maintenir à flot l’industrie sucrière. Il faut voir comment donner une compensation aux petits planteurs afin qu’ils n’abandonnent pas leurs terres », affirme Navin Ramgoolam.
Cette question a également été évoquée par Paul Bérenger. Pour lui, l’industrie sucrière est menacée de disparition. Il a observé que l’industrie sucrière est également responsable de la production de 60 % de notre électricité. Il a, de plus, insisté sur la nécessité de faire le maximum pour associer les petits planteurs aux profits et autres gains au niveau de l’industrie cannière. Il a, lui aussi, renouvelé son appel pour demander aux syndicats de ne pas perdre la chance d’avoir recours à un tribunal d’arbitrage indépendant.
Interrogé par la presse à ce sujet, Paul Bérenger a expliqué qu’aux termes de la loi, lorsqu’il y a un litige, les parties concernées peuvent avoir recours à un arbitre indépendant. S’ils laissent passer la chance de recourir à un arbitre indépendant, ils retourneront devant le tribunal d’arbitrage permanent. Citant l’article 82 de l’Employment Remuneration Act, il a expliqué que lorsqu’il y a un danger ou une « acute national crisis » et le PM trouve que la grève met en cause l’emploi ou la vie ou la santé, le Premier ministre dispose des moyens d’agir. « Souhaitons que nous n’arrivions pas jusque-là », affirme Paul Bérenger. Navin Ramgoolam a confirmé la déclaration de Paul Bérenger et a observé que si le pays est en danger il a les moyens d’agir.
La conférence de presse a permis aux deux leaders de faire le point sur les activités politiques organisées avant le lancement officiel de la campagne électorale. « La campagne électorale commencera une fois que la ministre des Affaires étrangères indienne Sushma Swaraj aura quitté le pays », a insisté Navin Ramgoolam. Il s’est toutefois dit satisfait du « succès retentissant » rencontré par les congrès organisés dans huit circonscriptions. Il a accusé l’Alliance Lepep de s’être engagée dans une politique démagogique consistant à faire une série de promesses sans rien proposer comme projet de société.
Navin Ramgoolam a observé que l’économie mondiale n’est pas en bonne santé. Un pays comme l’Allemagne, qui est le moteur de l’économie européenne, est entré en récession, dit-il. Le chômage a augmenté dans les pays européens et la situation dans les pays de la zone euro, qui sont les premiers partenaires économiques de Maurice, aura obligatoirement des effets sur le pays. Il a dénoncé l’Alliance Lepep qui fait semblant d’ignorer ce qui se passe dans le monde. Il a décortiqué à nouveau la proposition de hausse des allocations de pension de vieillesse qui selon ses estimations coûtera Rs 4,5 milliards. En même temps que l’Alliance Lepep fait cette promesse, dit-il, « Pravind Jugnauth veut créer un pays hors taxe alors que Vishnu Lutchmeenaraidoo propose l’abolition pure et simple de la taxe sur les revenus ». Pour Navin Ramgoolam, le financement d’une telle promesse passe par une augmentation de 15 à 20 % de la TVA. L’alliance PTr/MMM envisage pour sa part d’investir dans l’éducation, la formation et les infrastructures en vue de la création de quelque 60 000 à 70 000 emplois sur cinq ans.
« Nous ne faisons aucune démagogie. Il faut qu’il y ait des investissements, augmenter la croissance, créer de l’emploi et augmenter le gâteau économique et allier l’efficience économique et la justice sociale », dit-il.
Navin Ramgoolam a aussi annoncé que l’Alliance PTr/MMM travaille sur son programme gouvernemental et sur le texte de loi consacré à la IIe République. Une rencontre est prévue avec Satish Faugoo et Alan Ganoo aujourd’hui pour faire le point sur le texte de loi concernant la réforme constitutionnelle. Il ajoute que la contribution de sir Victor Glover et du parquet a aussi été sollicitée dans le cadre de cet exercice.
S’agissant de la liste des candidats de l’Alliance, le PM a fait comprendre que les discussions progressent rapidement.
Navin Ramgoolam a aussi dénoncé l’attitude adoptée par le leader de l’opposition par rapport la visite de la ministre Sushma Swaraj. Pravind Jugnauth, souligne-t-il, avait à un certain moment demandé à la ministre de ne pas venir à Maurice. Il a qualifié l’attitude du leader de l’opposition d’affront à l’invitée de marque et à l’Inde. Il s’est également appesanti sur l’aide de l’Inde concernant l’introduction du métro léger. M. Ramgoolam a finalement annoncé avoir adressé des lettres de félicitations au président du Mozambique nouvellement élu ainsi qu’à ceux du Botswana et de la Zambie.
Paul Bérenger s’est également dit satisfait de la réussite des activités politiques de la semaine dernière. « Je suis totalement satisfait et impressionné par l’accueil reçu à travers le pays », a-t-il dit. Il a fait une sortie contre sir Anerood Jugnauth qui selon lui « perd les pédales » en faisant accroire que Navin Ramgoolam et lui-même veulent renvoyer les élections générales. « C’est assez pour qu’il se disqualifie ». Il a sévèrement critiqué SAJ pour ses remarques et ses allégations contre Ajay Gunness à Plaine-des-Papayes vendredi. « Il a manqué de respect à la Cour et a diffamé Ajay Gunness ». Il s’est demandé si SAJ n’essaie pas d’exercer des pressions sur le DPP.
Paul Bérenger a finalement demandé à Pravind Jugnauth de rendre publiques les lettres adressées au Premier ministre indien Narendra Modi.