« Mécontents, frustrés ». C’est en ces termes que des pêcheurs décrivent leurs sentiments actuels. Malgré leurs récriminations, étalées chaque semaine dans la presse, faute de communication, plusieurs centaines de pêcheurs ont constaté que le thon n’a toujours pas approché nos côtes. La faute, disent-ils, aux bateaux industriels qui pillent nos eaux.
« Depi septam nou pa pé travay, poisson pa pé monté », crie un groupe de pêcheurs, réunis jeudi au débarcadère de Roche-Bois. « Longtemps ou vine la, napa kapav senti telman loder poisson la fort. Ou trouve laké poisson partout, mais guet aster-là. Guet ki lépok nou fine arrivé, thon pankor kosté », intervient Judex Rampaul, président du SPM.
« Nou bann pésers ki travay zis quatre mois enn banané. Nou lapes zis thon nou. Sak lané nou atann zis sa poisson-la pou soign nou fami. Lané pé kosté travay nou pas pé travay », déclare un pêcheur âgé. Pour preuve, avancent ses confrères : « Guété, tou nou bato amaré. Personne na pas pé kit lamer. Nou fine pran loan. Na pas koné kouma pou fer aster. Latet fatigué, zenfant lékol, lané pé kosté. »
La semaine dernière, des pêcheurs sont montés au créneau pour dénoncer les accords entre l’Union européenne et l’État mauricien pour accorder l’autorisation à des bateaux étrangers de pêcher dans nos eaux. Craignant pour un débalancement dans notre écosystème marin compte tenu du type de pêche pratiquée par ces bateaux industriels, Judex Rampaul menaçait de manifester dans les rues. Fidèle à son habitude, il réclamait dans une lettre, avant de mettre à exécutions ses menaces, une rencontre avec le ministre de la Pêche, Nicolas Von Mally. Or, une semaine après, il affirme que le ministère n’a jamais envoyé d’accusé de réception. C’est ainsi qu’il a déposé une nouvelle lettre, en fin de semaine, pour alerter les autorités sur leur « chômage technique. »
Contacté à maintes reprises par Week-End depuis la semaine dernière, le ministère de la Pêche n’a pas daigné répondre. Interrogé vendred, après le budget, le ministre Von Mally a déclaré : « Ces accords entre l’Union Européenne ne datent pas d’aujourd’hui. L’on ne peut surtout pas annuler ce partenariat, surtout dans la conjoncture économique. Li pou koumadir nou pé coupe nou lipied. » Concernant la situation des poissons thon, il n’a pas voulu s’y hasarder, affirmant que cela révélait du domaine technique.
Quant aux pêcheurs mécontents, ils appellent une fois de plus à plus de considération à leur égard. Judex Rampaul revient lui à la charge, en maintenant, ses menaces de manifester dans les rues avec les familles de pêcheurs.