Le gouverneur de la Banque de Maurice (BoM), Manou Bheenick, appelle à la vigilance face à l’inflation dans son préambule au rapport annuel de la banque centrale pour l’exercice financier 2011-2012, soulignant que la structure de la politique monétaire de la banque centrale a permis de contenir avec succès les risques inflationnistes. Le gouverneur soutient, par ailleurs, qu’aucun dénouement à la crise économique globale ne semble en vue et demande à tous les stakeholders — secteur public, secteur privé et société civile — de collaborer pour propulser le pays à des niveaux de développement plus élevés et ce à travers une croissance plus équitable et plus inclusive.
Dans le « Statement from the Governor », Manou Bheenick fait d’emblée allusion à ses cinq années à la tête de la BoM qui ont coïncidé avec la crise financière et économique globale. « They have been five challenging years which have tested my mettle relentlessly », écrit-il avant de reconnaître que, malheureusement, la sortie de crise paraît lointaine. « La crise va durer pour quelque temps encore et elle continuera à poser des défis énormes pour la BoM pendant une bonne période », fait-il ressortir. Le gouverneur pense que la persistance de la crise de la dette dans la zone euro et ses effets désastreux hors de la zone euro ont augmenté les risques d’une deuxième récession européenne en l’espace de trois ans. Les mesures temporaires voire timides n’ont pas permis de résoudre les problèmes sous-jacents à cette crise. « I am convinced that, in the absence of an agreed long-term vision for the area with a full fiscal union, the Eurozone will hurtle from crisis to crisis », estime Manou Bheenick.
Le N° 1 de la banque centrale souligne que les conditions imprévisibles prévalant sur l’environnement globale ont forcé la BoM à adopter des politiques novatrices et ce dans le cadre de son mandat visant à assurer la stabilité des prix et la stabilité financière à Maurice. Tout en tenant compte de certains marchés clés de Maurice qui faisaient face à des conditions économiques des plus difficiles, la BoM a eu à coordonner ses efforts avec le ministère des Finances tout en maintenant des consultations régulières avec divers acteurs socio-économiques en vue d’élaborer des actions promptes. Cette action concertée, indique Manou Bheenick, a permis aux autorités bancaires de réagir vite tout en faisant montre de flexibilité afin de préserver un certain degré de stabilité et de confiance dans l’économie du pays.
La croissance de l’économie mauricienne, observe Manou Bheenick, a été de 3,9 % en 2011, une performance qui doit être salué eu égard au net ralentissement de l’économie globale. La plupart des secteurs économiques de Maurice ont enregistré des taux de croissance positifs. Le gouverneur fait également état du relèvement de la notation de Maurice par Moody’s Investors Service, repli de l’inflation, de la relative stabilité du taux de chômage et du maintien du ratio de la dette publique à moins de 60 % du Produit intérieur brut au cours des dernières années. « This is no mean feat for a small open island economy like ours », commente le gouverneur.
Manou Bheenick passe ensuite en revue les principales actions prises par la BoM dans le courant de l’année 2011-2012, réaffirmant que la focalisation de la politique monétaire a toujours été sur le maintien de la stabilité des prix et d’un développement économique équilibré et ordonné. « Our monetary policy framework has gained in credibility and we have been successful in anchoring inflation expectations », précise-il. La year-on-year inflation (différence entre le niveau de l’indice des prix pour un mois donné et celui du mois correspondant de l’année précédente) a ralenti pour s’établir à 3,9 % à fin juin 2012. Cela a aussi été le cas pour la headline inflation (moyenne du CPI sur douze mois comparée à la moyenne pour les douze mois précédents) qui s’est élevée à 5,1 %. Manou Bheenick fait également mention de la collaboration étroite entre la BoM et le ministère des Finances pour minimiser l’impact de la crise de la dette dans la zone euro et de l’affaiblissement de l’économie globale sur l’économie mauricienne. Mention est faite, entre autres, de l’opération de la reconstitution des réserves qui ont débouché sur un ajustement du taux de la roupie (celle-ci a glissé d’environ 4-5%) vis-à-vis des devises fortes, de la ligne de crédits en devises mise à la disposition des banques commerciales pour être prêtée aux entreprises en difficulté.
Parlant de l’avenir, Manou Bheenick insiste qu’il faut faire montre de vigilance face à l’inflation mais considère que la BoM se voit dans l’obligation de revoir son fonctionnement dans un environnement changeant. « Monetary policy has played its role and will continue to do so. But it has its limitations, and expectations are sometimes beyond what it can possibly achieve. We will pursue on our path of innovative policies », affirme le N° 1 de la banque centrale. Selon lui, le mandat de la BoM doit être vu dans une perspective plus large où la protection des intérêts des consommateurs, la gouvernance, la transparence, la compétition et la communication assument une plus grande importance.
Manou Bheenick conclut en demandant aux Mauriciens de changer leur « mindset ». Le pays doit pouvoir se mesurer à ces économies plus avancées. Toutes les parties concernées, ajoute-t-il, doivent se concerter pour que le pays puisse atteindre des niveaux de développement plus élevé.