Paul Bérenger, leader de l’opposition et du MMM, considère que c’est une version intentionnellement expurgée du rapport nTan sur le scandale BAI qui a été rendu public, vendredi. Selon lui, le but visé est de mettre tout le blâme du scandale sur les seuls cabinets d’auditeurs concernés par les comptes du groupe et soustraire, par la même, de tout blâme les autres responsables de l’affaire BAI, dont Pravind Jugnauth et Xavier Duval qui furent, tour à tour, ministre des Finances durant la période concernée par le rapport nTan. Il met en garde les autorités contre toute réédition de l’affaire du rapport de la Commission d’enquête sur les courses hippiques et réclame, conséquemment, la publication du rapport intégral fi nal du cabinet de Forensic Auditing de même que du rapport intérimaire. Paul Bérenger exige, par ailleurs, la transparence absolue dans la réallocation de la parcelle de terre allouée initialement à Patel Engineering par l’ancien gouvernement PTr pour son projet Neotown. Il évoque, à ce propos, une lutte d’infl uence qui serait en cours et qui opposerait deux factions au sein du gouvernement en vue de la réattribution de ce prime land située dans la région portuaire à leur « poulain» respectif.
Paul Bérenger considère qu’il y a en ce début d’année comme une cacophonie par rapport à l’annonce des projets devant coûter des sommes faramineuses au pays. Il rappelle, à cet effet, qu’au moment même où le Grand aregentier, Vishnu Lutchmeenaraidoo affi rme que Port-Louis sera entièrement relookée au coût astronomique de Rs 52 milliards, ses collègues, Roshi Bhadain et Showkutally Soodhun, évoquent, quant à eux, des investissements non moins conséquents de l’ordre de Rs 30 milliards pour la réalisation du projet Heritage City.
Le leader de l’opposition promet, une nouvelle fois, de revenir à la charge sur ce « vaste bluff » qu’est, selon lui, le projet de nouvelle ville intelligente à Highlands. Un projet qui se révèlerait, par ailleurs, d’après lui, « très dangereux ». Comme pour soutenir que tout cela ne serait que de la fumisterie, il ne manque pas de rappeler qu’aux dernières nouvelles, le projet Heritage City serait fi nancé à partir d’investissements saoudiens alors que, rappelle-t-il, il était, au départ, question d’un fi nancement venant de Dubaï.
Neotown: « Qui a négocié avec Patel? »
Paul Bérenger ajoute à tout ce bazar, la dernière annonce du ministre Lutchmeenaraidoo à l’effet que l’une des plus importantes banques de Dubaï envisagerait un partenariat avec la MauBank, nouvelle institution bancaire dans laquelle le gouvernement a déjà investi pas moins que Rs 4,4 milliards. Il enchaîne en indiquant disposer des informations selon lesquelles deux ailes du gouvernement seraient en concurrence en vue de la réattribution à leur « poulain » respectif de la parcelle de « prime land » dans la région portuaire cédée par le précédent gouvernement PTr à Patel Engineering pour son projet Neotown qui ne s’est jamais matérialisé.
Paul Bérenger qui qualifie «d’énorme scandale» les conditions initiales d’allocation de cette parcelle de terre prisée par l’ancien gouvernement Ramgoolam à Patel Engineering, déclare que le MMM exige, cette fois, une « transparence absolue » pour sa réattribution. Il réclame, à cet effet, que tout se fasse par appel d’offres avec la participation de soumissionnaires étrangers et locaux. Il veut savoir, parallèlement, si l’Etat a compensé Patel Engineering pour la récupération de la parcelle de terre qui lui avait été allouée au départ. Il veut connaître le montant de la compensation payée à Patel, de même que le nom du «négociateur » de la transaction.
Le chef de l’opposition considère, par ailleurs, que la version du rapport de Forensic Audit de nTan Corporate Advisory Ltd sur l’affaire BAI qui a été rendue publique, vendredi, n’est qu’une version expurgée du rapport final. Ce qui, laisse-t-il comprendre, ne peut que donner une idée partielle, «voire tendancieuse de tout le scandale ». D’où sa demande pour que le rapport intégral de même que celui, intérimaire, de ce cabinet de Forensic Auditors soient publiés. Paul Bérenger met en garde les autorités, à cet effet, contre toute tentative de réédition de l’affaire du rapport de la Commission d’enquête sur les courses hippiques. Rapport quand bien même transmis au Prime Minister’s Office (PMO), selon l’ancien président de la République, Kailash Purryag, mais que le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, affi rme n’avoir jamais pu retracer et qui, conséquemment, n’a jamais été rendu public. Selon lui, la décision de ne publier qu’une version « expurgée » du rapport nTan n’avait pour but que de mettre tout le blâme du scandale BAI sur les seuls cabinets d’audit comptable, KPMG et BDO. L’objectif, ainsi visé, d’après lui, était de soustraire de tout blâme tous les autres responsables du scandale. Il concède que ces deux cabinets d’experts-comptables ont leur part de responsabilité.
Lutte antipiratage: «Bravo aux artistes ! »
Paul Bérenger s’en remet à l’Histoire pour établir, en temps et lieu, la responsabilité de la Financial Services Commission (FSC), de la Banque de Maurice (BoM) et des deux ministres des Finances en fonction à l’époque des faits, Pravind Jugnauth et Xavier Duval, dans toute l’affaire BAI. Paul Bérenger ne manque pas de rappeler que le lièvre de ce scandale avait été, à l’origine, levé par la FSC en décembre 2004 quand le MMM était au gouvernement. Il évoque la décision qui avait été prise à cette époque pour interdire à la BAI de rapatrier des dividendes à l’étranger.
« Nous savons tous ce qui allait, par la suite, advenir au changement de gouvernement en 2005, notamment la décision de faire sauter des têtes à la FSC, de même qu’à la BoM », dit-il. Il enchaîne avec la période directement concernée par l’enquête de nTan, soit de 2010 à 2013 et durant laquelle Pravind Jugnauth, d’abord, et Xavier Duval, ensuite, ont été, tour à tour, ministres des Finances. Il soutient, à ce propos, que plus d’une fois durant cette période, la législation a été amendée, entre autres, pour permettre à l’ex-Bramer Bank de racheter les dettes de Courts. « C’était, dit-il, la période quand Pravind Jugnauth disait que Maurice avait besoin de 200 Dawood Rawat alors que, pour sa part, Xavier Duval défendait bec et ongles la BAI à l’Assemblée nationale en affi rmant même que ce groupe disposait de réserves de Rs 6 milliards ».
Paul Bérenger ne manque pas, d’autre part, de féliciter les artistes pour le succès de leur marche pacifi que de protestation de vendredi dans les rues de Port-Louis. Il se dit convaincu que cette marche a été l’occasion d’un nouveau départ contre le piratage des oeuvres d’artistes. Il revient sur l’utilité de la présentation et le vote des amendements à la Copyright Act dès la prochaine rentrée parlementaire en mars. Tout aussi important, selon lui est de choisir la personne qui convient à la direction de la nouvelle Rights Management Agency qui remplacera la MASA. Paul Bérenger pense qu’il est indispensable de « put the right person in the right place» au sein de l’unité antipiratage de la police.
Le chef de l’opposition s’étonne, enfi n, que la police se soit prévalue de la Prevention of Terrorism Act (PoTA) plutôt que de l’ICT Act pour loger les charges provisoires contre les deux jeunes dont l’informaticien Ish Sookun dans l’affaire du courriel adressé au PMO faisant état d’attaques terroristes sur le sol mauricien qui étaient supposées intervenir vendredi de la semaine dernière. Paul Bérenger déclare que le MMM suit toute cette affaire de près. Il estime que la loi « déjà sévère » qui réprime les délits informatiques et qui avait été votée entre 2000 et 2005 quand le MMM était au gouvernement, convenait amplement dans le cas présent pour une inculpation provisoire. Quitte, explique-t-il, à ce que la police décide, ultérieurement, d’avoir recours à une législation encore plus sévère comme la PoTA au cas où, au fil de son enquête, ses soupçons se confi rmaient quant à l’implication avérée des deux jeunes prévenus dans quelque démarche de nature véritablement terroriste. Dans le cas présent, le leader du MMM estime, en substance, « disproportionnée » la réaction de la police. Selon lui, l’arrestation et l’inculpation provisoire de ces deux jeunes sous les dispositions de la PoTA « sont très mal passées auprès de la jeunesse ».