• Mukesh Jeebodh : «J’étais impuissant. Je ne pouvais rien faire pour sauver mon ami Joseph.»
  • Paul Tchue Newk Chim : «J’ai vécu une tragédie.»

Une randonnée banale pour des habitués à la montagne Le Chat et La Souris, dans la région sud-est du pays, mercredi de la semaine dernière entre trois amis, a viré au drame lorsqu’un l’un d’entre eux a glissé sur un rocher avant de chuter dans un ravin où il a été retrouvé inanimé. Joseph Kwet On-Show, 64 ans, est mort de sa passion qu’il partageait ce jour-là avec deux amis, Paul Tchue Newk Chim, 61ans, habitant de Baie-du-Tombeau, et Mukesh Jeebodh, 65 ans, qui réside à Montagne Blanche.

Joseph Kwet On-Show était un passionné de la
randonnée en montagne

Joseph Kwet On-Show, qui habitait à Forest Side, était un passionné de la randonnée en montagne et il ne ratait jamais une occasion pour aller tutoyer les sommets mauriciens à travers l’île. En ce mercredi, alors que le temps était au beau fixe, Joseph avait programmé d’aller observer les beaux paysages du sud-est en se rendant sur la montagne Le Chat et La Souris, qu’il connaissait bien pour l’avoir grimpée à plusieurs reprises, parfois en famille. Avant de rejoindre un habitué des lieux, celui qui partage la même passion que lui, Mukesh Jeebodh à Montagne Blanche, il récupère son ami Paul Chim et ils se dirigent au pied de la montagne. En randonneurs de montagne expérimentés et prudents, ils se dotent des équipements nécessaires et commencent leur ascension dans leur habituelle humeur badine.

Le parcours, qui comprend certaines difficultés, surtout à l’approche du sommet, se passe sans encombre et les trois compères échangent des blagues et des anecdotes dans une bonne humeur qui ne laisse rien présager du drame qui allait soudainement se jouer. Mukesh Jeebodh, qui a été témoin de l’accident, raconte. « Joseph faisait le tour d’un rocher avec une corde accrochée à ses hanches pour mieux garder l’équilibre. J’étais à quelques mètres, à côte de lui, après avoir fini mon parcours. Je surveillais attentivement ses mouvements. Il avait voulu s’accrocher à un rocher. J’ai entendu subitement un bruit et lorsque j’ai jeté un coup d’œil pour voir ce qui se passait, j’ai vu mon ami Joseph tourner dans le vide et avec à côté un rocher qui s’était détaché de la paroi de la montagne. J’ai crié Joseph à haute voix. Li kontinié tourné dan ler ziska ki li tombé dan enn ravin. J’étais impuissant. Je ne pouvais rien faire à ce moment-là pour le sauver Mo léker gro letan mo trouv mo kamarad avek ki mo finn passe bann moman inoubliable dan randonné dan sa sitiasion-la. Je n’ai pas paniqué, heureusement. J’ai gardé mon sang froid et mon calme, car je devais m’occuper de Paul, qui se trouvait lui à ce moment-là dans l’autre versant de la montagne. Kouma li trouv moi, Paul demann mwa kot Joseph. Je ne savais quoi lui répondre. J’ai gardé le silence avant de lui annoncer la mauvaise nouvelle. »

En randonneurs de montagne expérimentés, Joseph Kwet On-Show et ses amis escaladaient souvent les sommets

Une amitié de 10 ans

Le premier réflexe que Mukesh Jeebodh a eu, dit-il, c’était d’appeler la police. D’où la présence quelques minutes après de la police et des éléments du Groupe d’intervention de la police mauricienne (GIPM) et du Helicopter Squad. Dans l’attente, « des amis avec qui j’ai été en contact m’avaient alors conseillé de ne plus les appeler pour ne pas épuiser la batterie de mon portable. » Après trois heures de recherches, le corps de Joseph est retrouvé au fond du ravin. Il est ensuite transporté à l’hôpital de Flacq où les médecins de service ne peuvent que constater le décès. L’autopsie pratiquée par le médecin légiste le Dr Prem Chamane attribue son décès à de multiples blessures. Ce père de quatre enfants, dont trois filles et un garçon qui vivent à l’étranger, avait donné sa vie à sa passion.

Mukesh Jeebodh raconte qu’il a fait la connaissance de Joseph Kwet il y a dix ans. C’était lors d’une sortie dans les Gorges de la Rivière-Noire, célèbre pour ses cascades, ses panoramas et ses sentiers de randonnée. « Nous avions commencé à parler de notre passion commune et de nombreux endroits qui existent à Maurice pour des randonnées. Nous avons gardé contact depuis, au point où nous avons développé des liens comme si nous étions de la famille. Nous avions participé à plusieurs randonnées à travers l’ile. Je suis vraiment triste car le vide est insupportable. C’est une grande perte pour moi de même que pour les autres amis qui le connaissaient. Mais il me faut reprendre du courage », philosophe cet ancien enseignant de hindi.

Mukesh Jeebodh raconte qu’il a toujours eu a une grande passion pour la nature depuis sa tendre enfance. Ce qui l’a poussé à faire de la randonnée parfois seul dans les forêts avoisinantes. « Mo ti déza gagne baté avek mo mama akoz sa letan mo ti zanfan. » Cela ne lui avait pas servi de leçon. Il a grandi avec cet amour pour la nature et avec le temps, il avait fini par transmettre ce même amour à son épouse qui était enseignante et à ses deux enfants, mais aussi à ses beaux-parents. « Nous étions tous sur la montagne pour des randonnées un certain temps. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, malheureusement. Chacun est pris par ses engagements. Mais je donne toujours de conseils aux jeunes qui vont faire des randonnées en montagne ».

Quant à Paul Tchue Newk Chim, 61 ans, l’ami de Joseph qui a vécu ce drame sans pouvoir rien y faire, s’est dit encore traumatisé par ce qui s’était passé ce jour-là. « J’ai souvent entendu les gens dire qu’ils sont traumatisés après un drame. Asterla mo konpran vremem séki vé dir tromatizé. J’ai vécu une tragédie. Je ne dors plus depuis », a-t-il confié à Week-end.