Plus de sept jours après sa présentation publique, le rapport de la Commission d’enquête sur la drogue, présidée par l’ancien juge Paul Lam Shang Leen, continue à faire couler beaucoup d’encre et alimente toujours les conversations.

Pour bon nombre de Mauriciens, ce volumineux document de 260 pages est donc tombé à pic ! Faut dire que depuis un bon bout de temps déjà, avec les scandales qui se sui- vent et font la une des médias, la confiance du peuple et le capital de crédibilité des politiques ont pris un sale coup… Ajouté à cela, le nombre croissant et effarant de morts sur nos routes, causés par des écervelés du volant et d’autres irresponsables aux commandes des bolides, atteint la limite du supportable ! Rien que cela suffit à faire dégringoler le moral du citoyen au ras des socquettes… Et si l’on ajoute le fait que depuis quelque temps déjà, l’on enregistre un certain nombre de décès auprès des jeunes, imputés, selon des proches des victimes, entre autres, à la prise de drogues synthétiques, la balance tangue dangereusement et pointe irréductiblement vers le bas.

Aussi, peut-être qu’il a eu du flair, mais c’est tout à son honneur que Pravind Jugnauth a eu le bon sens de publier rapidement le rapport très attendu de Paul Lam Shang Leen ! Ce qui a fait osciller le baromètre… Mais quant à le faire pointer à nouveau au «beau fixe», il faudra repasser !

Le rapport Lam Shang Leen contient une foule de bonnes idées. D’abord, et surtout, parce qu’il épingle quelques «mau- vais élèves». Les démissions du Deputy Speaker de l’Assem- blée Nationale, Me Sanjeev Teeluckdharry, et de la ministre de l’Egalité des Genres, Me Roubina Jadoo-Jaunbocus, vont dans ce sens. Les auditions de ces deux professionnels du barreau, on s’en souvient, avaient été pour le moins houleuses, Lam Shang Leen s’étant longuement attardé sur leurs «unsolicited visits», surtout auprès de détenus incar- cérés pour trafic de drogue. Un autre proche du pouvoir, en l’occurrence Me Raouf Gulbul, également égratigné dans le rapport et qui avait requis pas moins de quatre auditions devant cette instance l’an dernier, avait au préalable «step down» de ses fonctions officielles à la tête de la Gambling Regulatory Authority (GRA) et de la Law Reform Commis- sion (LRC).

Les médias ayant fait écho de la teneur des travaux de la Commission Lam Shang Leen ces trois dernières années, avec force détails, les attentes de l’ensemble de la population étaient bien évidemment grandes. Et le résultat n’a pas déçu.

Bien évidemment, il n’y a pas que ces proches du sérail orange qui ont été réprimandés vertement par Lam Shang Leen et ses deux assesseurs, qui ont séduit. Car c’est un fait que la chose politique étant quasi religieusement vénérée par les Mauriciens, tout ce qui y touche fait mouche… Et puisque ceux qui sont ciblés sont des proches du pouvoir, il n’en fallait pas plus pour outrer le citoyen ! Plusieurs autres dysfonctionnements institutionnels ont ainsi été mis au jour dans ce rapport, notamment, les ripoux au sein de la police et de l’effectif de la prison, qui ont «vendu» leur sens du devoir aux parrains du jour.

De manière générale, le rapport Lam Shang Leen a été bien accueilli non pas seulement parce qu’il est venu confir- mer des maux grandissants dont souffre notre société, tant celle-ci est gangrenée par la mafia et le crime organisé, mais surtout parce qu’il a mis des visages sur quelques-uns de ceux qui font partie de ce tentacule meurtrier qui pourrit notre pays. Le marché de la mort est tel une hydre à mille têtes qui ronge lentement mais sûrement les fondations mêmes de notre société. Le document remis au PM contient, en ce sens, également, les grands axes pour redresser la situation.

De fait, ce «feel good factor» ressenti avec la publication du rapport Lam Shang Leen pourrait être de courte durée s’il se retrouve relégué au fond d’un tiroir ! D’où la grande crainte ressentie par un très grand nombre de Mauriciens. La vive tension autour d’un énième accident de la route à Baie du Tombeau, hier matin, ayant requis l’intervention musclée de la police, est une étincelle d’une explosion imminente qui guette notre pays. Il suffirait de très peu pour que les choses dérapent…

Aussi il est plus qu’impératif que Pravind Jugnauth, s’il veut éviter d’en arriver là, maintienne le tempo et active l’implémentation du rapport. Parce que les pressions et lobbies des uns et des autres, ajoutés aux frasques des Sesungkur et consorts pourraient finir par faire sauter le bouchon !