Des enfants de Résidence Barkly qui ont assisté à la démolition de leur maison ont été traumatisés

Dans son volumineux rapport annuel de 470 pages lancé jeudi, le bureau de l’Ombudsperson pour les Enfants (OCO) aborde un aspect du projet Metro Express qui, jusque-là, n’avait pas été relevé.

Il s’agit de l’opinion des enfants habitant au plus près des chantiers où des travaux ont suscité le mécontentement des adultes pour absence de communication avec les autorités, notamment à Résidence Barkly. Selon l’OCO, en ignorant la voix des enfants, le gouvernement n’a pas respecté deux articles de la Convention relative aux droits de l’enfant des Nations unies, dont Maurice est signataire.

Le gouvernement n’aurait pas pris en compte les articles 3 (1) et 12 (voir en hors-texte) de la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE) lorsque des familles dont l’extension de leur maison ou autres structures empiétant sur le tracé du Metro Express ont été sommées de les enlever, dans le sillage du projet. L’Ombudsperson pour les Enfants, Rita Venkatasawmy, avait été approchée par des familles de Résidence Barkly l’année dernière, soit au moment où la région avait vivement manifesté sa colère contre les chamboulements qu’entraîneraient les travaux. Prenant les devants, trois mères de famille et un travailleur social se sont présentés à l’OCO, où ils ont soulevé un point pertinent. Pendant toute la polémique, notamment à Barkly, la voix des enfants n’a pas été entendue, alors que ceux-ci sont aussi concernés par les changements et bouleversements résultant du projet.

Dans le rapport qu’elle a présenté jeudi, Rita Venkatasawmy explique que ces mères lui ont confié leurs appréhensions. « Elles m’ont expliqué qu’elles ne savaient pas où elles iraient vivre avec la construction des lignes du métro passant devant leurs maisons [ ] Ces mères de famille sont convaincues que les travaux affecteront le quotidien et la santé de leurs enfants. » Ajouté à cela, les familles ont expliqué à l’avocate des mineurs qu’elles craignaient pour la sécurité de leurs enfants, car le passage des bus se situera à proximité de leurs maisons. Il s’est aussi avéré que les événements dans le sillage des travaux à Barkly auraient perturbé les études des enfants. 13 enfants de la région ont été invités à s’exprimer sur la question au bureau de l’Ombudsperson.

Ils ont donné leur avis sur les incidents, la démolition des structures par la police et autres confrontations en présence d’un enquêteur du bureau et d’un psychologue. Citant les enfants, « leker ti pe fermal, li ti pe bat pli vit », «lapolis ti pe kraz nou lakaz », « nou pa pou kapav zwe », l’Ombudsperson constate que ces derniers « ont été traumatisés. Plusieurs d’entre eux ont assisté aux démolitions en rentrant de l’école [ ] ils ont vu leurs parents se faire bousculer par la police. » « As a result, they seemed to have developed a negative perception of the police force – that of a repressive body which does a lot of harm to people like threatening and pulling down their houses. They expressed being very angry towards the police. Ils ont aussi exprimé leur chagrin d’avoir perdu leur terrain de jeux. »

Par ailleurs, les enfants ont transposé leurs sentiments à travers des dessins, lesquels selon l’Ombudsperson, ont clairement démontré que leurs auteurs ont été perturbés moralement par la présence des éléments de la police, de la Special Mobile Force et de leurs véhicules. Rita Venkatasawmy note que, selon ses informations, à aucun moment les enfants de Barkly n’ont eu l’opportunité de donner leur avis avant la mise en œuvre d’un tel projet qui, sans aucun doute, aura un impact sur leur avenir, à court et long termes. Elle pense également que les habitants, y compris les enfants, auraient dû avoir eu l’occasion de participer à des réunions consultatives, publiques, en prélude aux travaux.

Pour les besoins de son enquête, Rita Venkatasawmy s’est rendue à Résidence Barkly. Elle explique qu’elle a obtenu la garantie des autorités qu’une aire de loisirs et de sports pour les enfants et les jeunes de la localité sera considérée pendant la mise en œuvre du projet Metro Express.

Ce que dit la CDE

L’article 3 (1) de la Convention relative aux droits de l’enfant stipule : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale. » Et l’article 12 : « Les États parties garantissent à l’enfant qui est capable de discernement le droit d’exprimer librement son opinion sur toute question l’intéressant, les opinions de l’enfant étant dûment prises en considération eu égard à son jeune âge et à son degré de maturité. À cette fin, on donnera notamment à l’enfant la possibilité d’être entendu dans toute procédure judiciaire ou administrative l’intéressant, soit directement, soit par l’intermédiaire d’un représentant ou d’une organisation appropriée, de façon compatible avec les règles de procédure de la législation nationale. »