Le droit des enfants d’exprimer leurs opinions sur des sujets qui les concernent, la pauvreté et ses implications sur les droits des enfants, le problème de bullying dans les collèges à Maurice et à Rodrigues. Ce sont les points saillants sur lesquels s’attarde le rapport 2016-2017 de l’Ombudsperson for Children (OC), Rita Venkatasawmy. Par ailleurs, dans son rapport qu’elle a présenté hier au Palms Hotel, Quatre-Bornes, elle devait souligner que nombre de Mauriciens, dont des acteurs dans la protection des droits des enfants, ignorent les diverses facettes de son rôle. D’où la réticence de certaines ONG à transmettre des informations à l’Ombudsperson for Children Office (OCO). À noter que le rapport consacre un chapitre entier à la spécificité de Rodrigues en matière de droits des enfants.
Le rapport 2016-2017 a été lancé hier en présence d’un grand nombre de représentants d’ONG s’occupant des enfants, d’officiers de ministère, de la ministre du Bien-être de l’Enfant, Fazila Daureeawoo, de la commissaire de l’Enfant à Rodrigues, Franchette Gaspard Pierre Louis, entre autres. Dans son introduction au rapport, l’Ombudsperson partage son expérience avec le responsable d’une ONG qui pensait qu’elle ne devrait pas s’ingérer dans les affaires administratives de l’organisation. « That person insisted that I should focus on children and wanted me to keep quiet on a wrong administrative procedure that was in violation of children’s rights ». Elle devait reprendre les paroles de son prédécesseur, Shirin Aumeeruddy-Cziffra, suite à des problèmes de ce type. « […] Some people think that the Ombudsperson for Children is not concerned with this purely administrative problem […]. But the OCA 2003 is clear on the fact that I have to ensure that all stakeholders give due consideration to children’s rights and interests. […] Procedures and administrative organizations can also violate the rights of children and as such I have the right to investigate ». Rita Venkatasawmy devait aussi regretter que la responsable d’une Residential Care Institution (RCI) ait mentionné que l’équipe de l’OCO l’a harcelée. La plaignante « complained that we visited the premises and requested important documents too often. In addition, the manager of another RCI refused to submit documents related to our investigation on the rights of children in residential care. Some others insisted that the OCO’s investigations should book appointments before conducting any visits ». Or, fait voir l’OC, « nous n’annonçons pas notre visite car s’il y a une plainte pour insalubrité par exemple, si l’institution est au courant, c’est sûr qu’elle va procéder au nettoyage… » Rétorquant à ceux qui ne voient dans le rapport de l’OCO que de la « théorie », elle devait insister que « le rapport se veut un bilan de la situation concernant les droits des enfants dans le pays. Le rapport est basé sur des faits ».
Elle devait aussi rappeler que le Bureau de l’Ombudsperson à Maurice n’enquête pas seulement dans des affaires suite à des plaintes mais peut aussi initier ses propres enquêtes de sa propre initiative.
Pour Rita Venkatasawmy, la voix des enfants doit être entendue et « il est grand temps que Maurice ratifie le Third optional protocol to the UNCRC on a communications and Inquiry Procedure for child rights violations. Cela permettra aux enfants mauriciens d’envoyer des plaintes concernant la violation de leurs droits directement à l’UN Committee on the Rights of the Child si aucune solution n’est trouvée au niveau national ».
Mouches, déchets et chiens errants
Le rapport de l’OCO aborde le thème de la pauvreté comme un frein aux droits des enfants. Ses conséquences : absence de bonne alimentation, absence d’accès aux soins de santé et absence d’accès à une bonne éducation. Selon Rita Venkatasawmy, à Cité Longère Blanc et Cité Tôle, « les enfants vivent dans des conditions extrêmement déplorables. Suite à des plaintes, nous sommes allés sur place. Il n’y a pas un bon système de drains, il y a des mouches, des déchets, des chiens errants. Il y a la présence de l’amiante sur les murs. Deux à trois familles habitent une seule maison. Deux cités partagent six toilettes… Les résidents doivent utiliser des sacs en plastique la nuit. Il y a des problèmes de santé. Et, quand il y a pauvreté, il y a promiscuité sans parler de risques d’abus sexuels. Les autorités ont promis que les habitants auront des maisons décentes et de meilleures conditions de vie mais il y a d’autres endroits de pauvreté. Les enfants sont les premiers à souffrir de la pauvreté ». Le rapport souligne que les maisons dans les cités précitées ne correspondent pas aux besoins de base pour des logements décents où des enfants et leurs proches peuvent évoluer dignement. « La plupart des maisons sont en tôle. Les murs à Cité Longère sont dans un état de détérioration avec des dégâts visibles apportés par des insectes ». Elle cite par ailleurs le cas de cette mère célibataire vivant avec ses quatre enfants dans une maisonnette de 9 m2…
939 cas de bullying depuis janvier 2016
S’agissant du problème de bullying, Rita Venkatasawmy devait le décrire ainsi : « C’est le harcèlement répété à l’école. De fausses rumeurs sont parfois répandues et l’enfant se sent mal. L’enfant est confus, se sent en danger et il y a une baisse au niveau de sa performance académique ». Le rapport fait état de 939 cas de bullying enregistrés depuis janvier 2016 sous six formes : violence physique (235) ; harcèlement (139) ; humiliation (151) ; nicknaming (262) ; vol de ses objets/argent (132) ; et remarques sexualisées ou sexistes (20). Une des recommandations de l’OCO est qu’il importe qu’il y ait de la discipline à l’école. « Il ne faut pas croire que quand l’OCO dit que les enfants ont des droits, il ne doit pas y avoir de discipline. Il faut qu’il y ait zéro tolérance ».
Rodrigues occupe aussi un chapitre du rapport. L’OCO a effectué cinq visites dans l’île l’an dernier et l’OC souligne que Rodrigues a ses propres spécificités. Rita Venkatasawmy dit apprécier que la commissaire ait précisé que si Rodrigues cherche un centre de réhabilitation, il faut que ce centre permette à ses résidents de continuer l’école.
S’agissant des problèmes au niveau des shelters, l’OC souligne la nécessité de former les carers. Ces dernières, dit-elle, « se trouvent souvent dans des situations compliquées, surtout le soir quand un jeune devient incontrôlable. Leur salaire laisse à désirer ». 500 à 550 enfants résideraient dans des shelters. Alors que ces enfants ont besoin d’être dans une famille, ils se retrouvent dans de telles résidences pour plus longtemps que prévu. Une des raisons, selon l’OC, est qu’il n’y a pas de structure d’accompagnement dans la famille. « Il y a beaucoup d’enfants qui sont à risques et beaucoup de parents qui ont des troubles mentaux ». Elle regrette que les lois concernant l’adoption ne soient pas encore là. « Il n’y a pas pire que de laisser des enfants dans des shelters depuis qu’ils sont bébés ».
Témoignant des désirs des enfants qu’elle a côtoyés dans des shelters, l’OC se souvient de la déclaration de cette fille, qui se trouve dans une de ces résidences depuis très petite : « Quand je lui ai demandé ce qu’elle désirait, elle m’a dit : “Mo anvi enn mama ek enn papa.” Elle m’a demandé de l’adopter. Jamais n’ai-je eu un tel dilemme de ma vie ». D’autres nous ont dit qu’ils avaient envie de rentrer chez eux ; d’autres encore avaient envie de garder contact avec leurs proches. Un autre souhaitait que sa famille vienne le visiter. Mais, il y en a également qui disent être soulagés que la CDU soit venue les sortir de leur famille. Une autre a dit : « Mo gagn koler kar monn pare depi 10 h 30 ek CDU inn vinn pran moi 10 h 30 le soir ! Ena fwa, zot pa vini, zot pena transpor. » D’autres disent que leur mère leur a envoyé un cadeau mais qu’ils ne l’ont pas reçu. Un jeune a avoué : « Mo’nn aret kraz partou depi mo papa e mo frer inn vinn get mwa. » Pour Rita Venkatasawmy, « à moins que la famille représente un danger, il est important de laisser la famille visiter l’enfant ».