Le Comité diocésain 1er février a simplifié le volumineux rapport de la Commission Justice & Vérité et en a fait une synthèse pour le mettre à la portée d’un maximum de Mauriciens, particulièrement des membres de la communauté créole. Outre l’objectif de dissémination de l’information, ce comité veillera au respect de la mise en oeuvre des 290 recommandations de la Commission. Le thème de la messe du mercredi 1er février pour commémorer l’Abolition de l’Esclavage est étroitement lié au contenu de ce rapport. Les personnalités politiques, y compris le Premier ministre et le leader de l’opposition, ont été invitées à y assister.
La démarche du Comité diocésain 1er février de vulgariser ce rapport de 3 000 pages n’est pas indissociable de l’enseignement du Christ. D’où le titre « La vérité vous rendra libres » (inspiré de l’évangile de Saint-Jean, 8-32) choisi pour le fascicule. Immédiatement après la publication du rapport au début de décembre, l’instance diocésaine s’est attelée à l’analyse du rapport et a entrepris en un temps record un travail de synthèse remarquable qu’elle livre dans un document de 12 pages (format A4). L’équipe rédactionnelle était composée de Jimmy Harmon, Marjorie Desveaux, Danielle Palmyre, le père Alain Romaine et le Père Jean-Maurice Labour, qui est aussi le coordinateur du Comité diocésain 1er février. Elle fait l’historique de la Commission Justice & Vérité présidée par le Dr Alex Boraine — en ne manquant pas de faire un clin d’oeil aux Commissions Vérité et Réconciliation, qui ont existé ailleurs, notamment dans des pays africains ; décortique les trois principales attributions des commissaires ainsi que leurs travaux entrepris dans cette direction et apporte un éclairage honnête sur le rôle de l’Église pendant la période de l’esclavage. « Il faut reconnaître qu’il est difficile pour un chrétien aujourd’hui de lire certaines parties de ce rapport quand il aborde le rôle de l’Église, qui non seulement a été tardive dans sa dénonciation de l’esclavage, mais a été un véhicule du système esclavagiste. Le rapport de la Commission analyse sans complaisance le rôle de l’Église dans la pratique de l’esclavage à Maurice », peut-on lire dans le volet « l’Église et l’esclavage » figurant à la page 3 du fascicule.
Dans la note d’introduction du document, le coordinateur du Comité 1er février souligne le caractère sérieux des travaux de cette Truth & Justice Commission. Selon le Père Labour, l’institution de cette commission par le gouvernement « a été obtenue de haute lutte » et celle-ci, à son avis, « est unique en son genre dans le monde » parce qu’elle est la seule jusqu’ici à avoir enquêté sur l’histoire et les conséquences de l’esclavage et de l’engagisme. « Nous sommes tous convoqués à faire la vérité. Ça va nous remuer », prévient Jean-Maurice Labour. Il ajoute toutefois qu’il ne faut pas prendre ce rapport « comme LA (NdlR : c’est l’auteur qui le souligne) vérité sur l’esclavage, l’engagisme et leurs conséquences ». Voilà l’attitude que préconise le coordinateur du Comité diocésain 1er février vis-à-vis de ce rapport historique : « Il s’agit plutôt de l’accueillir comme une analyse sérieuse par des professionnels et de nous en servir pour avancer vers plus de vérité et de lucidité sur nous-mêmes et sur nos compatriotes. Désormais, ce rapport appartient à nous tous, Mauriciens, et nous devrons nous en servir pour construire notre citoyenneté sur des bases plus vraies et plus solides. »
Le Comité 1er février a commencé sa campagne de vulgarisation du rapport de la Commission la semaine dernière avec la distribution des exemplaires du fascicule dans la région du Morne et des villages avoisinants. Les copies sont aussi distribuées au niveau des paroisses et dans les écoles primaires et secondaires catholiques. Outre le résumé en français du document, le Comité 1er février a aussi fait une traduction en kreol morisien de la partie du rapport de la Commission concernant Le Morne. Des copies de cette traduction ont été remises aux habitants des villages du sud, directement impliqués dans la préparation de la messe du mercredi 1er février pour commémorer l’anniversaire de l’Abolition de l’Esclavage qui se tiendra en la Chapelle Notre-Dame de la Pêche Miraculeuse, à La Gaulette.
Le Comité diocésain 1er février, qui est chaque année l’organisateur de cette messe anniversaire, ne pouvait faire abstraction du rapport de la Commission Justice & Vérité et a choisi pour thème « O nom verie-zistis, zanfan Lemorn, lev pou to dinite ». À souligner que le chapitre 14 de ce rapport contient des recommandations spécifiques sur l’histoire et l’héritage du village Le Morne.